Le vote sur les sables bitumineux fait chou blanc
L'Union européenne n'est pas parvenue à imposer une valeur hautement polluante aux sables bitumineux ce jeudi, suite au vote des Etats membres qui a laissé la situation dans l'impasse.
L'Union européenne n'est pas parvenue à imposer une valeur hautement polluante aux sables bitumineux ce jeudi, suite au vote des Etats membres qui a laissé la situation dans l'impasse.
Cette question fait figure de test pour l'UE quant à sa capacité à appliquer ses politiques pour le climat alors qu'elle subit d'importantes pressions de la part du gouvernement canadien et des entreprises pétrolières qui veulent empêcher que des milliards de barils de pétrole issu des sables bitumineux ne soient déclarés particulièrement dangereux pour l'environnement. Le Canada a en effet secrètement menacé l'Europe d'une guerre commerciale si la proposition était approuvée, bien que l'expert sur le climat de la Nasa James Hansen ait déclaré que le développement de l'exploitation des sables bitumineux « signerait l'arrêt de mort » des efforts pour le climat.
Darek Urbaniak des Amis de la Terre Europe a quant à lui affirmé : « Certains gouvernements européens ont cédé aux pressions des Canadiens et des lobbies pétroliers, au lieu de rejeter les sables bitumineux dangereux pour l'environnement. Les sources de carburant très polluantes comme les sables bitumineux doivent être supprimées ou gardées hors de l'Europe. Il s'agit de la source de carburant la plus polluante et elle mettra à mal la capacité de l'Europe à atteindre ses objectifs pour le climat. »
Ce vote nécessitait une majorité de trois quarts des voix pour que la proposition soit validée et entre rapidement en vigueur. Le vote a donné les résultats suivants : 89 voix pour, 128 contre et 128 abstentions, dont le Royaume-Uni. Cet échec signifie que la décision reviendra aux ministres, qui enverront une proposition au Parlement européen pour que le projet de loi soit adopté. Cette décision aurait dû être prise il y a déjà des années.
« Ce vote reporte encore la décision sur les sables bitumineux, alors que leur exploitation continue et cause des dommages irréversibles sur le climat, l'environnement et les communautés locales », a déclaré M. Urbaniak. « Le scénario catastrophe d'un vote contre a toutefois été évité et cela pourrait ouvrir la voie à une décision plus responsable des ministres en juin prochain. »
Cette question a accablé le ministre britannique des transports, Norman Baker, dont les collègues libéraux démocrates ont comparé les sables bitumineux à des « mines prêtes à exploser, des diamants du sang, des bombes à fragmentation », alors que le gouvernement de coalition britannique aurait secrètement soutenu le Canada, selon le Guardian. Les gouvernements britannique et canadien se sont abstenus de commenter les résultats du vote. Joss Garman, un militant pour Greenpeace, a déclaré : « L'impasse dans laquelle nous nous trouvons aujourd'hui n'est pas une excuse pour jeter aux oubliettes la décision sur les sables bitumineux. Il est aujourd'hui essentiel que Norman Baker et son dirigeant politique, Nick Clegg, fassent bon usage de ce délai supplémentaire pour s'élever contre les groupes de pression de l'industrie pétrolière et leurs alliés, afin de garantir que nous ne finirons pas par remplir nos réservoirs d'essence avec l'un des carburants fossiles les plus polluants du monde. »
Les sables bitumineux canadiens représentent la plus vaste réserve de pétrole mondiale après l'Arabie saoudite. Nombreuses sont les compagnies pétrolières européennes qui ont des intérêts majeurs pour ces réserves, comme BP, Shell, Total et Statoil. L'UE propose de classer le pétrole issu des sables bitumineux comme entraînant en moyenne 22 % d'émissions de gaz à effet de serre de plus que le pétrole traditionnel, à cause de l'énergie nécessaire à l'extraction du bitume des roches et à son raffinage. Cette décision freinerait les fournisseurs de carburant européens qui doivent réduire l'impact de leurs produits sur le réchauffement climatique et établirait un précédent international très malencontreux pour le Canada.
Le gouvernement canadien affirme qu'il est injuste d'accuser les sables bitumineux, alors que d'autres pétroles bruts sont également très polluants. Il s'est toutefois vu répliquer, notamment par la commissaire européenne à l'action pour le climat, Connie Hedegaard, que la question des autres pétroles bruts serait elle aussi traitée en temps voulu et que les preuves scientifiques contre les sables bitumineux étaient sans équivoque. En 2011, le Canada a convoqué un sommet privé de haut niveau pour discuter de la stratégie à adopter afin de remporter la bataille contre l'UE sur les sables bitumineux et de protéger « les investissements faramineux d'entreprises comme Shell, BP, Total et Statoil ».
Le Royaume-Uni a proposé une autre approche « groupée » visant à attribuer des émissions de carbone à différents types de carburants pour éviter que les sables bitumineux ne se retrouvent isolés. Les opposants ont rejeté cette proposition qu'ils voient comme une simple stratégie pour gagner du temps. Le Guardian a cru comprendre que le Royaume-Uni n'avait ni présenté sa proposition officiellement, ni fourni d'arguments dans ce sens. En janvier, le Guardian a révélé l'existence d'un autre plan de compromis qui minimiserait l'impact sur le pétrole issu des sables bitumineux, élaboré cette fois-ci par les Pays-Bas.