« Les commissaires n'ont absolument aucun rôle »
Également dans l'édition de lundi : Charles Michel, les bus sénégalais, le directeur de l'OLAF, les milliards de la Hongrie, Sánchez encensé
ÉLECTIONS EN BULGARIE : Les Bulgares se sont rendus en masse aux urnes pour évincer le parti de centre-droit GERB. Selon les estimations, le nouveau parti Bulgarie progressiste de l’ancien président pro-russe Rumen Radev serait en tête avec environ 44 % des voix, après avoir axé sa campagne sur des promesses de lutte contre la corruption. Ce résultat laisse présager un parlement fragmenté, mais aussi une majorité potentielle favorable à la lutte contre la corruption, après des mois de manifestations de rue contre la corruption endémique.
Il convient d’examiner les accusations du chef du GERB, Boyko Borissov, selon lesquelles Radev pourrait devenir le nouveau Viktor Orbán de l’UE. Radev s’est opposé à l’envoi d’armes en Ukraine et aux sanctions contre la Russie, mais il a également toujours coopéré avec le courant dominant de Bruxelles et s’est engagé à ne pas bloquer le processus décisionnel de l’UE. La question est désormais de savoir avec qui Radev gouvernera. Une option est le parti pro-UE et anti-corruption « Nous poursuivons le changement », qui siège avec Renew à Bruxelles. D’autres options incluent divers socialistes et nationalistes.
Vous lisez Rapporteur ce lundi 20 avril. Ici Eddy Wax à Bruxelles, accompagné de Nicoletta Ionta.
À savoir :
🟢 Michel accuse von der Leyen de leadership « autoritaire »
🟢 Exclusif : la Chine s’apprête à remporter un contrat de 300 millions d’euros avec l’UE en Afrique
🟢 Interview : Il y a des pommes pourries partout, déclare le responsable de la lutte contre la fraude
L’Europe, vue de Bruxelles
Charles Michel, l’ancien président du Conseil européen, a accusé Ursula von der Leyen de diriger la Commission avec une « gouvernance autoritaire », dans une interview accordée au Brussels Times publiée aujourd’hui.
Beaucoup considéreront inévitablement ces propos comme de la mauvaise foi. Les deux dirigeants européens entretenaient de très mauvaises relations, les diplomates critiquant fréquemment la manière dont Michel gérait les sommets. Il critique également Politico – qui a publié de nombreux articles à charge contre lui – l’accusant d’avoir agi comme un « agent de déstabilisation » à son encontre pendant son mandat.
Alors que von der Leyen entamait un second mandat, Michel a quitté ses fonctions en 2024 et s’est depuis tourné vers le monde universitaire et le droit international. Aujourd’hui, après s’être tu pendant longtemps, il a des comptes à régler.
Pourtant, sa critique va au-delà des griefs personnels. Michel s’inquiète du fait que la Commission dirigée par von der Leyen outrepasse largement son mandat tel que défini par le Traité, affaiblissant ainsi l’équilibre institutionnel au cœur de l’UE.
« Il y a une gouvernance ultra-autoritaire… Les commissaires n’ont absolument plus aucun rôle », a-t-il déclaré à Leo Cendrowicz, le rédacteur en chef du magazine, ajoutant que von der Leyen avait « systématiquement refusé » de se coordonner avec lui pendant son mandat.
Il a dressé un bilan sévère des résultats économiques de la Commission, affirmant que son action en faveur du marché unique s’élevait à « zéro ».
Michel définit son ancien rôle comme celui de « gardien de l’unité européenne » ; il est donc peu probable qu’il apprécie les projets de la Commission concernant le marché unique qui seront présentés cette semaine lors de la réunion des dirigeants à Chypre.
Von der Leyen s’apprête à présenter une nouvelle « feuille de route » pour le marché unique qui permettrait à des groupes de pays d’avancer sans unanimité, dans le but d’éviter d’être bloqués par des capitales récalcitrantes, comme nous l’avons rapporté vendredi.
Les questions de coordination abondent à nouveau, certains députés me faisant part de leur déception de ne disposer que de quelques jours pour se prononcer sur ce plan économique de deux ans.
Se jeter soi-même sous le bus
Une entreprise chinoise liée à l’État est en pole position pour remporter un contrat lucratif soutenu par l’UE portant sur la fourniture d’autobus au Sénégal, après avoir proposé des prix inférieurs à ceux de ses concurrents européens, selon une enquête d’Euractiv.
La société chinoise CRRC s’est classée devant la suédoise Scania dans un appel d’offres de 320 millions d’euros visant à livrer 380 bus à Dakar, la capitale sénégalaise, suscitant la colère à Bruxelles, où les critiques affirment que l’Union risque de subventionner des concurrents étrangers.
« C’est complètement dingue » : c’est ainsi que le député européen de droite Kristoffer Storm a qualifié la situation. Le député européen libéral Sandro Gozi a averti que cela sapait les efforts de l’Europe en faveur de l’autonomie stratégique.
Lire l’exclusivité de Magnus Lund Nielsen.
Le chef de la lutte antifraude montre les crocs
Petr Klement, le nouveau directeur de l’Office européen de lutte antifraude (OLAF), se présente comme l’homme capable de chasser en meute.
Dans sa première interview depuis sa prise de fonction, le responsable tchèque a indiqué à Elisa Braun qu’il comptait dépasser les querelles de territoire avec d’autres organismes de lutte contre la fraude, tels que le Parquet européen, et travailler plus étroitement avec les partenaires de l’UE. Cela est d’autant plus important que Bruxelles prépare son prochain budget à long terme et que les risques de fraude augmentent, selon un nouveau rapport.
Les belles paroles ne suffiront pas : Klement doit désormais prouver que l’OLAF est toujours capable de traiter des dossiers concrets, d’assurer un suivi plus rapide et d’obtenir des résultats visibles. Lire l’interview d’Elisa.
La France et la Suède prônent des restrictions sur les colonies israéliennes
La France et la Suède exhortent la Commission à se montrer plus ferme face aux colonies israéliennes illégales, en proposant des droits de douane et des contrôles à l’importation plus stricts sur les marchandises entrant dans l’UE en provenance de ces territoires, selon un document informel consulté par Rapporteur.
Les deux pays estiment que l’Union doit intensifier d’urgence la pression alors que l’expansion des colonies s’accélère, et souhaitent que de nouvelles options soient présentées aux ministres dans les semaines à venir.
Une initiative de la Commission l’année dernière visant à sanctionner certains ministres israéliens et à suspendre partiellement l’accord UE-Israël avait échoué, bloquée au Conseil par des poids lourds tels que l’Italie et l’Allemagne.
Alors que les ministres des Affaires étrangères doivent se réunir à Luxembourg mardi, la pression monte à nouveau. L’Espagne, l’Irlande et la Slovénie ont déjà appelé à une discussion sur l’accord, tandis que le Premier ministre espagnol Pedro Sánchez a déclaré qu’il proposerait sa suspension cette semaine.
L’élan de Magyar en mai
L’optimisme grandit à Budapest après la rencontre entre Magyar et son futur gouvernement avec de hauts responsables de la Commission vendredi et samedi, visant à débloquer environ 17 milliards d’euros de subventions européennes.
Magyar s’est engagé à mener des réformes en matière de lutte contre la corruption et de liberté des médias, et tient à obtenir 10 milliards d’euros du fonds de relance pandémique avant son expiration en août. La Commission a qualifié ces discussions de « première occasion » de « réaliser de réels progrès ».
Un responsable de Tisza au courant des discussions a confié à Rapporteur que le prochain gouvernement devrait soumettre un nouveau plan de dépenses du fonds de relance à la Commission d’ici la fin mai, ajoutant que la capacité administrative restait le principal obstacle. « Nous sommes d’accord sur tout », a assuré ce responsable.
Carte postale de Barcelone
Pedro Sánchez a été présenté comme le porte-drapeau de la gauche mondiale lors d’un sommet de centre-gauche à Barcelone, s’adressant à ses partisans et à ses alliés internationaux.
Le Premier ministre espagnol s’affiche de plus en plus sur la scène internationale, se positionnant contre l’extrême droite mondiale, alors même que son Parti socialiste est en difficulté sur le plan national, avec des revers régionaux et une probable défaite en Andalousie qui se profile.
Soutenu par ses alliés européens, le Brésilien Lula da Silva et les messages de personnalités telles qu’Hillary Clinton, Sánchez tente de tirer parti de ses conflits avec Donald Trump. Sur le plan intérieur, cependant, les scandales de corruption et la lassitude des électeurs après huit ans au pouvoir ne laissent qu’une marge de manœuvre limitée pour une réinvention politique.
Rond-point Schuman
LA GRANDE FÊTE DE BILL WHITE : L’ambassadeur des États-Unis auprès de l’UE a donné plus de détails sur la fête prévue pour célébrer le 250e anniversaire des États-Unis au parc du Cinquantenaire, fin juin. Il a déclaré à l’AFP que le Belge Bart De Wever et le secrétaire général de l’OTAN, Mark Rutte, devraient être présents, et qu’il espérait que von der Leyen serait également de la partie. Des avions F-35 effectueront un survol, il y aura un feu d’artifice et une pop star très célèbre se produira. Il n’a pas révélé son nom, mais la rumeur dit qu’il s’agirait de Katy Perry.
PANEL SUR LE PADEL : Des députés européens du parti Frères d’Italie de Giorgia Meloni ont organisé un panel sur l’avenir du… padel, un sport de raquette en pleine expansion, en présence d’athlètes et d’organisations sportives. Attendez-vous à beaucoup de rebondissements.
BOUM ! Une énorme explosion a ravagé un bar à Saint-Gilles vendredi soir, dernier incident en date d’une guerre des gangs qui s’intensifie entre réseaux de trafic de drogue rivaux. Lire l’article complet.
Les capitales
PARIS 🇫🇷
Le parti conservateur français Les Républicains a désigné Bruno Retailleau comme candidat à l’élection présidentielle de 2027, rejetant l’option d’organiser une primaire. Lors d’un vote interne, 73,4 % des membres ont soutenu sa nomination, tandis que 12,2 % se sont prononcés en faveur d’une primaire fermée et 14 % d’une primaire ouverte. Le taux de participation s’est élevé à environ 60 %. Bruno Retailleau, chef du parti depuis 2025, s’est engagé à unifier la droite, mais ses détracteurs ont averti que cette décision pourrait aggraver les divisions.
– Charles Szumski
BUDAPEST 🇭🇺
Le Premier ministre hongrois sortant, Viktor Orbán, a annoncé que l’Ukraine pourrait reprendre ses livraisons de pétrole via l’oléoduc Druzhba dès lundi, relayant des informations en provenance de Bruxelles. L’interruption des livraisons depuis janvier, imputée par Kiev aux frappes russes, a alimenté un bras de fer avec Budapest, qui a bloqué un prêt de 90 milliards d’euros de l’UE. Orbán a indiqué que la reprise des livraisons amènerait la Hongrie à lever son veto, tandis que le Premier ministre élu Péter Magyar s’attend également à une reprise prochaine des flux.
– Emma Pirnay
ROME 🇮🇹
La droite nationaliste européenne s’est réunie à Milan samedi, alors que le vice-Premier ministre Matteo Salvini accueillait ses alliés sur la Piazza Duomo, appelant à des politiques migratoires plus strictes et à une refonte de la stratégie énergétique de l’UE. Il a réclamé un rétablissement de l’accès au gaz russe et une plus grande flexibilité en matière de dépenses publiques. Des orateurs, dont Geert Wilders du Parti pour la liberté néerlandais et Jordan Bardella du Rassemblement national, ont présenté cet événement comme s’inscrivant dans un rééquilibrage politique plus large du continent.
– Alessia Peretti
VARSOVIE 🇵🇱
Donald Tusk recevra Emmanuel Macron lundi pour le premier sommet intergouvernemental franco-polonais, marquant une nouvelle « journée de l’amitié » bilatérale. Les discussions porteront sur la sécurité, la défense et les liens transatlantiques, dans le prolongement du traité de Nancy de 2025. Tusk a déclaré que les deux parties s’accordaient sur l’Ukraine et le renforcement de la sécurité européenne, y compris le rôle potentiel de la dissuasion nucléaire française.
– Charles Szumski
BRATISLAVA 🇸🇰
L’ancien Premier ministre slovaque Ľudovít Ódor a apporté dimanche du crédit aux allégations selon lesquelles la Hongrie aurait pu influencer les élections slovaques de 2023, faisant écho aux accusations de Péter Magyar. Ódor a expliqué que les services de renseignement avaient mis en garde contre le déplacement de migrants vers la Slovaquie, prétendument depuis la Hongrie, mais n’avaient pas rendu cette information publique faute de preuves solides. Le ministre des Affaires étrangères Juraj Blanár a rejeté ces allégations.
– Natália Silenská
LISBONNE 🇵🇹
Les offres pour la compagnie nationale portugaise TAP se sont réduites à Air France-KLM et Lufthansa après le retrait d’International Airlines Group. Les experts sont divisés : le groupe franco-néerlandais est considéré comme mieux aligné sur la stratégie de hub de Lisbonne, tandis que la compagnie allemande offre une plus grande puissance financière, selon les analystes consultés par Lusa.
– Sara Curralo Ribeiro
Également sur Euractiv
Le cadre réglementaire de l’UE en matière d’IA, fondé sur les risques, « a des répercussions dans le monde entier », a déclaré à Euractiv l’envoyé spécial des Nations unies pour les technologies, Amandeep Singh Gill, comparant son influence mondiale à celle du RGPD alors que des pays allant de l’Inde au Vietnam explorent des approches similaires.
Mais alors que Bruxelles s’apprête à simplifier la loi sur l’IA via un paquet omnibus, Gill a averti que la suppression des garde-fous risquait d’entraîner des erreurs coûteuses et a souligné la nécessité de préserver la concurrence et d’éviter les monopoles sur les données.
Opinion : le pont entre l’UE et la Chine est voué à s’effondrer
Robert Benson, directeur adjoint chargé de la sécurité nationale et de la politique internationale au Center for American Progress, et Eduardo Castellet Nogués, chercheur associé chez TRENDS Research & Advisory, affirment que les appels lancés à l’Europe pour qu’elle se rapproche de Pékin en réponse aux tensions avec les États-Unis sont malavisés.
Dans une tribune publiée sur Euractiv, ils mettent en garde contre le fait que des liens plus étroits exposeraient l’Union à une surcapacité, à des pratiques économiques coercitives et à un déclin industriel à long terme.
Editrices.teurs : Eddy Wax, Nicoletta Ionta, Christina Zhao, Sofia Mandilara, Charles Szumski
Contributrices.teurs : Magnus Lund Nielsen, Elisa Braun, Pietro Guastamacchia, Inés Fernández-Pontes, Vince Chadwick, Martina Monti, Emma Pirnay
Traductrice : Clara Vassent