Les dirigeants européens n’influenceront probablement pas la Chine sur l’Ukraine
Le président chinois Xi Jinping a exprimé sa volonté de parler au président ukrainien Volodymyr Zelensky. Il est toutefois peu probable que M. Xi modifie sa politique à l’égard de Moscou après ses rencontres avec Emmanuel Macron et Ursula von der Leyen.
Le président chinois Xi Jinping a exprimé sa volonté de parler au président ukrainien Volodymyr Zelensky. Il est toutefois peu probable que M. Xi modifie sa politique à l’égard de Moscou après ses rencontres avec Emmanuel Macron et Ursula von der Leyen.
Mme von der Leyen et M. Macron ont rencontré M. Xi lors d’une réunion à Pékin. Avant les discussions tripartites, le président français a déclaré que l’Occident devait inciter la Chine à contribuer à mettre fin à la guerre et à empêcher une « spirale » de tensions qui pourrait diviser les puissances mondiales en blocs belligérants.
« Je sais que je peux compter sur vous pour ramener la Russie à la raison et tout le monde à la table des négociations », a déclaré le dirigeant français à M. Xi, lors d’une rencontre bilatérale à Pékin jeudi (6 avril) matin.
M. Xi, qui, au cours des derniers mois, a cherché à positionner son pays comme médiateur potentiel entre la Russie et l’Ukraine, a répondu en disant qu’il espérait que les deux parties pourraient organiser des négociations de paix dès que possible. Pour l’heure, l’Occident considère toujours que la Chine favorise les positions russes.
Mais « il était intéressant d’entendre le président Xi réitérer sa volonté de parler [à M. Zelensky] », a déclaré Mme Von der Leyen, ajoutant que Xi Jinping avait déclaré qu’une discussion pourrait avoir lieu lorsque « les conditions et le moment seraient propices ».
Dès lors, M. Xi n’a pas mentionné un éventuel entretien avec M. Zelensky dans les commentaires qu’il a formulé à l’issue de l’entretien. Le compte rendu officiel de la réunion n’a pas non plus mentionné explicitement l’Ukraine.
Récemment, M. Zelensky a pourtant demandé à plusieurs reprises une rencontre avec M. Xi, notamment après la rencontre de ce dernier avec le président russe Vladimir Poutine à Moscou le mois dernier. Rencontre perçue comme plutôt amicale.
Avertissement sur les armes
S’adressant à la presse après la réunion, Mme von der Leyen a déclaré que la Chine, en sa qualité de membre permanent du Conseil de sécurité des Nations unies, « a la lourde responsabilité d’user de son influence dans le cadre d’une amitié qui s’est construite au fil des décennies avec la Russie ».
« Nous comptons sur la Chine pour qu’elle exerce aussi réellement cette responsabilité et qu’elle soit très claire dans ses messages », a déclaré la présidente de la Commission.
Elle a également déclaré avoir particulièrement mis en garde le dirigeant chinois Xi Jinping contre l’envoi d’armes à la Russie, puisque cela « nuirait considérablement aux relations entre l’UE et la Chine».
« Nous […] comptons sur la Chine pour qu’elle ne fournisse aucun équipement militaire, directement ou indirectement, à la Russie, car nous savons tous qu’armer l’agresseur serait contraire au droit international », a-t-elle conclut.
Une position qu’aurait également maintenu M. Macron, ce à quoi le président chinois aurait répondu qu’il ne s’agissait pas de sa guerre, avance une source diplomatique française.
Pour l’heure, si les dirigeants européens ont donné l’image d’un front uni, Pékin n’a pas assuré qu’elle utiliserait son influence sur la Russie.
Le mois dernier, le chef de la diplomatie de l’UE, Josep Borrell, avait toutefois indiqué à EURACTIV que la Chine n’avait pas encore franchi de ligne rouge en matière de fourniture d’armes à la Russie. Au contraire qu’elle souhaitait « minimiser le risque d’être associée aux activités militaires russes ».
Définir l’atténuation des risques
La visite des dirigeants européens en Chine intervient après des années de détérioration des relations avec Pékin, entre accusations de violations des droits au Xinjiang, gel d’un pacte commercial et d’investissements, ainsi que réticence de la Chine à condamner la Russie pour la guerre qu’elle mène.
S’adressant à la presse après son arrivée mercredi (5 avril), M. Macron a toutefois déclaré que l’Europe devait résister à la réduction des liens commerciaux et diplomatiques avec la Chine et rejeter ce que certains considèrent comme une « spirale inéluctable » de tensions entre la Chine et l’Occident.
Lors de leur séjour en Chine, les délégations françaises ont d’ailleurs signé plus de 20 accords commerciaux, ce qui indique que Paris n’a pas l’intention de réduire ses liens économiques avec Pékin.
Mme Von der Leyen, qui a également rencontré le Premier ministre Li Qiang le même jour, a adopté un ton plus sévère que les dirigeants français dans ses commentaires à l’issue de ses rencontres.
Quelques jours avant le déplacement, elle avait déclaré que l’Europe devait « atténuer les risques » diplomatiques et économiques face à une Chine plus affirmée.
« J’ai fait savoir que les entreprises de l’UE en Chine étaient préoccupées par les pratiques déloyales dans certains secteurs, pratiques qui entravent leur accès au marché chinois », a déclaré Mme von der Leyen à la presse.
La présidente de la Commission européenne a également confirmé ses précédentes déclarations selon lesquelles l’UE souhaitait « réévaluer » un pacte d’investissement négocié de longue date avec la Chine, même s’il n’a pas directement été discuté avec la partie chinoise.
« Nous avons entamé les négociations il y a dix ans et les avons conclues il y a deux ans, beaucoup de choses se sont passées depuis […] nous avons constaté pendant cette période une détérioration de l’accès au marché chinois pour les entreprises de l’UE », a-t-elle indiqué.
Le Xinjiang et Taïwan en vue
Outre l’Ukraine, Mme von der Leyen a également abordé les questions sensibles relatives aux violations des droits de l’homme et à Taïwan lors de la réunion.
Des groupes de défense des droits de l’homme ont accusé Pékin d’abus à l’encontre des Ouïghours, une minorité ethnique principalement musulmane qui compte environ 10 millions de personnes au Xinjiang, et notamment de recourir massivement au travail forcé dans des camps d’internement.
« J’ai exprimé nos profondes inquiétudes quant à la détérioration de la situation des droits de l’homme en Chine », a-t-elle précisé — dans une formulation d’une rare clarté pour un dirigeant étranger — ajoutant que la situation au Xinjiang serait « particulièrement préoccupante ».
En ce qui concerne Taïwan, elle a déclaré avoir dit à M. Xi que « la menace d’utiliser la force pour changer le statu quo est inacceptable. Il est important que certaines des tensions qui pourraient survenir soient résolues par le dialogue ».
« La stabilité dans le détroit de Taïwan est d’une importance capitale », a-t-elle souligné.
En retour, M. Xi a mis en garde contre toute ingérence dans les affaires de Taïwan : «la question de Taïwan est au cœur des intérêts fondamentaux de la Chine », a-t-il déclaré.
À propos du concept de « Chine unique », « le gouvernement et le peuple chinois ne seront jamais d’accord. Si quelqu’un compte sur la Chine pour faire des concessions […] sur Taïwan, il s’agit d’une illusion », a-t-il précisé.