Les droits de douane américains pourraient coûter des années de croissance à l’Allemagne

Selon des économistes allemands, les droits de douane que le président américain Donald Trump veut imposer au Mexique et au Canada risquent d’engendrer deux années supplémentaires de récession à l’Allemagne, la plus grande économie européenne.

EURACTIV.com
Canada – Tariffs
Pour l’instant, les États-Unis n’imposent pas de droits de douane sur les produits de leurs voisins mexicains et canadiens. [Artur Widak/NurPhoto via Getty Images]

Selon des économistes allemands, les droits de douane que le président américain Donald Trump veut imposer au Mexique et au Canada risquent d’engendrer deux années supplémentaires de récession à l’Allemagne, la plus grande économie européenne.

Pour l’instant, les États-Unis n’ont pas imposé de droits de douane sur les produits de leurs voisins mexicains et canadiens, mais s’ils mettaient leur menace à exécution, les effets sur les économies européennes pourraient être dévastateurs — même si l’Union européenne (UE) elle-même ne s’en voyait pas imposer.

Et ce, sans compter les mesures de rétorsion que ces pays pourraient prendre et qui empireraient les conséquences économiques sur les États membres de l’UE.

Les économistes de l’institut de recherche allemand IW Köln ont constaté que le produit intérieur brut (PIB) de l’Allemagne pourrait diminuer de 0,1 % cette année et de 0,4 % en 2026. L’UE dans son ensemble pourrait connaître une baisse similaire cette année et une de 0,3 % en 2026.

L’étude, publiée le 5 février, prend en compte l’impact des mesures annoncées — puis suspendues — par Donald Trump au cours des premières semaines de son mandat.

Cela signifie que les retombées des droits de douane risquent d’absorber la maigre croissance prévue en Allemagne : le gouvernement fédéral prévoit une amélioration de 0,3 % cette année, tandis que l’association des fournisseurs de services liés à l’industrie prédit une baisse de 0,1 %. De son côté, l’association des chambres de commerce et d’industrie allemandes s’attend à une baisse de 0,5 %.

25 milliards d’euros de dommages pour l’Allemagne — sans compter les mesures de rétorsion

Actuellement, 12,5 milliards d’euros de la valeur ajoutée brute de l’Allemagne dépendent des exportations du Mexique, du Canada et de la Chine vers les États-Unis. Cela s’explique principalement par le fait que les entreprises allemandes des secteurs de l’électricité, de la métallurgie et de la chimie font transformer leurs produits intermédiaires dans ces pays avant de les vendre aux États-Unis — Volkswagen en est un exemple frappant.

Seulement au Mexique, on trouve des succursales de 2 100 entreprises allemandes.

Ces coûts pourraient s’élever à 25 milliards d’euros d’ici la fin de 2026, selon l’étude, qui ajoute que « si les pays concernés prenaient des mesures de rétorsion, les dommages seraient encore plus graves ».

Le gaz naturel liquéfié, monnaie d’échange entre les États-Unis et l’UE

Pia Hüttl, chercheuse au département de macroéconomie du DIW Berlin, estime que si l’impact direct sur l’inflation des prix à la consommation en Allemagne « devait rester limité », les prix de l’énergie deviendront plus volatils en conséquence.

Il s’agit d’un facteur majeur dans l’équation, étant donné que Donald Trump a menacé à plusieurs reprises d’imposer des droits de douane sur les marchandises des pays européens si ces derniers n’achetaient pas davantage de sources d’énergie, comme le gaz naturel liquéfié (GNL), aux États-Unis.

Les projections déjà glaciales d’IW Köln ne tiennent pas compte de ce scénario probable.

La Chine a récemment imposé des droits de douane de 15 % sur les importations de charbon et de GNL après que les États-Unis ont augmenté de 10 % les taxes sur les produits chinois. Cela pourrait jouer en faveur de l’Europe, étant donné que le continent restera probablement le marché le plus attrayant pour les exportateurs américains, selon l’analyste des matières premières Alex Froley d’ICIS.

Ce dernier estime qu’en cas d’imposition de droits de douane américains sur l’UE, il est peu probable que les Européens suivent l’exemple de la Chine en appliquant des droits de douane sur l’énergie, car les importations américaines représentent près de la moitié de l’approvisionnement en GNL de l’UE.

« Les gouvernements pourraient considérer qu’il est contre-productif d’ajouter des coûts supplémentaires alors que les prix de l’énergie sont déjà élevés », explique-t-il.

Mais même dans ce cas, d’autres facteurs entrent en ligne de compte. Les coûts d’expédition du GNL ont atteint leur niveau le plus bas depuis cinq ans, et la demande mondiale devrait atteindre son maximum cette année. La manière dont Donald Trump réagira à cette dynamique reste une question ouverte.

Pia Hüttl prévient que le président américain pourrait se concentrer sur le GNL que l’UE est déjà contractuellement obligée d’acheter — transformant ces obligations en « moyen de pression » pour les États-Unis.

Le Royaume-Uni, une solution de rechange pratique ?

Il existe un scénario dans lequel les Européens pourraient encore imposer des droits de douane modérés sur le GNL américain.

« Une possibilité intéressante serait que l’UE impose des droits de douane sur le GNL américain, mais pas le Royaume-Uni », a ajouté Alex Froley, suggérant que l’ancien État membre de l’UE pourrait alors devenir une « porte d’entrée » pour l’énergie.

« Le Royaume-Uni pourrait importer des cargaisons sans droits de douane, puis envoyer le gaz sur le continent par le biais de gazoducs, ce qui permettrait de contourner les droits de douane », a-t-il expliqué.

Lorsque la Russie a restreint ses gazoducs vers l’UE à la suite de son invasion de l’Ukraine en 2022, le Royaume-Uni a envoyé du gaz à la Belgique et à l’ensemble du continent par le biais d’un gazoduc passant sous la mer du Nord.

(AM)