Les conservateurs allemands prêts à travailler avec le RN si l'extrême droite remporte les législatives

Le conservateur allemand Friedrich Merz, pressenti pour devenir chancelier l’année prochaine, a déclaré être prêt à collaborer avec le Rassemblement national (RN), si celui-ci devait constituer un gouvernement.

Euractiv.com
CDU party press conference following the European elections
Critiqué par la coalition gouvernementale pour avoir prétendument profité de la situation, Friedrich Merz a proposé de mettre en œuvre sa demande initiale de refouler les exilés sous le régime de Dublin à la frontière allemande pendant une période de trois mois. [EPA-EFE/CLEMENS BILAN]

Le conservateur allemand Friedrich Merz, pressenti pour devenir chancelier l’année prochaine, a déclaré être prêt à collaborer avec le Rassemblement national (RN), si celui-ci devait constituer un gouvernement, suite à la rupture au Parlement européen du parti français d’extrême droite avec l’Alternative pour l’Allemagne (AfD).

Le RN est arrivé en tête au premier tour des élections législatives anticipées dimanche dernier (30 juin). Et si ces bons résultats se confirmaient lors du second tour organisé ce dimanche (7 juillet), le président Emmanuel Macron pourrait être contraint de nommer un Premier ministre d’extrême droite.

Côté allemand, Friedrich Merz, le chef du parti conservateur de l’Union chrétienne-démocrate d’Allemagne (CDU), est en tête des sondages avant les élections de l’année prochaine. Et s’il devenait chancelier, ce dernier a expliqué à la presse mercredi (3 juillet) qu’il essaierait de travailler avec le gouvernement français, quelque soit sa composition.

«  Il est important que nous tendions toujours la main à Paris et que nous fassions des propositions », a-t-il souligné.

Alors que certains craignent qu’un gouvernement d’extrême droite en France ne paralyse le couple franco-allemand, Friedrich Merz a fait preuve d’un optimisme prudent quant au maintien de relations entre les deux pays, se félicitant de l’expulsion de l’AfD des rangs du groupe Identité et Démocratie (ID) au Parlement européen.

Interrogé sur l’avenir des relations franco-allemandes si le RN devait arriver au pouvoir, Friedrich Merz a déclaré : «  Si le groupe ID n’avait pas exclu l’AfD, j’aurais répondu différemment à votre question. »

« Au vu de la décision de Marine Le Pen d’exclure les députés allemands de l’AfD […], il me semble assez clair qu’une une ligne de démarcation a été tracée », a-t-il ajouté. «  Cela rendra peut-être la coopération entre l’Allemagne et la France un peu plus facile  ».

Suite à de nombreux scandales ayant touché l’AfD avant les élections européennes, notamment des accusations de liens avec la Russie et la Chine, Marine Le Pen avait fait pression pour que le parti soit exclu du groupe ID.

L’ouverture de Friedrich Merz en direction de l’extrême droite française intervient après que ce dernier ait suggéré, avant les élections européennes, que le cordon sanitaire autour du parti d’extrême droite Fratelli d’Italia (Conservateurs et Réformistes européens, CRE) de Giorgia Meloni était dépassé.

Le chancelier Olaf Scholz (Parti social-démocrate, SPD/Socialistes et Démocrates européens) a de son côté expliqué souhaiter la défaite de Marine Le Pen.

Lignes rouges

La CDU a cependant défini quelques lignes rouges si le RN souhaite collaborer avec Berlin. Un gouvernement d’extrême droite en France devrait ainsi respecter les institutions européennes, comme la Cour de justice de l’UE (CJUE), a expliqué à Euractiv Gunther Krichbaum, député du parti spécialiste des affaires européennes.

Friedrich Merz a également déclaré que les tentatives de certains responsables des Républicains (LR), un mouvement membre tout comme le CDU du Parti populaire européen (PPE), de s’allier avec le RN étaient «  regrettables  ».

Selon l’homme politique allemand, il est encore nécessaire de définir les modalités d’une coopération avec les gouvernements d’extrême droite, déclarant que « [l’isolement] n’est de toute évidence pas viable à long terme  ».