Les agriculteurs de l'UE n'ont pas besoin de plus d'argent pour faciliter la transition écologique, selon M. Timmermans
Le budget consacré aux subventions agricoles de l’UE ne doit pas être renforcé au cours de la prochaine période, malgré les appels à une augmentation des fonds agricoles. C’est ce qu’a confié Frans Timmermans, vice-président de la Commission, à EURACTIV lors d’un entretien.
Le budget consacré aux subventions agricoles de l’UE ne doit pas être renforcé au cours de la prochaine période de la PAC, malgré les appels à une augmentation des fonds agricoles. C’est ce qu’a confié Frans Timmermans, vice-président de la Commission, à EURACTIV lors d’un entretien.
« Il faut commencer par se demander si les fonds dont nous disposons — 387 milliards d’euros représentent une somme considérable — sont dépensés de la bonne manière en ce moment ? Je ne pense pas que ce soit le cas », a-t-il déclaré.
Ses commentaires faisaient référence à la Politique agricole commune (PAC) de l’UE, l’un des programmes de subventions agricoles les plus importants au monde, qui représente environ un tiers du budget de l’UE.
Pour le vice-président de la Commission, cette question constitue le point de départ d’une discussion plus approfondie sur la possibilité d’utiliser d’autres structures de financement pour compléter la PAC.
« Cependant, si l’on se contente de discuter d’abord de la protection des droits acquis, puis de voir si l’on peut faire autre chose, de plus en plus d’États membres ne seront pas en mesure de suivre ce raisonnement », a averti M. Timmermans.
Le programme actuel 2021-2027 de la PAC devrait également contribuer à la transition vers un avenir plus écologique et plus durable pour l’agriculture, comme le prévoit la politique alimentaire phare de l’UE, la stratégie « De la ferme à la table ».
Toutefois, le budget a été mis à rude épreuve au cours des derniers mois, en raison de la hausse vertigineuse de l’inflation, de plus de 10 % dans certains pays de l’UE, combinée à la montée en flèche des prix des principaux intrants, tels que les engrais et les aliments pour animaux, en raison de l’invasion de l’Ukraine par la Russie.
Cette situation a conduit certains acteurs et législateurs, y compris le commissaire européen à l’Agriculture Janusz Wojciechowski, à réclamer une enveloppe plus importante pour la prochaine période de financement. Cette idée a été fermement rejetée par M. Timmermans, qui a affirmé que seul un « groupe très limité de personnes » souhaitait une augmentation des fonds alloués à la PAC.
Selon lui, la reconstruction de l’Ukraine absorbera une grande partie du budget de l’UE. Le vice-président doute donc que l’idée obtienne le soutien des États membres.
« Croyez-vous honnêtement qu’il y aura un grand nombre d’électeurs dans les États membres qui diront “Donnons plus d’argent à l’agriculture” ? », s’est-il interrogé. Il n’y a « pas un seul État membre » qui plaidera en faveur de l’octroi de plus de fonds à l’agriculture.
« Je préfère être plus réaliste. Même si ce n’est pas un point de vue populaire, il faut regarder la réalité en face », a-t-il poursuivi.
Agriculteurs versus nature
Interrogé sur les moyens de rallier les agriculteurs à sa vision et de briser la dichotomie « agriculteurs versus nature » du discours actuel, M. Timmermans, qui dirige les travaux de la Commission sur le Pacte verte pour l’Europe (Green Deal), s’est montré optimiste.
« Je pense que dès que vous pourrez vous asseoir avec les agriculteurs — pas avec [l’association des agriculteurs de l’UE] COPA-COGECA, qui ne représente pas toujours vraiment tous les agriculteurs — mais si vous pouvez vous adresser aux agriculteurs, vous verrez qu’ils sont raisonnables, rationnels et qu’ils savent qu’ils ne peuvent pas continuer comme ils le font actuellement », a-t-il déclaré.
Pour M. Timmermans, la clé consiste à démontrer que l’UE peut réorienter le budget de la PAC « dans une direction qui aidera les agriculteurs à changer leurs habitudes ».
Beaucoup « d’agriculteurs veulent changer leur façon de faire, c’est donc une conversation que nous devons avoir », a-t-il précisé.
La DG AGRI, toujours la tête pensante de la Commission ?
Interrogé sur la capacité de la structure institutionnelle actuelle à négocier la prochaine réforme de la PAC dans le contexte des objectifs durables de l’UE, le vice-président a déclaré que si le mode de réflexion cloisonné au sein de la Commission n’a pas disparu, il « s’atténue de plus en plus ».
« Si je constate comment [les directions générales responsables de] l’environnement, du climat, de la santé et de l’agriculture travaillent ensemble aujourd’hui, […] c’est complètement différent d’il y a dix ans, et c’est même très différent d’il y a quatre ans. Nous avançons donc dans la bonne direction », a-t-il indiqué.
Toutefois, M. Timmermans a admis que des progrès pourraient être accomplis plus rapidement. « J’espère que le prochain président de la Commission, qu’il s’agisse de Mme von der Leyen ou de quelqu’un d’autre, disposera d’un plan qui lui permettra peut-être d’aller encore plus loin dans la restructuration », a-t-il précisé.
« Il y a encore du travail à faire. Toutefois, les jeunes qui arrivent dans les structures pensent surtout à une approche holistique à l’égard de la nature et de l’agriculture. Je suis donc assez optimiste pour l’avenir », a-t-il déclaré, ajoutant qu’il croyait en « l’évolution, pas en la révolution ».