Le vote de Giorgia Meloni contre Ursula von der Leyen pourrait se retourner contre elle

Après des mois de courtisaneries mutuelles, Giorgia Meloni a voté contre la réélection d’Ursula von der Leyen à la présidence de la Commission européenne, une décision qui pourrait la condamner à l’insignifiance en Europe, estime un analyste.

EURACTIV Italie
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La Première ministre italienne Giorgia Meloni et la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen se rencontrent à Bruxelles, en Belgique, le 3 novembre 2022. [Alexandros Michailidis]

Après des mois de courtisaneries mutuelles, Giorgia Meloni a voté contre la réélection d’Ursula von der Leyen à la présidence de la Commission européenne, une décision qui pourrait la condamner à l’insignifiance en Europe, estime un analyste.

Mme Meloni n’a pas été influencée par la position plus dure de Mme von der Leyen sur l’immigration, sa référence à la dimension extérieure ou l’annonce d’un commissaire spécial pour la Méditerranée — des positions qui, selon de nombreux observateurs, lui auraient valu le soutien de la Première ministre italienne.

« Les choix faits ces derniers jours, le programme politique et la recherche d’un consensus entre la gauche et les Verts ont rendu impossible notre soutien à la réélection d’Ursula von der Leyen », a déclaré Carlo Fidanza, chef de la délégation de Fratelli d’Italia au Parlement européen, peu de temps après le vote.

La proposition politique était trop similaire à celle des cinq dernières années, et le Pacte vert pour l’Europe (Green Deal), comme l’a rapporté Euractiv ces derniers jours, était l’une des principales raisons de l’opposition de Fratelli d’Italia.

Bien que « politiquement, le “non” à Mme von der Leyen soit compréhensible », l’analyste politique et professeur à l’Université LUISS Guido Carli, Lorenzo Castellani, a confié à Euractiv qu’en « termes d’intérêt national et de raison d’État, Mme Meloni subit une défaite plutôt considérable ».

Selon M. Castellani, cette défaite aura des répercussions sur la Commission, car il est peu probable que l’Italie obtienne un commissaire ou un vice-président avec des portefeuilles puissants, comme le souhaitait Girogia Meloni.

Elle affectera également la crédibilité de la Première ministre italienne, car son rejet de jeudi (18 juillet) met à mal un processus de légitimation politique qui a débuté lorsqu’elle est devenue Première ministre.

« C’est comme si Meloni avait balayé d’un revers de main ce rapprochement d’un an et demi avec l’Union européenne, un détachement de l’euroscepticisme qui lui avait profité à la fois en termes de consensus et de crédibilité internationale. »

En une journée, le groupe Fratelli d’Italia de Giorgia Meloni s’est rangé dans les rangs de l’extrême droite, en s’alignant sur son allié gouvernemental Matteo Salvini et les Patriotes pour l’Europe.

Cette décision a bloqué ses efforts pour construire une droite capable de gouverner et « a finalement apporté peu de chose à l’Italie ».

L’impression de M. Castellani est que, bien que Mme Meloni affirme souvent que son gouvernement est le seul d’un grand pays qui s’est trouvé renforcé par les élections de juin, les dynamiques de pouvoir montrent qu’elle en sort en réalité affaiblie.

Le rejet d’un nouveau mandat de Mme von der Leyen « réduit à zéro ou de manière significative l’influence de Fratelli d’Italia et des conservateurs sur les décisions de la Commission », explique M. Castellani.

« Donc même l’argument selon lequel il était impossible de voter pour un programme avec une forte continuité sur le Green Deal ne tient la route que dans une certaine mesure, puisque ce programme continuera de toute façon et que Fratelli d’Italia n’aura pas l’occasion de l’influencer. »