Les écologistes allemands souhaitent tempérer les objectifs climatiques des Verts européens
Le Parti vert européen élaborera son manifeste électoral lors d’un congrès qui se tiendra fin de semaine. Les Allemands feront pression pour repousser les objectifs de neutralité carbone de cinq ans et supprimer certains éléments des politiques d’élimination progressive du gaz et du pétrole.
Le Parti vert européen (PVE) se prépare à une lutte en interne pour l’élaboration de son manifeste électoral lors d’un congrès qui se tiendra du 2 au 4 février. Les écologistes allemands feront pression pour repousser les objectifs de neutralité carbone de cinq ans et supprimer certains éléments des politiques d’élimination progressive du gaz et du pétrole.
Le manifeste électoral du Parti vert européen, consulté par Euractiv, appelle l’UE à avancer de dix ans sa date cible pour la neutralité climatique, passant de 2050 à 2040.
Les écologistes allemands ont cependant des projets différents, puisqu’ils essaient maintenant de repousser l’objectif du manifeste à 2045, selon les amendements proposés également vus par Euractiv.
Le manifeste sera discuté lors de la conférence du parti qui aura lieu fin de semaine à Lyon et une version finale sera adoptée dimanche.
Les écologistes allemands font également pression pour supprimer les appels à mettre fin à l’utilisation du gaz fossile d’ici 2035 et du pétrole d’ici 2040, ne voulant garder que l’objectif visant à éliminer progressivement le charbon d’ici 2030, ainsi qu’un appel à interdire les services financiers « pour l’extraction du charbon, du pétrole et du gaz, les projets d’énergie à base de charbon et les entreprises qui les développent ».
L’objectif de neutralité climatique pour 2045 fait déjà partie de l’accord de coalition gouvernementale conclu entre les partis au pouvoir en Allemagne, à savoir les Verts, le Parti social-démocrate d’Allemagne (SPD) et le Parti libéral-démocrate (FDP).
Les écologistes allemands cherchent donc à aligner l’objectif climatique des Verts européens sur la ligne officielle de la coalition gouvernementale allemande.
Des négociations « intenses » en perspective
Les propositions des Allemands risquent de susciter la controverse parmi les écologistes européens, car certains partis influents soutiennent fermement les objectifs ambitieux initialement proposés.
Le parti belge Ecolo (Wallonie), qui fait partie de la coalition gouvernementale belge, a notamment défendu les objectifs climatiques présentés dans le projet de manifeste du PVE.
« C’est une très bonne chose que [l’objectif de 100 % d’énergies renouvelables] ait été fixé dans le manifeste. Étant donné la responsabilité historique de l’Europe et ses ressources, nous devrions y arriver le plus rapidement possible, par exemple d’ici 2040 », a confié Jean-Marc Nollet, co-président du parti, à Euractiv.
Les écologistes autrichiens plaident également depuis longtemps pour la neutralité climatique d’ici 2040 et ont réussi à faire de cet objectif la position officielle de la coalition gouvernementale autrichienne, dont ils font partie.
« Les détails du comment et du quand » les écologistes veulent que l’UE atteigne la neutralité climatique et abandonne les combustibles fossiles restent donc complètement ouverts pour le moment, a déclaré un porte-parole des écologistes autrichiens à Euractiv, confirmé par la co-présidente des Verts lettons, Justine Pantelejeva.
Les écologistes allemands, qui détiennent 21 des 71 sièges du groupe des Verts/ALE au Parlement européen, semblent prêts à faire au moins quelques concessions.
Un porte-parole des écologistes allemands a indiqué à Euractiv que le parti était ouvert à un échange et à des négociations constructives sur la question.
Gouverner ou ne pas gouverner
Ce désaccord révèle que les partis écologistes nationaux restent divisés sur le degré de modération ou de radicalité de leurs objectifs.
Les écologistes allemands ont cherché à modérer leur message, car le parti cherche à renforcer son positionnement social et économique et à concilier une rhétorique plus favorable aux entreprises avec la position traditionnelle des écologistes en matière de climat.
Ce point de vue s’est heurté de plein fouet à celui du parti français Les écologistes (anciennement EELV), qui est le deuxième parti le plus important au sein du Parti vert européen.
Plus récemment, Omid Nouripour, chef de file des écologistes allemands, a qualifié d’«absurdes » les appels français en faveur d’une règlementation plus stricte du permis de conduire, après que ses adversaires politiques en Allemagne ont présenté ces appels comme un moyen d’introduire une limitation de vitesse pour des considérations environnementales par des moyens détournés.
Les membres du parti allemand expliquent ce changement de ton par leur rôle dans la coalition gouvernementale allemande.
« Les Verts allemands font en ce moment partie d’un gouvernement de coalition et il y a des choses que l’on ne peut pas faire aussi vite qu’on le voudrait », avait déclaré Terry Reintke, tête de liste des Verts allemands, lors d’un entretien avec Euractiv en novembre dernier.
La réputation des écologistes allemands et leur popularité dans les sondages ne se sont toujours pas remises de la controverse de l’année dernière autour de leur projet phare de réduction des émissions des systèmes de chauffage. Selon les dernières projections d’Euractiv, ils devraient passer de 21 sièges lors des élections européennes de 2019 à 14 lors du prochain scrutin, en juin.
[Édité par Paul Messad & Anne-Sophie Gayet]