Les dirigeants des Balkans occidentaux se rencontrent à Athènes sur fond de tensions entre la Grèce et l’Albanie

Des dirigeants de l’UE et des Balkans occidentaux participeront à un dîner informel lundi à Athènes auquel le Premier ministre albanais Edi Rama n’a pas été convié, alors que le différend entre Athènes et Tirana ne cesse de s’aggraver.

/ Euractiv.com
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Les médias grecs ont rapporté qu’en n’invitant pas M. Rama, M. Mitsotakis a voulu envoyer un message clair indiquant qu’Athènes est contrariée par le déroulement des événements. [EPA-EFE/KOSTAS TSIRONIS]

Des dirigeants de l’UE et des Balkans occidentaux participeront à un dîner informel lundi (21 août) à Athènes auquel le Premier ministre albanais Edi Rama n’a pas été convié, alors que le différend entre Athènes et Tirana ne cesse de prendre de l’ampleur.

Le Premier ministre grec Kyriákos Mitsotákis recevra la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen, le président du Conseil européen Charles Michel ainsi que les dirigeants de la Serbie, du Monténégro, de la Macédoine du Nord, du Kosovo, de la Bosnie-Herzégovine, de la Bulgarie, de la Roumanie et de la Croatie.

Selon la presse grecque, le président ukrainien Volodymyr Zelensky sera également présent, bien qu’il n’y ait pas encore eu d’annonce officielle à ce sujet.

Des sources diplomatiques citées par les médias grecs suggèrent qu’Athènes souhaite rétablir son leadership dans la région en tant que pilier de la stabilité, de la paix et de la sécurité énergétique.

Ces mêmes sources ont souligné la nécessité d’accélérer le processus d’adhésion des pays de la région à l’UE, en particulier dans le contexte de l’invasion de l’Ukraine par la Russie.

Edi Rama pas invité

Cependant, M. Rama n’a pas été invité dans un contexte de tensions croissantes liées à l’arrestation d’un maire issu de la minorité grecque accusé d’avoir acheté des voix dans la municipalité de Himarë, une municipalité albanaise située dans le sud du pays où vit une minorité grecque.

M. Mitsotákis a préféré inviter le président albanais Bajram Begaj, dont le rôle est principalement cérémoniel et ne l’amène pas à s’impliquer dans la politique ou à prendre de grandes décisions.

Les médias grecs ont rapporté que le refus d’inviter M. Rama visait à envoyer un message clair indiquant qu’Athènes était contrariée par la tournure des évènements.

Le responsable politique emprisonné, Fredi Beleri, était candidat à la mairie sous la bannière d’un parti minoritaire grec aligné sur une coalition d’opposition. Il a été arrêté à la mi-mai, soupçonné d’avoir acheté des voix, ce que M. Beleri nie.

L’expatrié grec est détenu depuis lors, et bien qu’il ait remporté les élections, il n’a pas été autorisé à prêter serment en qualité de maire de Himarë.

Athènes menace à présent l’avenir de l’Albanie au sein de l’UE. La Grèce estime en effet que l’arrestation de M. Beleri est motivée par des considérations politiques et que l’Albanie viole les droits humains.

Dans un message vidéo diffusé lors d’une manifestation la semaine dernière en Albanie, Margarítis Schinás, vice-président de la Commission européenne, a qualifié la détention de M. Beleri de « profondément anti-européenne ». Il a également insisté pour que M. Beleri assume ses fonctions de maire, soulignant qu’« aucune autre possibilité ne peut être acceptée par l’Union européenne ».

D’autre part, Tirana accuse Athènes d’intervenir dans le système judiciaire albanais, en essayant d’empêcher une enquête indépendante. M. Rama a également condamné l’organisation d’une manifestation contre le gouvernement albanais et le système judiciaire national sur le sol albanais, qui a été organisée et suivie par des élus grecs, dont les maires d’Athènes et de Thessalonique.

L’incident survient quelques mois après que M. Mitsotákis a annulé un déplacement à Himarë à la veille d’un sommet entre l’UE et les Balkans occidentaux à Tirana. Ce refus du Premier ministre grec s’explique par les propos tenus par M. Rama lors d’un entretien avec EURACTIV, au cours duquel il a déclaré que la Grèce aurait triché dans le cadre de son processus d’adhésion à l’UE.

Les commentaires ont causé des remous en Grèce et le Premier ministre albanais a abordé le sujet lors d’une réunion bilatérale à Tirana avec M. Mitsotákis.

En parallèle, le principal parti d’opposition grec Syriza (Gauche européenne) a publié une déclaration appelant M. Mitsotákis à proposer des mesures concrètes pour l’avenir européen des Balkans occidentaux et à présenter enfin une position claire sur la Macédoine du Nord.

« M. Mitsotákis est le seul Premier ministre européen à avoir, d’une part, appelé l’UE à procéder à l’intégration de la Macédoine du Nord [et de tous les pays des Balkans occidentaux] en moins de dix ans, alors que, d’autre part, il refuse de ratifier ne serait-ce que trois accords techniques avec le pays voisin [dans le cadre de l’accord de Prespa] », a déclaré Syriza dans son communiqué.

[Édité par Anne-Sophie Gayet]