L'épouse du Premier ministre espagnol mise en examen pour corruption
Cette affaire judiciaire vient s'ajouter à plusieurs enquêtes pour corruption visant l'entourage proche de Pedro Sánchez
MADRID – Un tribunal madrilène a mis en accusation lundi Begoña Gómez, l’épouse du Premier ministre Pedro Sánchez, pour quatre chefs d’accusation, dont détournement de fonds, trafic d’influence, corruption dans le cadre d’activités commerciales et appropriation illicite de fonds.
À l’issue d’une enquête de deux ans, le juge Juan Carlos Peinado a décidé que Gómez devait être jugée pour des faits de malversation présumés commis alors qu’elle occupait les fonctions de codirectrice de deux programmes de master et d’une chaire spéciale à l’université Complutense de Madrid, et qu’elle pourrait comparaître devant un jury.
Selon la décision de justice citée par la chaîne nationale RTVE, le juge a déclaré que c’est précisément en raison de son statut d’épouse du Premier ministre, qui a favorisé l’expansion, le financement et le fonctionnement de sa chaire universitaire, que des décisions ont été prises qui « auraient pu être obtenues grâce à une exploitation unique de sa position relationnelle ».
Le juge d’instruction met également en examen une ancienne conseillère du cabinet de Sánchez, Cristina Álvarez, qu’il accuse des mêmes infractions que Gómez, ainsi que l’homme d’affaires Juan Carlos Barrabés pour trafic d’influence et corruption.
Gómez nie toute malversation, et le Premier ministre a défendu l’innocence de son épouse, accusant de manière controversée les juges espagnols de partialité politique à la télévision nationale.
En effet, quelques mois après le début de l’enquête en 2024, le Premier ministre, qui avait été appelé à témoigner, a porté plainte contre le juge pour abus de pouvoir. Cette plainte a ensuite été rejetée par la Haute Cour de justice de Madrid, qui supervise tous les tribunaux locaux de la région.
Cette mise en accusation marque un revers majeur pour le Premier ministre socialiste, qui a essuyé une série de lourdes défaites électorales lors des récentes élections régionales et dont le parti a été impliqué dans une série de scandales de corruption très médiatisés, notamment un système de pots-de-vin en échange de contrats qui aurait été orchestré par son ancien ministre, José Luis Ábalos, et sur lequel la Cour suprême enquête actuellement.
Le frère de Sánchez, David Sánchez, sera également jugé en mai pour corruption présumée. Cette affaire implique le dirigeant socialiste de la région d’Estrémadure, Miguel Ángel Gallardo, qui est accusé d’avoir créé un poste public ad hoc pour le frère du Premier ministre au sein du conseil municipal de Badajoz.
Les ministres du gouvernement de coalition minoritaire dirigé par les socialistes de Sánchez ont réagi rapidement à l’annonce de cette dernière mise en accusation. Le ministre de la Justice, Félix Bolaños, a déclaré aux journalistes que le juge d’instruction Peinado avait « fait honte » aux citoyens et aux juges espagnols, et que « le préjudice qu’il a causé au système judiciaire est irréparable ».
Le ministre a indiqué qu’il espérait qu’une « juridiction supérieure plus impartiale » serait en mesure de « réexaminer » cette décision judiciaire.
(cm)