Les États-Unis envisagent la même politique d’aide alimentaire que l’UE

ÉDITION SPÉCIALE / Le gouvernement de Barack Obama propose une révision générale de l’aide alimentaire qui ferait pour la première fois concorder la politique à l’étranger des États-Unis avec les pratiques européennes de distribution d’argent liquide et d’autres solutions aux expéditions en vrac.

EURACTIV.fr
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ÉDITION SPÉCIALE / Le gouvernement de Barack Obama propose une révision générale de l’aide alimentaire qui ferait pour la première fois concorder la politique à l’étranger des États-Unis avec les pratiques européennes de distribution d’argent liquide et d’autres solutions aux expéditions en vrac.

Le projet de la Maison-Blanche, inclus dans la proposition sur le budget 2014, marque un changement significatif dans la politique américaine. Il pourrait accélérer la réponse aux crises, favoriser la production locale et améliorer la valeur nutritionnelle de l'aide alimentaire, selon des militants qui ont longtemps fait pression en faveur de ce changement.

Eric Muñoz d'Oxfam a qualifié la proposition de « mesure audacieuse » qui est déjà soutenue par quelques membres haut placés au Congrès américain.

« Nous disposons d'une approche universelle afin de s'attaquer aux crises humanitaires aiguës […], un système qui a été conçu dans les années 1950 et qui s'appuie toujours largement sur des politiques des années 1950 », a déclaré M. Muñoz, conseiller politique principal en matière d'agriculture et de sécurité alimentaire pour le bureau d'Oxfam à Washington.

« Il est extrêmement important que cette proposition ait été mise sur la table. Il s'agit d'un pas énorme dans la bonne direction et c'est quelque chose pour laquelle nous luttons depuis de nombreuses années », a-t-il indiqué par téléphone.

En phase avec l'UE et le Canada

Le Congrès pourrait moins bien accueillir la proposition du président Barack Obama, en raison de puissants groupes de pression des États qui dépendent de l'agriculture. L'appel du président George W. Bush en faveur d'une réforme similaire avait échoué.

S'il est approuvé, ce projet montrerait pour la première fois que Washington s'éloigne de l'achat d'excédents alimentaires auprès d'agriculteurs africains pour les expédier par bateau vers des pays en développement ou vers des zones sinistrées. Les Américains s'aligneraient donc sur l'UE et plus récemment sur le Canada afin d'utiliser des transferts d'espèces et de bons en période d'insécurité alimentaire.

Selon des données du Congrès américain, l'Amérique fournit habituellement environ la moitié de l'aide alimentaire mondiale, contre 27 % pour l'UE. Elle représente le contributeur principal au programme alimentaire mondial avec 45 % de dons, contre 29 % pour l'UE.

La Maison-Blanche a demandé au Congrès 1,8 milliard de dollars (1,4 milliard d'euros) pour le financement de l'aide alimentaire à l'étranger pour 2014. L'UE dépense environ 1 milliard d'euros par an dans la sécurité alimentaire et le développement agricole dans les pays en développement.

« La proposition du président s'engage dans un programme d'aide alimentaire plus rapide, rentable et qui sauve des vies. Elle associe l'achat continu d'aide alimentaire américaine à une série de différents outils, dont l'approvisionnement local et les bons alimentaires », a déclaré Rajiv Shah, le directeur de l'agence des États-Unis pour le développement international (USAID).

« Alors que nous demandons cette souplesse accrue, nous nous engageons à maintenir nos achats d'aliments américains et à accorder davantage notre attention sur des produits d’une plus haute valeur, plus nutritifs, essentiels afin d'améliorer la nutrition des enfants et de sauver des vies. »

Dans leurs politiques d'aide à l'étranger, les États-Unis se concentrent également davantage sur les investissements dans le soutien à la nutrition des enfants et dans l'éducation, conformément aux nouvelles propositions de la Commission européenne.  Les pays du G8 ont accepté l'année dernière de soutenir une alliance pour la sécurité alimentaire et la nutrition avec des pays d'Afrique. L'alimentation et la nutrition seront au cœur d'un sommet du G8 en Irlande du Nord en juin.

Vestige de la guerre froide

Poussés par la Grande-Bretagne, les pays européens ont convenu dans les années 1990 de progresser vers un programme d'aide alimentaire fondé sur l'approvisionnement régional grâce à des transferts d'espèces et à des bons plutôt que par le biais de livraisons en grande quantité.

Même si ce changement n'a pas remplacé la nécessité des dons alimentaires, surtout lors de catastrophes ou en période de crise humanitaire, beaucoup considèrent cette approche comme une manière de favoriser la production locale tout en fournissant des aliments plus frais et plus riches en nutriments aux communautés dans le besoin.

Le Programme alimentaire mondial, l'organe des Nations unies qui se trouve souvent en première ligne des famines et des crises alimentaires, utilise également des transferts d'espèces et des bons alimentaires. Il mentionne la valeur économique de l'approvisionnement alimentaire local et la valeur nutritionnelle des produit frais par rapport aux importations en vrac.

Les États-Unis s'en tiennent pourtant à une formule qui remonte aux efforts de reconstruction de l'après-guerre en Europe et en Asie. Cette formule a été renforcée par la première convention internationale sur l'aide alimentaire en 1967.

Oxfam et d'autres organisations affirment depuis longtemps que le programme des États-Unis nuit aux petits exploitants agricoles dans les pays bénéficiaires en vendant à très bas prix les excédents de matières premières.

Par le passé, l'Oakland Institute, un groupe de réflexion en Californie, a accusé le gouvernement américain d'utiliser l'aide en vue de créer des marchés à l'exportation pour les agriculteurs américains. Dans un rapport très critique, le groupe de réflexion déclare : « Utilisée comme un outil de politique étrangère et comme une manière d'étendre les marchés à l'exportation, l'aide alimentaire américaine sert toujours en grande partie les intérêts américains. Par nature, elle ne contribue pas à l'éradication de la faim, car elle s'appuie sur l'hypothèse erronée que les agriculteurs aux États-Unis et dans les pays bénéficiaires en tirent profit.

« Nourrir la population ne résoudra pas le problème de la faim. Les États-Unis n'ont pas encore reconnu que la réduction de la faim dans les pays les plus pauvres nécessitait un effort colossal de promotion d'une agriculture auto-suffisante dans ces nations », peut-on lire dans ce rapport.

L'Europe a également été critiquée pour avoir négocié des politiques commerciales qui nuiraient aux agriculteurs des pays en développement, qui ne sont pas préparés au respect des règles de sécurité européenne ou incapables de rivaliser avec des produits européens subventionnés.

>> Lire : Des aliments rejetés par les Européens au menu d’un festin à Nairobi et  L’UE devrait tenir compte des conséquences mondiales de la PAC

Davantage de souplesse et une réponse plus rapide

M. Muñoz d'Oxfam a expliqué les nombreux bénéfices de l'aide alimentaire fondée sur des transferts d'espèces et des bons. Cette méthode permet d'économiser de l'argent à long terme, de réduire la durée des transports en passant de plusieurs mois à plusieurs jours et d'encourager le développement d'une agriculture résistante dans des pays ou des régions sujets aux crises alimentaires.

Les transferts d'espèces sont considérés comme un outil de développement, car l'approvisionnement alimentaire local crée des marchés pour les agriculteurs et des emplois dans le secteur de la distribution.

« Nous pouvons mettre ces systèmes sur pied très rapidement et obtenir les ressources pour les personnes dans le besoin très facilement », a expliqué M. Muñoz. « Nous pouvons le faire d'une manière qui maintienne la même responsabilité du système, ou l'augmente, en vue de garantir que les personnes que nous tentons d'aider bénéficient réellement de l'aide et que celle-ci n'est pas détournée. »

Les bons permettent également d'encourager l'achat de vitamines et d'aliments riches en nutriments, essentiels au développement des enfants et à la résistance physique à certaines maladies. En revanche, la nourriture en vrac peut apporter « beaucoup de calories, mais n'est pas synonyme de nombreux nutriments et micronutriments », a ajouté M. Muñoz.

Le changement dans la politique agricole américaine s'appuie en partie sur les leçons tirées dans les zones de conflit, où les combats entravent la livraison de fournitures de secours.

En rappelant les efforts de livraison de produits alimentaires aux réfugiés somaliens, M. Shah de l'USAID a déclaré lors d'un discours récent à Washington : « Des groupes armés ouvertement affiliés à Al-Qaïda nous bloquent l'accès, attaquent nos convois alimentaires et ciblent nos centres de distribution. Dans les régions les plus touchées du sud de la Somalie où règnent ces militants, l'aide alimentaire ne peut pas sauver des vies.

« Mais les transfert d'espèces le peuvent. »