Les eurodéputés à la manœuvre derrière l’offensive du RN

2e partie : Longtemps relégués aux marges du débat public, les nationalistes et populistes français comptent désormais parmi les principaux prétendants au pouvoir.

/ EURACTIV.com
[Crédit : Getty Images/ Graphisme : Miriam Sáenz de Tejada]

La bataille pour l’Élysée n’aura lieu que dans neuf mois, mais certaines stratégies de campagne se trament déjà dans les trains entre Strasbourg et Bruxelles.

Alors que les candidats à la présidentielle française montent leurs équipes en vue de ce qui pourrait être le scrutin le plus décisif depuis des générations, certains députés européens s’imposent comme des stratèges clés, des architectes de la campagne ou des candidats à part entière.

À l’extrême droite française, la confiance est au beau fixe. Les sondages indiquent de manière quasi unanime qu’un candidat du Rassemblement national (RN) est pratiquement assuré d’atteindre le second tour de l’élection présidentielle de 2027. La grande question est de savoir qui sera ce candidat.

Marine Le Pen reste à la tête du mouvement, mais son avenir politique dépend de l’issue de son appel contre une condamnation pour détournement de fonds, qui implique une période d’inéligibilité qui l’empêcherait de se présenter en avril 2027.

Euractiv s’est entretenu avec des dizaines de collaborateurs, de députés européens, de diplomates et de responsables politiques afin d’identifier les principaux acteurs bruxellois qui influencent les préparatifs présidentiels de l’extrême droite.

L’équipe Bardella-Le Pen (extrême droite)

Jordan Bardella, la solution de secours du RN

Si Marine Le Pen venait à être finalement écartée de la course, Jordan Bardella deviendrait le candidat du Rassemblement national à la présidentielle. Présenté comme le visage de la nouvelle génération du parti, Jordan Bardella a passé toute sa vie professionnelle au sein du mouvement, gravissant les échelons de sa section jeunesse avant de devenir le président du parti.

Âgé de 30 ans, il doit en grande partie sa popularité aux réseaux sociaux, où son style de communication lui a permis de toucher des électeurs plus jeunes, bien au-delà de l’électorat initialement défini par Jean-Marie Le Pen, le père de Marine.

Désormais soucieux de séduire davantage les milieux d’affaires, il doit convaincre les acteurs économiques qu’un gouvernement du RN serait en mesure d’exercer le pouvoir de manière crédible. 

Mais ses récentes remarques sur les retraites et les réformes économiques ont suscité des critiques de la part de certaines figures du parti, qui craignent que le mouvement ne s’éloigne trop de son programme traditionnel de nationalisme radical. De leur côté, ses adversaires s’en prennent volontiers à son manque d’expérience en politique européenne.

Philippe Olivier, le deuxième cerveau de la candidate

Peu de personnes ont autant influencé l’évolution politique de Marine Le Pen que Philippe Olivier. Le député européen n’est pas seulement l’un des conseillers les plus proches et les plus anciens de la présidente du RN, mais aussi son beau-frère – une double casquette qui lui a valu la réputation d’être l’un des stratèges les plus influents du mouvement.

Quel que soit le candidat du RN, Olivier devrait rester l’un des principaux architectes de la campagne, a déclaré à Euractiv Julien Sanchez, député européen d’extrême droite. « C’est quelqu’un qui ne manque pas d’idées et qui propose sans cesse de nouvelles pistes pour la campagne », affirme Sanchez.

Alors que le RN privilégie de plus en plus une stratégie de remise en cause des politiques de l’UE de l’intérieur, Olivier devrait participer à l’élaboration de propositions visant à réduire la contribution de la France au budget de l’UE, à réaffirmer la souveraineté nationale et à contenir l’influence des institutions bruxelloises, sans pour autant raviver la perspective devenue politiquement toxique d’un « Frexit » – une sortie de l’UE de la France.

Julien Sanchez, le fidèle lieutenant

Militant de longue date, entré au parti à l’âge de 16 ans, Julien Sanchez est devenu à 26 ans l’un des plus jeunes élus du RN en devenant pendant dix ans maire de Beaucaire, dans le sud de la France. Depuis son élection au Parlement européen en 2024, il s’est imposé sur les questions budgétaires, jusqu’à en devenir l’un des principaux experts du parti à Bruxelles.

Le député européen ne cherche guère à devenir lui-même une personnalité médiatique, bien qu’il occupe le poste de directeur de campagne pour l’élection présidentielle de 2027. « Mon objectif n’est pas d’être dans la lumière, mais d’aider le candidat à gagner », a-t-il déclaré à Euractiv, décrivant un rôle qui va de l’organisation de rassemblements à la coordination d’opérations de riposte médiatique, en passant par la veille des stratégies adverses.

Salué pour sa discrétion et son expérience, Sanchez a largement évité les querelles internes au parti et est considéré comme un fidèle allié tant de Le Pen que de Bardella.

L’équipe Reconquête (extrême droite)

Sarah Knafo, l’héritière présomptive

Sarah Knafo a fait son entrée au Parlement européen comme étoile montante du mouvement Reconquête d’Éric Zemmour. Moins de deux ans plus tard, certains politiques français se demandent ouvertement si elle pourrait devenir plus qu’une simple figure de proue du mouvement.

Les spéculations se sont intensifiées à la suite de ses interventions pendant la campagne municipale parisienne et d’une série d’apparitions dans les médias qui ont mis en évidence sa capacité à séduire au-delà de l’électorat traditionnel de Reconquête.

Pour l’instant, son avenir politique reste lié aux décisions d’Éric Zemmour, qui est également son compagnon. Mais s’il renonce à se présenter à nouveau à la présidentielle, Knafo serait bien placée pour assumer un rôle de premier plan, selon Vijay Monany, secrétaire général adjoint du groupe Europe des nations souveraines (ENS) au Parlement européen, dont Reconquête est membre.

« C’est une très bonne candidate et elle jouera un rôle de premier plan dans la campagne », a affirmé Monany à Euractiv. « Au cours de son mandat de députée européenne, elle a démontré sa volonté d’unir les différentes tendances de la droite, par exemple sur la question de l’immigration », a-t-il ajouté, faisant référence aux récents votes en matière migratoire au Parlement européen.

En attendant, elle continue de façonner le message du parti depuis Bruxelles, contribuant à définir ses positions sur la souveraineté et son attitude souvent critique à l’égard de l’UE.

Cet article est le deuxième volet d’une série consacrée aux acteurs bruxellois qui façonnent la course à la présidentielle française.

Crédits : Getty Images/Miriam Sáenz de Tejada

(cs, bw, jp)