Législatives : une victoire du RN pourrait remettre en cause le moteur franco-allemand

Face au craintes de voire le moteur européen serrer, le Rassemblement national (RN) assure que les relations franco-allemandes ne changeront pas si un Premier ministre issu de ses rangs prend les rênes de la France.

Euractiv.com
German-Franco relations and the right
Si un Premier ministre RN arrivait au pouvoir, une part importante de cette coordination franco-allemande pourrait passer à l’extrême droite, qui nommerait au moins quelques nouveaux ministres, voire le ministre des Affaires étrangères. [[Photo illustration by Esther Snippe for Euractiv. Photos by EPA]]

Face au craintes de voire le moteur européen serrer, le Rassemblement national (RN) assure que les relations franco-allemandes ne changeront pas si un Premier ministre issu de ses rangs prend les rênes de la France. 

Alors que le RN est largement favori pour le premier tour des élections législatives anticipées de dimanche (30 juin), le président Emmanuel Macron pourrait donc être contraint de nommer un Premier ministre d’extrême droite, une première dans l’histoire de la France de l’après-guerre.

Cependant, des fonctionnaires redoutent l’avenir de la coopération franco-allemande en ce cas, essentielle pourtant pour définir la politique de l’UE.

« Je suis préoccupé par les élections en France […] et j’espère que les partis qui ne sont pas ceux de Marine Le Pen remporteront les élections », a déclaré le chancelier allemand Olaf Scholz dimanche (23 juin).

Chantal Kopf, cheffe de file des affaires européennes pour les écologistes et partenaire d’Olaf Scholz au sein du gouvernement, a exprimé à Euractiv ses inquiétudes sur la possibilité de « perdre temporairement un partenaire fiable ».

Malgré les tensions récentes, la coordination entre les deux plus grandes économies de l’UE, en dehors du cadre de l’UE, est souvent nécessaire pour forger un consensus plus large, comme ce fut le cas avec la récente réforme du marché de l’électricité européen.

Cette coopération repose non seulement sur les relations entre le président français et le chancelier allemand, mais aussi sur un ensemble de liens finement calibrés et ritualisés.

Une coordination menacée ?

Traditionnellement, les équipes des ministres européens français et allemand comprennent un fonctionnaire de l’autre pays dans le cadre d’un arrangement privilégié, a expliqué à Euractiv un porte-parole du ministère allemand des Affaires étrangères. La chancellerie emploie également un fonctionnaire français dans son département européen, le seul fonctionnaire étranger à ce poste.

« Si la coordination intensive entre les plus grands États membres de l’UE est altérée, cela nuirait également à l’unité de l’UE et à sa capacité d’action », a supposé Yann Wernert, un expert des affaires franco-allemandes à l’Institut Jacques Delors.

Si un Premier ministre RN arrivait au pouvoir, une part importante de cette coordination franco-allemande pourrait passer à l’extrême droite, qui nommerait au moins quelques nouveaux ministres, voire le ministre des Affaires étrangères.

De son côté, le RN assure toutefois, par la voix du député sortant du RN et directeur de la campagne européenne du parti, Alexandre Loubet, que «nous maintiendrons les [conseils ministériels] et bien sûr nous continuerons nos échanges avec l’Allemagne ». Le pays est un « partenaire commercial majeur », a-t-il déclaré à Euractiv.

Cependant, des doutes subsistent, car historiquement, le RN a toujours été sceptique quant à cette relation. Dernièrement, Marine Le Pen avait qualifié la signature du traité d’Aix-la-Chapelle entre Emmanuel Macron et l’ancienne chancelière allemande Angela Merkel en 2019 de « trahison de la France », qui « laisse notre souveraineté s’effondrer. »

Les précédents hongrois et polonais

En cas de victoire du RN, Claire Demesmay, experte franco-allemande au Centre Marc Bloch, a souligné les principales divergences politiques, s’est dite particulièrement préoccupée par « l’impact potentiel sur le budget français, par exemple en ce qui concerne le soutien à l’Ukraine et l’affaiblissement général de la politique européenne de la France ».

Le RN est également critique à l’égard de l’élargissement et a promis de réduire les contributions de la France à l’UE.

La coordination quotidienne, « qui est considérée comme acquise, serait soudainement remise en question », a déclaré Yann Wernert. Selon lui, le RN serait désireux de maintenir la face au moins jusqu’en 2027 et les élections présidentielles.

« Des exemples européens existent, comme le PiS en Pologne et Viktor Orbán en Hongrie, où des gouvernements aux ambitions illibérales se sont d’abord adaptés aux normes dans une certaine mesure », a-t-il expliqué. Les frontières ont ensuite été progressivement déplacées.

Avec le PiS, les réunions périodiques du cabinet germano-polonaises se sont d’abord maintenues, puis non plus eu lieu sur les six dernières années. La coordination trilatérale du Triangle de Weimar avec la France est également tombée en désuétude.

Claire Demesmay s’interroge sur les échanges de diplomates si le RN en prend le contrôle : « Les fonctionnaires allemands seront-ils toujours autorisés à assister aux réunions ministérielles françaises, où la confiance est très élevée  ? Seront-ils toujours les bienvenus  ?»

« Un cabinet français dirigé par le RN représenterait un défi sans précédent pour les relations franco-allemandes », conclut Yann Wernert.

Paul Messad a contribué à la rédaction de cet article.