Les électeurs de Silvio Berlusconi se tourneront vers Giorgia Meloni, affaiblissant le PPE

La mort de Silvio Berlusconi bouleverse la politique italienne. L’avenir de Forza Italia est désormais incertain et ses partisans pourraient se tourner vers Giorgia Meloni, ce qui renforcerait la Première ministre lors des élections européennes, selon un expert à EURACTIV Italie.

EURACTIV Italie
Rome
« Forza Italia risque de disparaître, ce qui déclenchera une rupture de consensus, à l’avantage de la Ligue, mais surtout des Frères d’Italie. Si je devais parier aujourd’hui, les 8 % de M. Berlusconi (obtenus lors des élections générales de septembre) iront principalement à Mme Meloni et seule une petite partie [reviendra] à M. Salvini », a confié à EURACTIV le professeur Lorenzo Castellani (Université Guido Carli, Luiss). [ [Shutterstock/Alexandre Rotenberg]]

La mort de l’ancien Premier ministre italien Silvio Berlusconi bouleverse la politique italienne. L’avenir de Forza Italia est désormais incertain et ses partisans pourraient se tourner vers Giorgia Meloni, ce qui renforcerait la Première ministre lors des prochaines élections européennes, selon un expert qui s’est confié à EURACTIV Italie.

Le président de Forza Italia, Silvio Berlusconi, est décédé lundi (12 juin) après un long séjour en soins intensifs en raison d’une leucémie chronique. Entrepreneur prospère et homme politique de longue date, Silvio Berlusconi laisse derrière lui sa famille, ses amis et son parti, qu’il avait fondé en 1994.

Au fil des ans, le leadership de M. Berlusconi n’a jamais été remis en question. Ses paroles ont toujours été décisives dans les équilibres internes du parti et dans la majorité gouvernementale, même pendant son séjour à l’hôpital.

Aujourd’hui, après la mort de M. Berlusconi, Forza Italia risque de perdre son consensus au profit de ses alliés gouvernementaux (Frères d’Italie et la Ligue) malgré le leadership du vice-premier ministre et ministre des Affaires étrangères Antonio Tajani, vice-président du parti de M. Berlusconi jusqu’en 2021 et coordinateur national du parti depuis 2018.

« Forza Italia risque de disparaître, ce qui déclenchera une rupture de consensus, à l’avantage de la Ligue, mais surtout des Frères d’Italie. Si je devais parier aujourd’hui, les 8 % de M. Berlusconi (obtenus lors des élections générales de septembre) iront principalement à Mme Meloni et seule une petite partie [reviendra] à M. Salvini », a confié à EURACTIV le professeur Lorenzo Castellani (Université Guido Carli, Luiss).

Sur la base des résultats des élections et des sondages, les Frères d’Italie constituent un parti plus attractif pour les électeurs de centre droit que la Ligue, qui éprouve surtout des difficultés à atteindre le bassin électoral qui était celui de M. Berlusconi, « formé principalement par des couches sociales moyennes et [basses] concentrées dans le sud de l’Italie ».

Selon M. Castellani, le changement de consensus en faveur de Mme Meloni sera facilité par l’opposition au gouvernement, formée par le Parti démocrate d’Elly Schlein, de plus en plus progressiste, et le Mouvement 5 étoiles de l’ancien Premier ministre Giuseppe Conte.

« Je ne pense pas qu’un électeur de Forza Italia puisse voter pour Mme Schlein. Au contraire, si Mme Meloni donne un signe d’ouverture, en se déplaçant vers le centre et en donnant du poids à la volonté politique de Forza Italia dans le programme de gouvernement, l’électorat libéral votera pour elle », explique le professeur.

« Mme Meloni doit occuper l’espace de M. Berlusconi. Si elle ne le fait pas, elle risque de voir les partis centristes occuper le terrain », ajoute-t-il.

Les partis centristes qui composent actuellement la majorité gouvernementale sont regroupés dans l’alliance politique « Nous, modérés », qui avoisine les 1 %. À l’inverse, dans l’opposition, on trouve le parti Italia Viva de Matteo Renzi (3 %) et Azione de Carlo Calenda (3,8 %), qui s’étaient unis jusqu’à récemment dans le projet politique appelé « Terzo Polo », qui a sombré en un temps record.

Ces tendances sont décisives à l’approche des élections européennes de juin 2024, lorsque les citoyens seront appelés à élire leurs représentants au sein d’un Parlement européen où les alliances actuelles risquent d’exploser en faveur de la droite.

Mme Meloni, présidente du groupe des Conservateurs et Réformistes (CRE) à Bruxelles, est déjà en pourparlers avec Manfred Weber, président du Parti populaire européen (PPE), la famille politique de Forza Italia.

L’alliance possible entre le CRE et le PPE semble maintenant encore plus probable, mais si Forza Italia se trouve affaiblie, le PPE perdra également du pouvoir et devra laisser une plus grande marge de manœuvre aux conservateurs de Mme Meloni lorsque des alliances seront discutées à Bruxelles.

« Aux prochaines élections européennes, si M. Berlusconi était encore en vie, Forza Italia aurait pu obtenir 7 % des voix, mais risque maintenant d’en obtenir 3 %. Le parti aux mains d’Antonio Tajani risque de voir son consensus réduit de moitié et le PPE se retrouvera avec un parti pesant la moitié de ce qu’il représente aujourd’hui », conclut M. Castellani.