Les aides-soignants de l’UE peinent à gagner un salaire décent, avertissent les syndicats
Selon la Fédération syndicale européenne des services publics, les aides-soignants en Europe ne perçoivent généralement pas un salaire décent ajusté à l’inflation, bien qu’ils effectuent parfois des tâches d’infirmiers.
Selon la Fédération syndicale européenne des services publics (FSESP), les aides-soignants en Europe ne perçoivent généralement pas un salaire décent ajusté à l’inflation, bien qu’ils effectuent parfois des tâches d’infirmiers.
L’Union européenne est confrontée à une grave pénurie de médecins, d’infirmiers et d’autres professionnels de la santé — en 2022, il manquait 1,2 million de travailleurs, selon un rapport de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) publié le 18 novembre.
« L’Organisation mondiale de la santé [OMS] prévoit une pénurie de 4 millions de professionnels de la santé en Europe d’ici 2030. Les syndicats réclament des salaires plus élevés, davantage de personnel et de meilleures conditions pour garantir des soins de qualité et une main-d’œuvre durable. S’attaquer à ces problèmes n’est pas seulement une priorité, c’est une nécessité urgente », avertit Jan Willem Goudriaan, secrétaire général de la FSESP.
Selon un nouveau rapport de la FSESP, les bas salaires, l’épuisement professionnel dû à la pandémie de Covid-19 et le manque de personnel dans le domaine médical ont conduit à un faible taux de rétention des infirmières et des médecins, ce qui a poussé les aides-soignants à devoir effectuer des tâches et assumer des responsabilités dépassant leur niveau de rémunération.
L’étude de la FSESP s’appuie sur des données fournies par des syndicats de quinze pays, à savoir l’Autriche, la Belgique, Chypre, la République tchèque, le Danemark, la Finlande, la France, l’Allemagne, l’Italie, l’Irlande, la Norvège, la Roumanie, l’Espagne, la Suède et l’Angleterre.
L’Italie, un cas d’école
Le 20 novembre, des milliers de médecins, d’infirmières et de professionnels de la santé italiens ont fait grève à Rome pour protester contre la dernière proposition de budget de leur gouvernement, qui vise à maintenir le financement des soins de santé à environ 6,2 % du PIB, alors que la moyenne de l’UE se situe autour de 6,8 %.
Les syndicats ont expliqué qu’ils manifestaient contre le budget dédié à la santé récemment approuvé par le gouvernement italien, qui ne contient pas une mesure pourtant vivement souhaitée par le secteur de la santé : l’embauche de 30 000 nouveaux employés. À la place, l’exécutif propose des augmentations de salaire minimum d’environ 5 %, ce qui, selon les professionnels de la santé, n’est pas suffisant pour suivre l’inflation.
Selon Can Kaya, chargé de communication à la FSESP, l’Italie est une sorte de « laboratoire pour les conclusions du rapport », qui démontre selon lui les effets de l’inflation. En effet, les salaires des aides-soignants n’ont pas suivi le rythme de l’inflation partout en Europe, ce qui a entraîné de véritables réductions du pouvoir d’achat dans certaines régions.
D’importants écarts entre les pays d’Europe
Le rapport révèle des disparités dans la rémunération des aides-soignants en Europe, les salaires médians ajustés au pouvoir d’achat allant de 20,37 euros en Allemagne à 4,62 euros en Roumanie, le pays avec la rémunération la plus basse d’Europe.
Dans son enquête portant sur 15 pays, la FSESP a constaté que les salaires des aides-soignants étaient inférieurs aux salaires médians nationaux. Selon Can Kaya, l’absence de définition universelle du rôle des aides-soignants et de leurs responsabilités laisse également une marge de manœuvre pour une certaine exploitation. Les employés se voient donc confier des tâches supplémentaires, telles que la mesure de la tension artérielle et le pansement des plaies, qui sont généralement des soins confiés aux infirmiers.
« Des pays comme la Finlande, le Danemark et la Norvège ont des définitions plus règlementées et des cadres de formation structurés pour les aides-soignants », explique Can Kaya à Euractiv, qui « clarifient non seulement le rôle et les responsabilités des aides-soignants, mais s’alignent également sur des salaires plus élevés et des opportunités de progression de carrière plus évidentes ».
Le rapport révèle également qu’en Angleterre, en Irlande, en Roumanie et en Espagne, les salaires minimums les plus bas pour les aides-soignants correspondent au salaire minimum national.
En revanche, en France, en Belgique, en Italie, en Allemagne et en Finlande, les salaires minimums des aides-soignants sont plus élevés que le salaire minimum général.
Toutefois, dans tous les pays étudiés, à l’exception de la France, les aides-soignants gagnent moins que le salaire médian national.
Public vs privé
Le rapport de la FSESP met également en évidence les différences de rémunération entre les aides-soignants du secteur privé et ceux du secteur public.
En Italie et en Irlande, par exemple, les aides-soignants du secteur privé gagnent plus de 30 % de moins que leurs homologues du secteur public. « Cette disparité est en grande partie due à des mécanismes à but lucratif dans le secteur privé, qui privilégient la réduction des coûts, y compris des salaires », explique Can Kaya.
Une autre grève générale est attendue en Italie ce vendredi 29 novembre pour les travailleurs du service public, ce qui inclut les professionnels de la santé.
[Édité par Anna Martino & Anne-Sophie Gayet]