Le ton monte entre les eurodéputés et Marine Le Pen sur le dumping social
L'extrême-droite veut supprimer la directive sur les travailleurs "low-cost". Les eurodéputés français s'interrogent sur la légitimité de Marine Le Pen à évoquer ce sujet alors qu'elle n'a jamais participé à la Commission Emploi du Parlement, dont elle est membre.
L'extrême-droite veut supprimer la directive sur les travailleurs "low-cost". Les eurodéputés français s'interrogent sur la légitimité de Marine Le Pen à évoquer ce sujet alors qu'elle n'a jamais participé à la Commission Emploi du Parlement, dont elle est membre.
La campagne pour les élections européennes s'est cristallisée sur la question des travailleurs détachés, alors que les eurodéputés se trouvent cette semaine au Parlement européen de Strasbourg pour la session plénière mensuelle. Le sujet continue de faire débat, surtout en France, après l'accord politique trouvé lundi lors d'un conseil européen des ministres du travail.
À Strasbourg, le sujet a fait l'objet d'un vif échange mercredi 11 décembre en séance plénière entre la présidente de la Commission de l'Emploi et des Affaires sociales, Pervenche Berès, et Marine Le Pen.
« Modifiée ou non, c'est pareil, la directive est une bombe à fragmentation sociale terrifiante” a assuré Marine Le Pen lors d'une conférence de presse, avant de déclarer qu'il fallait supprimer le texte en question.
Un texte qui est pourtant le fruit d'un long travail parlementaire, puisque ses modifications ont été négociées depuis 18 mois au Parlement européen, au sein de la Commission Emploi et affaires sociale présidée par Pervenche Berès.
« Trouver un consensus sur ce sujet alors qu'on a d'un côté les pays fournisseurs de travailleurs détachés et ceux qui les accueillent, ce n'est pas facile " assure Elisabeth Morin-Chartier, eurodéputée UMP et membre de la Commission Emploi, qui s'interroge sur la légitimité de Marine Le Pen à évoquer ce sujet.
Marine Le Pen n'a jamais mis les pieds à la Commission Emploi
« Elle est membre de cette Commission, et nous ne l'avons jamais vue, à aucune réunion ! Elle n'a pas non plus déposé le moindre amendement sur le sujet ! Comment peut-elle en faire un sujet de sa campagne ? » se demande l'eurodéputée.
Selon les statistiques recensées par le site votewatch.eu, la participation de l'élue Front National aux activités parlementaires compte parmi les plus modestes. Dans la classe des députés européens, Marine Le Pen est 684ième sur 764 en matière de participation.
À l'inverse, Pervenche Berès est dans le premier quart.
Course contre la montre
Les députés UMP et PS mettent de leur côté en avant le fait que la directive en question profite plus aux français qu'aux autres européens. Il y aurait 180.000 Français expatriés momentanément en Europe contre un peu moins de travailleurs détachés en France.
Pour Élisabeth Morin-Chartier, eurodéputé UMP, l'enjeu est maintenant de gagner une course contre la montre pour permettre à la décision actée en conseil des ministres à Bruxelles d'être validée.
« Nous avons demandé à la présidence lituanienne de mettre le sujet à l'agenda, en décembre; ce ne sera pas fait avant janvier, mais il faut absolument arriver à faire les modifications requises durant cette mandature. C'est un sujet crucial pour l'Europe sociale » assure l'eurodéputée.
Les contrôles, sujet crucial
La question des modalités de contrôle continue de faire débat. Michel Barnier a proposé la semaine dernière la création d'un corps européen de contrôle des travailleurs détachés, une proposition qui a la faveur de nombreux députés.
Pour les élus de gauche, il faut non seulement modifier le texte en vigueur au plus vite, mais aussi remettre à plat toute la gestion des travailleurs européens hors de leur pays.
>> Lire La question des travailleurs low-cost mine le modèle social européen
Le gouvernement français affiche en tout cas une forte mobilisation sur le sujet. Jeudi matin, Frédéric Cuvellier le ministre des Transports participe à des contrôles effectués dans le secteur du fret routier, après une tribune publiée par Hervé Montjotin, PDG de l'entreprise de fret Norbert Dentressangle.
« Aujourd'hui, la France doit tirer toutes les conséquences de l'Europe des vingt-Huit: les marchés se sont ouverts, les flux de biens et de personnes se sont développés à grande vitesse, mais les réglementations propres à certains métiers se sont mal adaptées" assure le chef d'entreprise.
Le député PS Gilles Savary a rappelé qu'un groupe d'études sur le statut des travailleurs mobiles avait été mis en place à l'Assemblée Nationale, et devait rendre ses conclusions au premier semestre 2014. Le député veut dessiner les contours d'un « statut » du travailleur mobile européen, soit général, soit spécifique à chaque mode.