Les chefs d’entreprise attribuent le déclin industriel de l’Europe à une pénurie de main-d’œuvre qualifiée

Selon certains chefs d’entreprise et responsables de la politique financière, le manque de travailleurs qualifiés est l’un des principaux facteurs entravant la réindustrialisation de l’économie européenne.

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Le contexte actuel de baisse de la production industrielle et de taux de chômage historiquement bas dans l’ensemble de l’UE est à l’origine de ces observations. La production industrielle a baissé de 5,8 % par rapport à l’année dernière, tandis que le taux de chômage n’a jamais été aussi bas, à 5,9 %. [WIKIMEDIA COMMONS]

Selon certains chefs d’entreprise et responsables de la politique financière, le manque de travailleurs qualifiés est l’un des principaux facteurs entravant la réindustrialisation de l’économie européenne.

Lors d’un évènement organisé par les sociétés d’investissement régionales et fédérales de Belgique lundi (5 février), des chefs d’entreprises et des responsables de la politique financière ont souligné à plusieurs reprises l’importance de remédier à la pénurie de main-d’œuvre qualifiée dans l’Union.

« Lorsque nous parlons de réindustrialisation, nous devons nous rendre compte qu’il y a beaucoup de savoir-faire dans nos pays », a déclaré Michel Casselman, directeur général de la Participatiemaatschappij Vlaanderen (PMV), la société d’investissement du gouvernement flamand. « Mais ce savoir-faire disparaît avec la disparition de l’industrie. »

M. Casselman a également souligné qu’il était désormais « vraiment urgent » de protéger et d’entretenir « l’histoire et les connaissances qui nous restent » et de travailler à la « réindustrialisation » avant qu’il ne soit trop tard.

Ces commentaires interviennent alors que l’Union européenne fait face à une baisse de la production industrielle et observe des taux de chômage historiquement bas. En effet, alors que la production industrielle a baissé de 5,8 % par rapport à l’année dernière, le taux de chômage n’a jamais été aussi bas puisqu’il se situe à à 5,9 % dans l’UE.

« Lune des plus grandes difficultés »

Selon une étude publiée l’année dernière par la Banque européenne d’investissement (BEI), 85 % des entreprises européennes considèrent le manque de personnel suffisamment qualifié comme un obstacle à l’investissement, ce qui en fait l’obstacle le plus souvent cité, devant les prix élevés de l’énergie (82 %).

Marjut Falkstedt, secrétaire générale du Fonds européen d’investissement (FEI), qui fournit du capital-risque aux petites et moyennes entreprises (PME) et est détenu majoritairement par la BEI, a lui aussi noté que « l’une des plus grandes difficultés [rencontrées par] les entreprises est l’accès à une main-d’œuvre qualifiée ».

« Il est maintenant nécessaire que les autorités publiques se concentrent sur l’élargissement et l’amélioration des possibilités de formation et qu’elles portent un regard neuf sur le système universitaire et les écoles secondaires », a-t-elle soutenu. « Nous devons repenser les compétences [et] les ensembles de compétences de notre main-d’œuvre. »

Tom Paemeleire, directeur général de Kebony, un producteur norvégien de bois qui possède également une usine à Anvers, a ajouté que le manque de main-d’œuvre qualifiée n’était qu’un symptôme d’un défi économique plus large auquel est confrontée l’industrie européenne, à savoir la contractation de l’offre sur la marché de l’emploi.

« Je crois vraiment que si nous voulons faire face à la situation démographique et maintenir l’activité industrielle, nous devons adopter une approche très inclusive du marché du travail et nous assurer que nous avons les bonnes stratégies pour exploiter tout le potentiel qui s’y trouve », a-t-il déclaré.

L’exemple de la Belgique

La Belgique, qui se trouve à la tête du Conseil de l’UE depuis janvier pour une durée de six mois, est sans doute l’État membre le plus touché par ce double défi qu’est la désindustrialisation grandissante et la situation actuelle sur le marché de l’emploi.

La production industrielle de la Belgique a diminué deux fois plus vite que la moyenne de l’UE au cours de l’année écoulée (11,6 % contre 5,8 %), tandis que son taux de chômage se situe à un niveau historiquement bas de 5,7 % — soit en dessous de la moyenne de l’UE (5,9 %).

Au cours du dernier quart de siècle, la part de l’industrie manufacturière dans l’économie a également diminué plus rapidement en Belgique que dans le reste de l’Europe. La part de l’industrie manufacturière à valeur ajoutée dans le produit intérieur brut (PIB) du pays a chuté de 18,2 % en 1998 à 12,6 % en 2022, alors que dans l’ensemble de l’Union elle est passée de 17,8 % à 15 %.

Il est encourageant de constater que les responsables politiques européens ont de plus en plus insisté sur la nécessité de protéger la base industrielle de l’Europe au cours des derniers mois, y compris les dirigeants belges eux-mêmes.

Le mois dernier, le Premier ministre Alexander De Croo a appelé à la mise en place d’un Pacte industriel (Industrial Deal) européen aux côtés du Pacte vert pour l’Europe (Green Deal) afin de « maintenir la production industrielle ici, chez nous, en Europe ».

Les remarques du Premier ministre belge ont été reprises par son ministre des Finances, Vincent Van Peteghem, qui a exhorté l’UE à réduire les « lourdeurs administratives » afin d’encourager les investissements européens.

Lundi, une autre étude démontrant la gravité de la situation économique de l’Europe a été publiée.

L’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), qui regroupe essentiellement des pays riches, a revu à la baisse ses prévisions de croissance pour la zone euro cette année, passant de 0,9 % prévu en novembre à seulement 0,6 % à présent.

La croissance des deux premières économies européennes — l’Allemagne et la France — est à présent estimée à 0,3 % et 0,6 % respectivement.

L’organisation cite les « effets négatifs persistants du choc des prix de l’énergie » comme l’une des principales raisons de la faible croissance attendue en Europe et invite les pays à introduire des « réformes politiques pour améliorer les résultats en matière d’éducation [et] renforcer le développement des compétences » afin de stimuler la croissance économique.

[Édité par Anne-Sophie Gayet]