"Les difficultés belges sont loin d’être uniques en Europe"

L’opposition actuelle entre Flamands et Wallons est loin d’être un cas unique en Europe. De nombreuses régions revendiquent leur indépendance, alors même que les États membres de l’UE tentent de poursuivre la construction d’une Union la plus intégrée possible. Jean-Yves Camus, chercheur associé à l’IRIS revient sur les spécificités du cas belge et sur les mouvements régionalistes en Europe.

L’opposition actuelle entre Flamands et Wallons est loin d’être un cas unique en Europe. De nombreuses régions revendiquent leur indépendance, alors même que les États membres de l’UE tentent de poursuivre la construction d’une Union la plus intégrée possible. Jean-Yves Camus, chercheur associé à l’IRIS revient sur les spécificités du cas belge et sur les mouvements régionalistes en Europe.

En bref  :

Depuis le 10 juin dernier, la Belgique n’a plus de gouvernement. Les élections législatives ont donné la victoire au parti chrétien démocrate flamand dirigé par Yves Leterme, mais ce dernier, désigné par le Roi pour former un gouvernement de coalition, n’a pas réussi à lever les oppositions entre Flamands et Wallons.

Des contentieux historiques

Elu sur un programme prônant plus d’autonomie pour la riche région de Flandre, Yves Leterme a déposé 91 propositions visant à accroître cette indépendance, un programme inacceptable pour les Wallons. La crise gouvernementale a donc donné lieu à de vives tensions entre les deux communautés.

Selon Jean-Yves Camus, spécialiste des identités régionales et des séparatismes en Europe à l’Institut des relations internationales et stratégiques (IRIS), la crise actuelle s’explique par le fait que la Belgique « risquait de se retrouver avec un gouvernement constitué de personnes dont le seul objectif était de détruire l’État belge ».

Ces tensions ne sont pas nouvelles. Comme le rappelle Jean-Yves Camus, « côté flamand, les récriminations ont toujours existé. Elles sont liées à la façon dont l’État belge s’est constitué au XIXe siècle. C’est à dire, autour d’une élite francophone passablement détachée du peuple. Toutefois, aujourd’hui, ce complexe de supériorité a disparu et n’est plus présent que dans l’imaginaire des nationalistes flamands. »

Régionalisation et prospérité

De cette nouvelle crise pourrait découler la partition de la Belgique. Si un récent sondage montre que seulement 40% des Flamands sont en faveur de l’indépendance, les hommes politiques néerlandophones veulent la scission.

La Flandre est, selon eux, une province « intéressante à gouverner » explique Jean-Yves Camus. Cette région est « prospère, culturellement et ethniquement homogène. Elle ne connaît pas de problèmes particuliers. Une fois réglé le souci des communes à facilités (ndlr : communes belges dotées d’un régime spécial en vue de la protection de leur minorité) et le problème de Bruxelles, cette région a les moyens, demain, de devenir un État indépendant viable ».

La crise de désindustrialisation que connaît aujourd’hui la Wallonie explique en partie les réticences des francophones quant à la séparation de la Belgique.

Séparatisme européen

Les difficultés belges sont loin d’être uniques en Europe. « L’Europe connaît aujourd’hui une déconstruction des États-nations » estime Jean-Yves Camus. « L’Europe de l’Ouest n’est pas la seule touchée. L’Europe de l’Est nouvellement intégrée à l’UE connaît les mêmes problèmes », ajoute-t-il.

Un problème qui pourrait prendre de l’ampleur, selon le chercheur. L’issue de la crise sur le statut du Kosovo sera cruciale, estime-t-il  : « On ne se rend pas compte à quel point la question du statut du Kosovo est importante pour l’avenir. C’est une bombe placée sous le pied de l’Union européenne. Si indépendance il y a, cela reviendrait à avaliser, là encore, l’idée selon laquelle, des États peuvent faire scission sur des bases purement ethnolinguistiques ».

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