Les conservateurs allemands défendent Bruxelles face aux réformes françaises

Lors d’une conférence de presse conjointe avec la chancelière allemande, Angela Merkel, en déplacement à Paris, le président français, François Hollande, a répété que l’exécutif européen ne pouvait pas « dicter » des réformes aux États membres. Ce ton provocateur et nationaliste a énervé les conservateurs au pouvoir en Allemagne.

EURACTIV.com / Reuters
Frnaçois Hollande greets Angela Merkel, 30 May 2013.
Frnaçois Hollande greets Angela Merkel, 30 May 2013.

Lors d’une conférence de presse conjointe avec la chancelière allemande, Angela Merkel, en déplacement à Paris, le président français, François Hollande, a répété que l’exécutif européen ne pouvait pas « dicter » des réformes aux États membres. Ce ton provocateur et nationaliste a énervé les conservateurs au pouvoir en Allemagne.

François Hollande s'est engagé jeudi à mener à bien des réformes tardives du système de retraite et des marchés du travail de la France. Il a cependant indiqué qu'il revenait à Paris, et non à la Commission européenne, de déterminer leur mise en œuvre.

 

Il a ajouté que la France s'en tiendrait à son objectif d'équilibrer son budget en termes structurels d'ici 2017 et respecterait les nouveaux objectifs intermédiaires fixés par Bruxelles. Les recommandations détaillées de la Commission ont toutefois hérissé le président français.

 

« Le détail, les procédures, les manières de faire relèvent de la responsabilité du gouvernement et de l'État, sinon il n'y aurait pas de souveraineté possible », a-t-il précisé.

 

« La souveraineté elle doit être dans la mise en œuvre. La Commission donne des recommandations, elle ne dit pas à la place des États ce qu'ils doivent faire. »

 

Angela Merkel, qui a appelé le président français « François Mitterrand » avant de se reprendre, n'a pas commenté directement la controverse, mais a indiqué que la France avait deux années supplémentaires pour atteindre son objectif de réduction du déficit budgétaire en échange de la mise en œuvre de réformes.

 

« Cela va de pair », a-t-elle déclaré, en faisant remarquer avec insistance que l'Espagne, l'Irlande, l'Italie, la Grèce et le Portugal avaient déjà entrepris de profonds changements structurels.

 

La Commission a dévoilé ses recommandations par pays mercredi et a exhorté François Hollande à assainir les dépenses publiques françaises, à réformer le système de retraite et à réduire les coûts salariaux en échange d'un répit de deux ans pour atteindre les objectifs de déficit budgétaire.

 

Promesses

 

L'Allemagne, la puissance économique de l'UE, s'inquiète de plus en plus de l'entrée en récession de la deuxième économie de la zone euro. Les alliés de la chancelière allemande ont prévenu que l'attitude de François Hollande pourrait discréditer les efforts de renforcement de l'économie de la zone euro.

 

Le jour du déplacement d'Angela Merkel à Paris, de nouvelles données ont révélé que le taux de chômage en France avait atteint un record de 3 264 400 chômeurs en avril, après deux années ininterrompues de hausses mensuelles. Le président français a réitéré sa promesse de renverser la tendance d'ici la fin de l'année, malgré le scepticisme des économistes.

 

« Cela ne peut pas fonctionner lorsqu'un grand pays comme la France dit qu'il peut faire ce qu'il veut », a déclaré Michael Fuchs, chef de file du parti chrétien-démocrate (CDU) d'Angela Merkel.

 

« Si un pays dans l'UE et la zone euro pense qu'il n'a pas besoin de tenir ses promesses, c'est inquiétant », a-t-il ajouté.

 

Norbert Barthle, le porte-parole du CDU sur les questions budgétaires, a accusé François Hollande de vouloir plaire aux Français. La cote de popularité du dirigeant socialiste a chuté plus rapidement que celle d'aucun autre président moderne de la République française, alors que l'économie est entrée en récession.

 

Il a ajouté que la Commission européenne avait déjà été trop généreuse en accordant à la France deux années de plus pour ramener son déficit budgétaire sous la barre des 3 % après que Paris a reconnu qu'il n’atteindrait pas son objectif cette année.

 

« La France ne sera pas en mesure de compter à nouveau sur une telle indulgence », a-t-il déclaré.

 

La France espère ramener son déficit sous la limite supérieure avant la prochaine échéance de 2015 et se prépare déjà à réformer son système de retraite généreux.

 

Soucieux de ne pas nuire aux négociations sur le sujet, M. Hollande a déclaré ce mois-ci que les Français devraient s'attendre à travailler « un peu plus longtemps ». En présence d'Angela Merkel, il a déclaré que la réforme serait introduite cette année.

 

Il a cependant semblé exclure une nouvelle révision, préconisée par l'exécutif européen, des accords spéciaux de retraite anticipée pour certains groupes, comme les conducteurs de trains. Le président français a déclaré que ces accords avaient déjà été révisés.

 

Des représentants français ont également été irrités par la mise en garde de Commission mettait contre l'augmentation des cotisations de retraite afin d'équilibrer le système d'ici 2020 au motif que les coûts salariaux français élevés seraient encore moins compétitifs.

 

François Hollande envisage d’allonger la période de cotisation pour une retraite complète, et éventuellement le taux, au lieu d'augmenter l'âge légal de la retraite ou de réduire les derniers paiements.

 

La Commission a précisément préconisé que la France examine la hausse de l'âge de la retraite.

 

Des relations normales

 

Angela Merkel et François Hollande se sont efforcés de préciser que la coopération franco-allemande, l'un des moteurs historiques de l'intégration européenne, fonctionnait bien.

 

Un document conjoint sur la future gouvernance de la zone euro, qui sera envoyé aux autres dirigeants avant le sommet de l'UE du mois prochain, a été un peu plus loin que prévu, tout en restant dans les limites du traité actuel de l'UE.

 

Des représentants des deux pays ont minimisé en privé les espoirs d'une initiative politique européenne majeure en amont des élections de septembre en Allemagne, au cours desquelles Angela Merkel briguera un nouveau mandat.

 

La chancelière allemande a déclaré que la zone monétaire avait besoin d'une meilleure coordination de la politique économique, car les règles budgétaires récemment renforcées étaient toujours insuffisantes pour empêcher une répétition de la crise de la dette souveraine dans la zone euro. Elle n'a pas réitéré les appels précédents en faveur d'une modification du traité.

 

Le déplacement d'Angela Merkel, qui s'est conclu par un dîner privé, survient alors que Paris et Berlin se demandent si l’UE devrait risquer un différend commercial avec la Chine en imposant des droits de douane sur les exportations de panneaux solaires chinois dans les prochains jours. L’Allemagne est opposée à cette taxe.