L’engagement de la Serbie à respecter l’accord conclu avec le Kosovo remis en question après un vote au Conseil de l’Europe
Le vote de la Serbie contre l’adhésion du Kosovo au Conseil de l’Europe a soulevé des questions sur l’engagement de Belgrade à mettre en œuvre l’accord de normalisation des relations avec le Kosovo conclu sous l’égide de l’UE.
Le vote de la Serbie contre l’adhésion du Kosovo au Conseil de l’Europe a soulevé des questions sur l’engagement de Belgrade à mettre en œuvre l’accord de normalisation des relations avec le Kosovo conclu sous l’égide de l’UE.
Le Comité des ministres du Conseil de l’Europe a approuvé lundi (24 avril) la première étape de la demande d’adhésion du Kosovo à l’organe des droits de l’homme basé à Strasbourg, la transmettant à l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe (APCE), où les débats devraient s’intensifier.
Les 41 membres de cette organisation de défense des droits humains basée à Strasbourg, dont tous les États membres de l’UE, ont voté par 33 voix pour, sept contre et cinq abstentions.
Chypre, l’Espagne et la Roumanie, trois des cinq États membres de l’UE qui ne reconnaissent pas la déclaration d’indépendance du Kosovo faite en 2008 à la suite de la guerre de 1998-1999, ont voté contre, de même que la Serbie, la Hongrie, l’Azerbaïdjan et la Géorgie.
La Grèce et la Slovaquie, les deux autres des cinq États membres de l’UE qui ne reconnaissent pas le Kosovo, se sont abstenues. L’Ukraine, la Moldavie et la Bosnie-et-Herzégovine se sont jointes à eux.
La demande est maintenant transmise à l’Assemblée parlementaire de l’organe, qui l’examinera sur la base des analyses et des rapports des rapporteurs du Conseil de l’Europe avant de la soumettre au vote lors de sa session plénière de juin ou d’octobre de cette année.
Si les deux tiers des pays membres soutiennent la demande, il est alors recommandé au Comité des ministres d’inviter le Kosovo à devenir membre de l’organisation.
Les observateurs ont souligné que la Hongrie est le dernier pays en date à avoir changé d’avis et voté contre l’adhésion du Kosovo.
C’est en janvier que le ministre hongrois des Affaires étrangères, Peter Szijjarto, a annoncé que « la Hongrie votera contre l’adhésion du Kosovo à toutes les organisations européennes tant qu’un accord n’aura pas été conclu avec la Serbie ».
Sur le papier, Budapest reconnaît l’indépendance du Kosovo, mais les frictions croissantes avec l’UE et ce que certains perçoivent comme de la sympathie envers la Russie et la Serbie ont soulevé des questions concernant les motivations réelles derrière son choix lors de ce vote.
Lundi, le Premier ministre serbe Aleksandar Vučić a exprimé sa gratitude à Budapest, déclarant que Belgrade lui était « particulièrement reconnaissante », car les Hongrois « ont prouvé qu’ils étaient les plus grands amis de la Serbie ».
L’ancien ministre des Affaires étrangères du Kosovo, Petrit Selimi, a pour sa part qualifié la position de la Hongrie de « regrettable » et de « mauvaise nouvelle », tout en félicitant les pays qui ne reconnaissent pas l’indépendance du Kosovo de s’être abstenus.
Des observateurs locaux ont toutefois accusé Budapest d’avoir cédé au lobbying serbe.
Implications de l’accord Belgrade-Pristina
En votant contre l’adhésion de son voisin, la Serbie semble avoir violé des points essentiels des récents accords de Bruxelles et d’Ohrid, à savoir le lobbying et le vote contre l’adhésion du Kosovo à une organisation internationale, a déclaré la présidente kosovare, Vjosa Osmani.
Mme Osmani a également accusé Belgrade d’interférer dans les élections étrangères, un autre point clé de l’accord, après que la Serbie a appelé les Serbes ethniques du nord du Kosovo à boycotter les récentes élections régionales.
« Un nouvel accord, mais la même vieille Serbie », a-t-elle écrit sur Twitter.
Le Premier ministre du Kosovo, Albin Kurti, et le président serbe, Aleksandar Vučić, se sont entendus sur un accord de normalisation des relations en février à Bruxelles et sur une annexe pour mettre en œuvre l’accord en mars à Ohrid.
L’article 4 de l’accord stipule que la Serbie ne s’opposera pas à l’adhésion du Kosovo aux institutions internationales.
Le principal porte-parole de l’UE pour les affaires étrangères, Peter Stano, a déclaré aux journalistes mercredi (25 avril) que les institutions « sont conscientes » que la Serbie a voté contre la candidature du Kosovo, mais il n’a pas répondu à la question de savoir si l’UE considérait cette action comme une violation de l’accord.
« La manière dont ils mettent en œuvre l’accord déterminera comment ils avancent pour remplir la priorité stratégique de l’adhésion à l’UE qui a été définie par eux-mêmes », a-t-il ajouté.
M. Vučić, quant à lui, a remercié mardi (25 avril) les pays qui ont voté contre la candidature du Kosovo au Conseil de l’Europe et a ajouté que la Serbie appliquerait la réciprocité à cause du Kosovo.
« Nous avons décidé de respecter davantage les pays amis envers la Serbie et nous y travaillerons avec les éléments de prise en charge des relations bilatérales dans la politique étrangère et de ne pas franchir les limites de la réciprocité. Si quelqu’un ne respecte pas notre intégrité territoriale, pourquoi devrions-nous respecter la sienne ? » a déclaré M. Vučić lors d’une conférence de presse à Belgrade.
Le ministre serbe des Affaires étrangères, Ivica Dačić, a affirmé que Belgrade changerait d’attitude à l’égard des pays qui se sont abstenus lors du vote.
Ces deux événements surviennent une semaine avant que M. Kurti et M. Vučić ne se rencontrent à Bruxelles le 2 mai pour un nouveau cycle de négociations dans le cadre du dialogue Belgrade-Pristina, mené sous la médiation de l’UE.
Le principal point de friction devrait être la création de l’Association des municipalités serbes du Kosovo, qui, selon Pristina, donnerait à Belgrade une influence démesurée et inconstitutionnelle dans leur pays, tandis que les Serbes affirment qu’elle est nécessaire pour protéger leurs droits.
[Édité par Anne-Sophie Gayet]