Les dirigeants mondiaux promettent de contrer la crise alimentaire et la désinformation

Mardi, des dirigeants d'Europe, des Amériques et d'Afrique ont demandé une action immédiate pour soulager la crise mondiale croissante de la sécurité alimentaire, exacerbée par l'invasion russe de l'Ukraine, les conséquences du changement climatique et la désinformation.

Euractiv.com depuis New York
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Près d'un cinquième de l'humanité est menacée par la pauvreté et la faim, selon les Nations unies. La disponibilité et le coût des denrées alimentaires sont devenus un problème urgent qui n'a fait que s'accentuer depuis le début de l'année. [European Union]

Mardi (20 septembre), des dirigeants d’Europe, des Amériques et d’Afrique ont demandé une action immédiate et des financements pour soulager la crise mondiale croissante de la sécurité alimentaire, exacerbée par l’invasion russe de l’Ukraine, les conséquences du changement climatique et la désinformation.

Lors d’un sommet mondial sur la sécurité alimentaire en marge de l’Assemblée générale annuelle des Nations unies, les dirigeants ont exigé la fin de la guerre tout en discutant des pénuries alimentaires, considérées comme un facteur clé des conflits et de l’instabilité.

Selon les Nations unies, près d’un cinquième de l’humanité est menacé par la pauvreté et la faim : la disponibilité et le coût de la nourriture constituent donc un problème urgent qui s’est exacerbé depuis le début de l’année.

Selon la déclaration finale — signée par Espagne, États-Unis, Union africaine, UE, Colombie, Allemagne, Indonésie et Nigeria —, les dirigeants se sont engagés à renforcer l’aide financière et humanitaire aux pays dans le besoin, à stimuler la production d’engrais pour atténuer les pénuries et à accélérer les efforts visant à soutenir l’agriculture et les systèmes alimentaires durables.

Déclenchement d’une crise alimentaire

Intervenant par liaison vidéo, le président ukrainien Volodymyr Zelensky a accusé Moscou d’avoir volontairement déclenché une crise alimentaire.

« Tout État qui provoque la famine, qui tente de rendre l’accès à la nourriture un privilège, qui tente de faire dépendre la protection des nations contre la famine […] de la pitié d’un quelconque dictateur, cet État doit susciter une réponse des plus sévères de la part du reste du monde », a déclaré M. Zelensky.

Il a reproché aux blocus russes et à d’autres « actions immorales » de réduire les exportations de l’Ukraine, un important producteur agricole. « La Russie doit en assumer la responsabilité », a-t-il déclaré.

L’Ukraine est l’un des plus grands producteurs de céréales au monde et l’invasion du pays par la Russie a provoqué une flambée des prix au niveau mondial.

Le Premier ministre espagnol Pedro Sanchez a déclaré que le président russe Vladimir Poutine « tente de faire du chantage alimentaire à la communauté internationale ».

« La Russie doit mettre fin à sa guerre illégale contre l’Ukraine, qui a certainement été une source essentielle de l’approvisionnement alimentaire mondial », a déclaré M. Sanchez lors de la réunion.

« Il n’y a pas de paix avec la faim, et nous ne pouvons pas combattre la faim sans paix », a-t-il ajouté.

Aux côtés de M. Sanchez, étaient présents le président sénégalais Macky Sall, le chancelier allemand Olaf Scholz, le président colombien Gustavo Petro et le secrétaire d’État américain Antony Blinken, qui remplaçait le président Joe Biden.

Les « mensonges russes »

Le président du Conseil européen Charles Michel a ouvert le sommet en dénonçant ce qu’il a qualifié de « mensonges russes« , selon lesquels les céréales ukrainiennes ne parviendraient pas aux pays qui en ont le plus besoin.

La Russie, membre de l’ONU, a rejeté la faute sur les sanctions occidentales, une affirmation dénoncée par Washington qui affirme ne pas viser les produits agricoles ou humanitaires.

« Contrairement aux fausses informations diffusées par la Russie, cette nourriture est envoyée en Afrique, au Moyen-Orient et en Asie », a déclaré Charles Michel.

La crise alimentaire actuelle « a un impact sur tous les pays, et nous devons adapter notre réponse aux besoins locaux », a-t-il dit, ajoutant que plus de 200 millions de personnes avaient « un besoin aigu de nourriture ».

« Ce n’est pas acceptable, ce n’est pas soutenable. La famine menace de nombreuses régions du monde », a déclaré M. Michel.

« Nous ne devons pas croire la désinformation de la Russie », a abondé le chancelier allemand Olaf Scholz.

« Les données montrent clairement que la majorité des exportations de céréales vont aux pays en voie de développement et aux pays émergents et que cela a des répercussions mondiales sur la disponibilité et les prix des céréales », a-t-il ajouté.

En juillet, la Turquie et les Nations unies ont négocié un accord entre la Russie et l’Ukraine pour permettre aux navires transportant des céréales de traverser la mer Noire malgré le blocus.

M. Poutine a récemment critiqué l’accord, pointant du doigt les cargaisons qui se sont dirigées vers l’Europe. Les responsables américains affirment qu’une partie des céréales est ensuite transformée et envoyée dans des pays plus pauvres.

« En dépit de la désinformation qui continue de se propager depuis Moscou, ces céréales et autres produits alimentaires arrivent là où ils doivent aller, dans les pays qui en ont le plus besoin, principalement les pays du sud », a déclaré le secrétaire d’État américain Anthony Blinken.

« Cela a également contribué à faire baisser les prix des denrées alimentaires dans le monde. Il faut donc que ce processus se poursuive, qu’il soit renouvelé. C’est urgent, » a-t-il ajouté.

Des engagements supplémentaires sont nécessaires

Les responsables américains ont déclaré que l’objectif du sommet était de s’appuyer sur l’engagement en faveur de la sécurité alimentaire mondiale, formulé lors d’une réunion des dirigeants du G7 en juin et d’une réunion ministérielle dirigée par les États-Unis en mai, lorsque le pays présidait le Conseil de sécurité des Nations unies.

Le G7 de juin avait promis 5 milliards de dollars pour lutter contre l’insécurité alimentaire.

Dans son discours mardi, le président français Emmanuel Macron a déclaré que son pays allait financer des expéditions de blé ukrainien vers la Somalie, qui est menacée par la famine.

L’Italie organise mercredi une conférence sur la situation humanitaire, avec un accent sur la sécurité alimentaire dans la Corne de l’Afrique. Dans certaines régions d’Éthiopie, du Kenya et de Somalie, des communautés risquent de mourir de faim, a souligné l’ONU.