Le sommet UE-Russie ne sera pas consacré à l'Ukraine
Vladimir Chizhov, l'ambassadeur russe auprès de l'Union européenne, livre son analyse de la situation en Ukraine et ses prévisions quant au prochain sommet UE-Russie.
Vladimir Chizhov, l'ambassadeur russe auprès de l'Union européenne, livre son analyse de la situation en Ukraine et ses prévisions quant au prochain sommet UE-Russie.
Habitué des sommets entre l'UE et la Russie avec 31 sommets à son actif, l'ambassadeur russe Vladimir Chizhov a affirmé que la prochaine réunion entre Moscou et Bruxelles prévue le 28 janvier « ne sera pas consacrée à l'Ukraine ».
« Bruxelles et Moscou ne comptent pas prendre de décisions dans le dos de la population et du gouvernement ukrainiens », a-t-il ajouté. Il a affirmé que l'UE avait rapidement rejeté il y a quelques semaines l'offre du président ukrainien, Viktor Ianoukovitch, d'organiser un dialogue trilatéral entre l'Ukraine, l'Union et la Russie.
« Le président Poutine avait immédiatement accepté » cette proposition, a indiqué l'ambassadeur russe. « Le prochain sommet permettra à l'UE de changer ses positions, nous verrons bien », a pronostiqué Vladimir Chizhov.
Selon la presse, Vladimir Poutine avait pourtant demandé le 9 novembre à son homologue ukrainien de geler l'accord d'association avec l'UE. Il avait également prié d'organiser une discussion trilatérale à la place.
De son côté, Bruxelles a jusqu'à présent affirmé que les accords d'association étaient de nature bilatérale et qu'il n'y avait pas de place pour d'autres pays.
Arrêt des violences
D'après Vladimir Chizhov, la couverture télévisuelle des évènements préoccupait fortement la Russie et l'Union européenne.
Il estime qu'il faut mettre un terme aux violences. Par « violences », il semblait se référer seulement aux actions menées par les manifestants. D'après la presse, des « titouchki », des provocateurs payés par le pouvoir, s'étaient infiltrés parmi les manifestants pour attaquer les forces de police.
Il a affirmé que, selon ses informations, les deux personnes tuées lors des évènements n’ont pas été victimes d’une charge à balles réelles, mais qu'elles ont été « touchées par quelque chose d’autre ». D’après l'analyse de Vladimir Chizhov, les évènements dramatiques ont commencé quand les autorités ukrainiennes ont pris la décision de reporter la signature de l'accord d'association avec l'UE.
« Le président ukrainien a décidé lui-même de reporter la signature de l'accord d'association, ce n'est ni Moscou ni Vladimir Poutine [qui ont pris la décision]. », a-t-il précisé.
« Par la suite, la situation a dégénéré en affrontements violents perpétrés par des groupes radicaux d'extrémistes contre les forces de l'ordre », a-t-il indiqué, prenant clairement parti pour les autorités ukrainiennes. Le président de la Commission, José Manuel Barroso, a pour sa part déclaré que l'UE envisagerait de possibles mesures, probablement un euphémisme pour désigner des sanctions.
Valeurs européennes
Par son trait d’humour caractéristique, Vladimir Chizhov a déclaré que les manifestations ne concernaient pas les « valeurs européennes ».
« Au cours des derniers jours, aucun [manifestant] n'a fait référence aux valeurs européennes, personne ne semble s'en souvenir. Et les leaders de l’opposition, qui ont nourri [les mouvements dissidents], ont disparu de la scène. C'est un développement très troublant », a-t-il constaté.
Le diplomate russe doute également que la majorité de la société ukrainienne souhaite rejoindre l'Union européenne.
En outre, il a assuré que de nombreuses critiques s’étaient élevées contre le gouvernement pour ne pas avoir assez agi en vue de mettre un terme aux violences.
Souveraineté
Vladimir Chizhov a plaidé en faveur du principe de souveraineté. À ses yeux, la Russie, un pays très proche de l'Ukraine sur le plan culturel et historique, souhaite que la population ukrainienne fasse des choix rationnels et sorte de la crise sans effusion de sang supplémentaire.
Le seul organe international autorisé à imposer des mesures était le Conseil de sécurité des Nations unies, a-t-il expliqué.
En ce qui concerne l'Ukraine, l'ambassadeur a déclaré que Kiev ne devrait pas faire l’objet de sanctions, mais au contraire d’une aide de la part de la communauté internationale.
Des journalistes lui ont demandé si, selon lui, les lois antidémocratiques récemment adoptées avaient contribué à attiser les violences. Il a répondu que ces lois avaient été votées par un gouvernement élu démocratiquement.
« Les lois ukrainiennes sont les lois ukrainiennes, je n'en suis pas responsable […] Mais les lois provenant d'un système démocratique doivent être respectées ». L'Union européenne a critiqué pour sa part la manière dont le Parlement ukrainien a adopté les lois : un vote à main levée.
« Quand, le jour qui suit l'adoption d'une loi, un gouvernement étranger lance un appel pour la retirer, je trouve cela inacceptable de la part d'un pays qui a un certain degré de dignité », a-t-il déclaré dans une allusion directe à la position de l'UE qui a déclaré que les nouvelles lois devaient être révisées.