Les autorités hongroises accusées d'espionnage devant le Parlement européen
C'est l'épineuse question du potentiel espionnage de fonctionnaires européens par les services de renseignement hongrois qui est étudiée le 21 janvier au Parlement européen. Une affaire qui illustre en creux le manque de protection dont disposent les représentants de l'Union européenne (UE).
STRASBOURG — C’est l’épineuse question du potentiel espionnage de fonctionnaires européens par les services de renseignement hongrois qui est étudiée le 21 janvier au Parlement européen. Une affaire qui illustre en creux le manque de protection dont disposent les représentants de l’Union européenne (UE).
Selon des enquêtes des journaux De Tijd et Direkt36, le gouvernement hongrois aurait commandité des opérations d’espionnage contre des fonctionnaires européens à Budapest. Des agents hongrois auraient fouillé les chambres d’hôtel de ces derniers et récupéré des données depuis leurs ordinateurs portables.
Entre 2015 et 2017, des membres de l’Office européen de lutte antifraude (OLAF) ont mené plusieurs investigations en Hongrie, aux côtés d’autres fonctionnaires européens. Ces derniers cherchaient à comprendre l’utilisation potentiellement abusive de fonds européens, lors d’un projet lié au gendre du Premier ministre Viktor Orbán.
Un vide législatif en matière de logiciels espions
« Les institutions de l’UE sont vulnérables, elles n’ont pas de service de renseignement ni de contre-espionnage », explique pour Euractiv l’eurodéputé allemand Daniel Freund (Verts).
L’actuelle législation ne protège pas non plus les fonctionnaires européens des logiciels espions. L’utilisation de ces derniers n’étant pas interdite, les États de l’Union peuvent les utiliser pour leur propre sécurité et pour lutter contre certains délits.
La proposition d’organiser un débat parlementaire sur la question a été portée par le groupe Renew, à la fin de la présidence hongroise du Conseil de l’UE.
Au sein de la Conférence des présidents — l’organe responsable des travaux du Parlement —, le groupe des Conservateurs et Réformistes européens (CRE) et celui des Patriotes pour l’Europe, au sein duquel siège le Fidesz de Viktor Orbán, se sont opposés à cette proposition. Presque tous les autres groupes l’ont soutenue.
« Les citoyens doivent réaliser que la Hongrie est un gouvernement hostile à l’intérieur de l’UE », continue Daniel Freund.
En mai dernier, pendant la campagne des élections européennes, ce dernier aurait été la cible d’une cyberattaque, après son retour d’un voyage en Ukraine. Celle-ci aurait été menée par l’entreprise israélienne de sécurité informatique Candiru, qui vend des informations à certains gouvernements. L’identité des commanditaires de l’opération n’a jamais été établie.
La Hongrie, une fois de plus
Ce n’est pas la première fois que la Hongrie est sous surveillance en matière d’espionnage. Au cours du dernier mandat de l’UE, la commission parlementaire sur les logiciels espions avait enquêté sur l’utilisation par le gouvernement de Budapest de logiciels espions contre certains opposants.
Selon Lucia Yar, eurodéputée Renew, ce débat s’inscrit dans le cadre d’un « examen approfondi des pratiques antidémocratiques de la Hongrie », qui comprend l’utilisation documentée de logiciels espions tels que Pegasus contre des journalistes, des activistes et des opposants politiques.
« Cette révélation constitue une nouvelle violation flagrante des principes de l’État de droit des organes gouvernementaux sous le contrôle de Viktor Orbán », explique-t-elle pour Euractiv.
Le mois dernier, La Commission avait gelé un milliard d’euros de fonds de cohésion fléchés pour la Hongrie. Cette décision est intervenue dans le cadre d’un « mécanisme de conditionnalité » introduit pour protéger le budget de l’UE des violations des principes de l’État de droit.
« Le Parlement doit réaffirmer son engagement envers les valeurs fondamentales », souligne le socialiste Jean-Marc Germain, rapporteur permanent sur l’État de droit pour la commission des Budgets. Ce dernier compte demander à ce que la question soit abordée lors de la prochaine session de la commission des Budgets.
Le gouvernement hongrois avait en décembre dernier expliqué à Euractiv qu’il ne répondrait pas à de « fausses informations ». L’OLAF s’est également refusé à tout commentaire.
[AB et LG]