Les directives de Bruxelles sur le gaz soulagent quelque peu l’industrie allemande

La Commission européenne a publié ses lignes directrices sur la manière de distribuer le gaz fossile en période de pénurie, donnant une marge de manœuvre importante aux États membres de l’UE — ce qui rend l’industrie allemande un peu plus optimiste.

EURACTIV.com
Visit of Robert Habeck, German Federal Vice-Chancellor  and Minister for the Economy and Climate, to the European Commission
Robert Habeck (à gauche), et Frans Timmermans (à droite). [<a href="https://audiovisual.ec.europa.eu/en/photo-details/P-053242~2F00-19" target="_blank" rel="noopener">[European Union/Jennifer Jacquemart]</a>]

La Commission européenne a publié ses lignes directrices sur la manière de distribuer le gaz fossile en période de pénurie, donnant une marge de manœuvre importante aux États membres de l’UE — ce qui rend l’industrie allemande un peu plus optimiste.

L’exécutif européen a présenté mercredi (20 juillet) son plan d’économies de gaz en prévision de l’hiver prochain. En cas de pénurie importante de gaz, les règles de l’UE permettront de protéger les ménages, les hôpitaux, les écoles et les centrales électriques à gaz importantes contre les coupures. Mais l’industrie européenne a exercé de fortes pressions pour assouplir cette règle stricte, soutenue par les responsables politiques de Berlin.

Citant le plan de l’exécutif européen visant à réduire la demande de gaz de 15 % dans toute l’UE et à assouplir les restrictions imposées à l’industrie qui se tourne vers des combustibles plus polluants, « l’objectif de ces mesures est d’éviter la nécessité d’une réduction forcée [des activités] de l’industrie », a déclaré la commissaire européenne à l’Énergie, Kadri Simson.

Ainsi, le règlement proposé par la Commission lie la solidarité à des mesures strictes de réduction de la demande. « Lorsqu’ils demandent une mesure de solidarité […] les États membres doivent avoir mis en œuvre toutes les mesures appropriées de réduction de la demande de gaz », peut-on lire dans les considérants du règlement.

Si la demande en gaz est suffisamment réduite, l’industrie peut produire tout au long de l’hiver sans craindre un arrêt de la production.

« Permettez-moi de le souligner : les ménages et les autres consommateurs protégés seront toujours protégés. Mais ils peuvent aussi apporter leur contribution en réduisant leur consommation de gaz », a expliqué Frans Timmermans, vice-président de la Commission et responsable du Pacte vert pour l’Europe (Green Deal).

Si le pire devait arriver — un hiver où il n’y aurait pas assez de gaz — Bruxelles a fourni des orientations pour « aider les États membres à identifier et à classer par ordre de priorité, au sein de leurs groupes de consommateurs “non protégés”, les clients ou les installations les plus critiques, principalement dans l’industrie, afin que ces groupes soient limités en dernier lieu avant les clients protégés ».

Les orientations fournies comprennent cinq critères clés : l’importance pour la société, les chaînes d’approvisionnement transfrontalières, les dommages causés aux installations, les possibilités de substitution et de réduction ainsi que les considérations économiques d’un État membre donné.

L’ensemble du plan a été salué par Berlin, dont l’industrie est la plus dépendante du gaz. Il sera examiné lors d’une réunion d’urgence des ministres le 26 juillet prochain.

« Nous saluons expressément la proposition de la Commission européenne », a déclaré le vice-chancelier allemand Robert Habeck. Ce dernier s’était auparavant demandé ouvertement si les règles de l’UE devaient être modifiées pour protéger l’industrie.

Soulignant l’importance de la solidarité, il a ajouté que « si l’approvisionnement en gaz d’un ou de plusieurs États membres rencontre des difficultés, cela a des répercussions sur tous les États membres de l’UE ».

L’industrie allemande affirme depuis longtemps que si elle devait être coupée du gaz, les impacts négatifs se feraient sentir dans les différentes chaînes d’approvisionnement à travers le bloc.

« Dans de nombreux États membres, on a l’impression que le plan est destiné à aider uniquement l’Allemagne », explique le quotidien allemand Welt, qui cite une source européenne. Des sources à Varsovie ont l’impression que le plan a été conçu pour sauver l’industrie allemande, ajoute le quotidien.

Quoi qu’il en soit, l’industrie a saisi cette lueur d’espoir. « Les producteurs européens de métaux se préparent déjà à un hiver qui sera déterminant pour leur survie », explique Guy Thiran, directeur général de l’association des métaux Eurométaux.

« Nos matériaux sont utilisés dans les chaînes de valeur essentielles de l’Europe et fournissent les technologies d’énergie propre nécessaires à la transition vers l’abandon des combustibles fossiles russes », a-t-il poursuivi, sans perdre de temps pour utiliser les critères de la Commission.

Désaccords

Les critères proposés par la Commission ont provoqué des désaccords pour déterminer qui aura la priorité sur le gaz.

Jori Ringman, directeur général de la Cepi, une association de producteurs de papier, a appelé à « donner la priorité à l’industrie de la pâte et du papier ». Invoquant le manque de données, « nous préconisons un approvisionnement égal pour tous les consommateurs de l’industrie », a déclaré Thilo Brodtmann, directeur général de l’association allemande des fabricants de machines VDMA.

Reste à savoir qui sortira gagnant de cette affaire. Pour l’instant, les patrons de l’industrie peuvent respirer, car le nouveau plan européen d’économies de gaz semble les favoriser davantage que les précédentes mesures.

De plus, les premiers signes indiquent que la Russie est prête à recommencer à envoyer du gaz via Nord Stream 1, après une opération de maintenance qui aura duré dix jours.

« Il y a environ 800 GWh de gaz pour le 21.07.2022 initialement nominés sur les entrées allemandes de Nord Stream 1 », a indiqué Klaus Müller, directeur de l’agence fédérale des réseaux, sur Twitter.