Les économies d’énergie anéanties par la « lâcheté politique » des dirigeants de l’UE

Un mélange d’intérêts commerciaux à courte vue et d’une faible autorité a bloqué les avancées en matière d’efficacité énergétique au cours du sommet de l’UE mercredi (22 mai), selon Hans Nilsson, un membre du conseil administratif de l’European Council for an Energy Efficient Economy (ECEEE).

EURACTIV.com
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Un mélange d’intérêts commerciaux à courte vue et d’une faible autorité a bloqué les avancées en matière d’efficacité énergétique au cours du sommet de l’UE mercredi (22 mai), selon Hans Nilsson, un membre du conseil administratif de l’European Council for an Energy Efficient Economy (ECEEE).

 

Les documents de contribution de la Commission au Conseil européen ont été fortement biaisés en faveur d'un programme d’écart de prix de l'énergie et de promotion de combustibles non conventionnels comme le gaz de schiste.

 

Dans ce contexte, les trois références à l'efficacité énergétique, et les huit aux coûts de l'énergie dans les conclusions représentent une victoire significative pour les partisans d'une réduction de l'utilisation de l'énergie.

 

« Il s'agit clairement d'une répétition des "belles paroles", mais au moins, cela montre que l'efficacité énergétique – "le gaz de schiste de l'Europe" — est à l'ordre du jour [même si] les ministres au Conseil n'étaient pas vraiment orientés vers l’action », a déclaré Hans Nilsson. « C'est plutôt comme s'ils avançaient dans le brouillard, en tentant de trouver leur chemin. »

 

Le texte que les dirigeants des États de l'UE ont approuvé fait l'éloge de la « contribution significative » de l'efficacité en vue de réduire les coûts de l'industrie. Il précise que la mise en œuvre des directives sur l'efficacité et la performance énergétiques des bâtiments est indispensable.

 

Des États membres comme le Luxembourg, la République tchèque et la Slovénie, n'ont cependant toujours pas présenté de rapport sur les objectifs d'économies d'énergies pour 2020. La Commission elle-même ne s'attend pas à réaliser son objectif de 20 % de réduction de l'utilisation de l'énergie d'ici la fin de la décennie.

 

« Des intérêts commerciaux à court terme et une lâcheté politique » ont entravé des progrès évidents dans la suppression de ces obstacles au cours du sommet, a déclaré M. Nilsson à EURACTIV.

 

« Les responsables politiques cherchent parfois des solutions simples et rapides. Lorsqu'ils déclarent "le gaz naturel coûte deux fois moins aux États-Unis, pourquoi ne pouvons-nous pas le faire en Europe ?", la réponse rationnelle serait que, dans ce cas, nous devrions utiliser moins de gaz », a-t-il indiqué.

 

En 2011, les importations de carburants fossiles européens s'élevaient à environ 420 milliards d'euros. Ce chiffre devrait augmenter de 20 % d'ici 2035, en partie en raison de facteurs tels que l'indexation annuelle des prix du gaz et du pétrole.

 

L'année dernière, l'Agence internationale de l'énergie (AIE) a pourtant déclaré que plus de 50 % des économies d'énergie éventuelles de l'UE dans l'industrie et 80 % dans le secteur du bâtiment restaient inexploités. Les bâtiments représentent 40 % de l'utilisation de l'énergie en Europe.

 

Selon M. Nilsson, la qualité des bâtiments est mauvaise dans certains États membres de l'UE les plus dépendants du gaz, qui soutiennent actuellement le programme pour la compétitivité industrielle. La production énergétique de ces bâtiments pourrait aisément être réduite.

 

Volumes d'énergie

 

La communauté de l'efficacité énergétique à Bruxelles a mis en évidence un élément clé, repris dans un document d'information de l'ECEEE : l'application de mesures d'économies d'énergie réduirait par définition les coûts de l'énergie pour l'industrie, car cette dernière diminuerait le volume d'énergie utilisée. 

 

Les dirigeants des États de l'UE l'ont implicitement reconnu dans les huit références aux coûts, et aux prix, de l'énergie dans les conclusions finales du sommet, selon Randall Bowie, un expert en efficacité énergétique qui a rédigé les anciennes législations de l'UE sur l'énergie.

 

« Les ministres ont commencé à se rendre compte que si les prix augmentent, vous n'êtes pas obligé d'acheter de l'énergie meilleur marché », a-t-il déclaré. « Vous pouvez en fait réduire votre consommation afin de diminuer vos coûts ».

 

Les économies financières finales seraient « à peu près les mêmes » que pour le gaz de schiste, a indiqué M. Bowie. « Mais il s'agit d'un meilleur investissement à long terme, car le gaz de schiste ne durera pas éternellement, et le coût de son extraction augmentera beaucoup plus rapidement ».

 

Selon l'AIE, l'Europe restera probablement une « région aux coûts de l'énergie très élevés » dans un avenir proche, comparé à la Chine ou aux États-Unis.

 

La modification du comportement de l'industrie et des consommateurs en faveur de l'efficacité énergétique constitue donc un casse-tête pour les décideurs politiques et les militants.

 

L'aversion au risque

 

Selon Hans Nilsson, la nature humaine, traditionnellement peu encline au risque et à la perte, tend plus vers le maintien des financements que vers leur restructuration.

 

« La perspective habituelle revient à assumer que le consommateur est rationnel et qu'il choisira en fin de compte l'efficacité énergétique », peut-on lire dans le document de l'ECEEE. « L'expérience conseille cependant de ne pas encourager de telles croyances. »

 

D'autres campagnes d'information sur l'efficacité énergétique pourront dont se concentrer sur les pertes des consommateurs provoquées par le gaspillage de l'énergie plutôt que sur leurs économies éventuelles.

 

Cette perspective pourrait également influencer les débats sur un financement du secteur public en faveur de l'amélioration de l'efficacité énergétique. M. Bowie a déclaré qu'une référence dans les conclusions du sommet de l'UE était importante à cet égard. Cette référence appelle à des travaux sur des « modes de financement innovants ».

 

« Dans les bâtiments, les infrastructures coûtent cher, mais représentent un bon investissement. Si le secteur public apporte sa contribution, le secteur privé fera de même avec un peu de chance, et il comprendra qu'il s'agit probablement d'un investissement plus sûr et plus fiable que le marché d'actions », a-t-il indiqué. « Tant que vous choisissez vos bâtiments correctement et évitez les bulles spéculatives. »

 

Le secteur du bâtiment pourrait à nouveau attirer les institutions financières et les intermédiaires effrayés par les investissements en raison de la crise économique, grâce à des outils tels que les garanties de défaut, a-t-il ajouté.