Les dirigeants de l’UE et des Balkans occidentaux à Berlin pour tenter de relancer le processus d’intégration

Le Processus de Berlin fête ses dix ans, mais l’intégration des pays des Balkans occidentaux à l’UE se fait toujours attendre, et lors du sommet annuel de l’initiative lundi 14 octobre, les responsables européens ont déploré que la « normalisation des relations » entre le Kosovo et la Serbie soit au point mort.

AFP / EURACTIV.com
Berlin Process Summit 2024
Le chancelier allemand Olaf Scholz pose avec la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen, Edi Rama, Premier ministre de l'Albanie et les dirigeants des États des Balkans à la Chancellerie lors de l'ouverture du Sommet 2024 du Processus de Berlin, le 14 octobre 2024 à Berlin, en Allemagne. [Getty Images/Michele Tantussi]

Le Processus de Berlin fête ses dix ans, mais l’intégration des pays des Balkans occidentaux à l’Union européenne (UE) se fait toujours attendre, et alors que les dirigeants de la région rencontraient les responsables européens à l’occasion du sommet annuel de l’initiative lundi 14 octobre, certains ont déploré que la « normalisation des relations » entre le Kosovo et la Serbie soit toujours au point mort.

Lundi, les dirigeants des pays des Balkans occidentaux — Albanie, Bosnie-Herzégovine, Kosovo, Macédoine du Nord, Monténégro et Serbie — ont rencontré les responsables de l’UE et des représentants des États membres lors du sommet annuel du Processus de Berlin qui se déroulait dans la capitale allemande.

Le Processus de Berlin est une initiative diplomatique lancée par l’Allemagne en 2014 pour favoriser une coopération plus étroite entre les États des Balkans occidentaux et simplifier leur adhésion à l’UE. En une décennie, son rôle et les avancées qu’elle a permis sont cependant modestes.

En effet, près d’une vingtaine d’années après le dépôt de la candidature de certains pays des Balkans occidentaux et malgré les efforts déjà entrepris, leur adhésion formelle reste tout de même lointaine.

La rencontre de lundi intervient alors que Bruxelles souhaite depuis l’invasion généralisée de l’Ukraine par la Russie en février 2022 donner un coup de fouet à l’élargissement.

« Ces vingt dernières années, l’élargissement n’était pas une priorité », a reconnu lundi la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen. Cette dernière a cependant exhorté les pays des Balkans occidentaux à rester du « bon côté de l’histoire », affirmant que la guerre russe en Ukraine avait renversé la situation en matière d’élargissement et avait « apporté de la clarté ».

« Il faut choisir d’être du côté du droit international », a-t-elle ajouté, expliquant cependant que le processus d’élargissement ne devait pas être précipité et devait rester « fondé sur le mérite ». 

Le chancelier allemand Olaf Scholz avait quant à lui souligné en amont de la rencontre que « l’UE ne sera complète qu’avec les États des Balkans occidentaux », tout en déplorant que la « liste des choses à faire soit encore très longue ».

« J’espère qu’il ne faudra pas dix ans de plus pour que ces six États deviennent enfin des membres  de l’Union », a-t-il ensuite indiqué, refusant de s’engager sur un calendrier concret. Le président sortant du Conseil européen, Charles Michel, avait au début de l’année évoqué l’échéance de 2030.

Selon le Premier ministre albanais, Edi Rama, Tirana pourrait intégrer l’Union avant cette date, alors que l’Albanie entame ses négociations officielles avec l’UE mardi 15 octobre. De son côté, le Monténégro espère adhérer à l’Union d’ici 2028.

Le dialogue entre la Serbie et le Kosovo « n’est pas satisfaisant »

À l’exception de l’Albanie, tous les pays des Balkans occidentaux sont issus de l’éclatement de la Yougoslavie en 1991, et tous ont connu les conséquences tragiques des guerres qui ont embrasé la région jusqu’en 2001.

D’après Olaf Scholz, l’objectif du Processus de Berlin est de « surmonter les fossés » qui subsistent entre les États des Balkans et qui entravent la coopération économique.

Or, selon lui, « le dialogue sur la normalisation des relations entre la Serbie et le Kosovo ne se déroule pas de manière satisfaisante ». Le chancelier souligne pourtant que les pays des Balkans occidentaux n’ont d’avenir dans l’UE que s’ils rejoignent tous l’Union.

Les tensions entre les deux pays se cristallisent dans le nord du Kosovo, une région peuplée majoritairement par des Serbes et où le gouvernement central de Pristina tente régulièrement d’imposer son autorité.

Les différends entre les deux pays bloquent toutes les tentatives de rapprochement. Le Kosovo vient cependant de lever l’interdiction de l’importation de marchandises serbes par le poste-frontière de Merdare, ce qui constitue une petite victoire pour l’UE et qui permet de redynamiser l’Accord de libre-échange centre-européen (ALCE).

Bruxelles a aussi récemment averti la Serbie que le maintien de ses liens avec Moscou n’était « pas compatible » avec sa volonté à rejoindre l’Union, après que le vice-Premier ministre serbe et ancien chef des services de renseignement, Aleksandar Vulin, ait rencontré Vladimir Poutine début septembre.

La Serbie dépend presque entièrement de Moscou pour son approvisionnement en gaz et n’a adopté les sanctions européennes contre la Russie, bien qu’elle ait condamné l’invasion de l’Ukraine.

Un nouvel élan dans les relations Serbie-Kosovo ?

Après la réouverture aux marchandises du poste de Merdare entre le Kosovo et la Serbie, les gouvernements des Balkans occidentaux ont accepté de supprimer les restrictions régionales de géoblocage et d’harmoniser les normes de livraison des colis, conformément aux règles de l’UE. Les participants au sommet de lundi ont également décidé d’un « plan d’action » pour développer le marché régional.

« Ces petites étapes ont souvent un impact pratique important dans la région », explique une source allemande à Euractiv. Selon cette dernière, la prochaine étape pourrait être l’adhésion de la région à l’espace unique de paiement en euros (SEPA), ce qui simplifierait les transferts bancaires.

Le Premier ministre du Kosovo, Albin Kurti, espère qu’un « nouvel élan a été donné après avoir surmonté l’impasse au sein de l’ALECE ».

Des progrès ont aussi été réalisés dans la mise en œuvre de ces accords : Albin Kurti a annoncé que le Kosovo aller autoriser les citoyens bosniens à bénéficier d’un accès sans visa au territoire kosovar.

[Édité par Anne-Sophie Gayet & Laurent Geslin]