Les Européens reconsidèrent le déploiement de troupes en Ukraine

Les États membres de l’UE relancent le débat sur le déploiement de troupes en Ukraine afin de garantir un positionnement stratégique après le cessez-le-feu et d’éviter d’être mis sur la touche par la nouvelle administration américaine.

EURACTIV.com
Ukrainian servicemen operate with an American155 mm turreted self-propelled howitzer M109 on a frontline in the Zaporizhzhia area
Selon les informations d’Euractiv, le point principal de la discussion est le déploiement de troupes européennes en Ukraine après la signature d’un accord de cessez-le-feu, afin de fournir à Kiev des garanties de sécurité alors que l’adhésion à l’OTAN semble encore loin d’être acquise. [EPA-EFE/NIKOLETTA STOYANOVA 70560]

Les États membres de l’Union européenne (UE) relancent le débat sur le déploiement de troupes en Ukraine afin de garantir un positionnement stratégique après le cessez-le-feu et d’éviter d’être mis sur la touche par la nouvelle administration américaine.

Le président français Emmanuel Macron avait affirmé au début de l’année que les partisans de Kiev devraient envisager l’envoi de troupes en Ukraine — entraînant des réactions négatives de la part de l’opinion publique. Depuis, cette idée baigne dans l’incertitude.

Toutefois, en prévision du retour de Donald Trump à la Maison-Blanche en janvier, les capitales ont commencé à reconsidérer l’envoi de troupes en Ukraine.

Alors que le futur président américain affirme pouvoir mettre fin à la guerre en quelques jours, les Européens cherchent à s’assurer un siège dans les pourparlers de paix et la mise en œuvre d’un éventuel cessez-le-feu, et se préparent à payer leur part.

Le Monde rapporte que les discussions entre la France et le Royaume-Uni ont repris au sujet de l’envoi de troupes nationales ou de contractants militaires privés.

La France a également exprimé son intérêt pour l’envoi de troupes françaises en Ukraine afin de former les forces ukrainiennes — une proposition soutenue par la Lituanie — bien que Paris veuille rester très discret, maintenant ce qu’il appelle « l’ambiguïté stratégique ».

Selon les informations d’Euractiv, le point principal de la discussion est le déploiement de troupes européennes en Ukraine après la signature d’un accord de cessez-le-feu, afin de fournir à Kiev des garanties de sécurité alors que l’adhésion à l’OTAN semble encore loin d’être acquise.

En d’autres termes, qu’il y ait un cessez-le-feu début 2025 ou non, de nombreux pays européens se demandent déjà comment soutenir l’Ukraine pendant cette période d’incertitude sécuritaire. « Il est logique que, dans de nombreuses capitales, la planification militaire soit en cours parce que nous savons tous que s’il y a un accord de cessez-le-feu, la première chose qui manque à l’Ukraine, ce sont des garanties de sécurité », a expliqué un haut fonctionnaire de l’OTAN à Euractiv.

Cette initiative pourrait aider les Européens à s’assurer une position dans les pourparlers le cessez-le-feu, que les États-Unis mèneront probablement — bien que le président russe Vladimir Poutine n’ait pas montré d’intérêt à négocier.

De plus, « conformément à l’idée de partage du fardeau [entre les partisans de Kiev], il semble que ce soit aux Européens de le faire [déployer des troupes] », a ajouté le haut fonctionnaire.

Au cours de son premier mandat présidentiel et de sa récente campagne, Donald Trump a clairement indiqué qu’il ne soutiendrait pas les Européens « qui s’approprient » la sécurité des États-Unis.

La stratégie qu’adoptera l’UE par rapport aux États-Unis sera donc d’autant plus importante, puisque l’Ukraine est en proie à des difficultés sur le terrain, confrontée à un déferlement de forces armées russes et de leurs alliés, à des drones et à d’autres armes, ce qui laisse présager une lutte sans merci à l’approche de l’hiver.

Pas d’action de l’UE ou de l’OTAN

Pour l’instant, l’UE et l’OTAN n’ont pas l’intention d’envoyer des troupes, puisque l’Alliance occidentale a refusé de s’impliquer dans un soutien militaire actif à Kiev.

Le Service européen pour l’action extérieure (SEAE) a proposé aux États membres des options pour déplacer l’actuelle mission de formation de l’UE pour les soldats ukrainiens vers le territoire ukrainien à l’avenir — mais s’est heurté à un refus de la part des capitales.

Abordant la question, la nouvelle cheffe de la diplomatie de l’UE, Kaja Kallas, a indiqué que l’Europe pourrait « jouer un rôle » dans le contrôle d’un éventuel cessez-le-feu et vérifier s’il est respecté.

« Jusqu’à présent, les discussions ont porté sur les pays qui seraient prêts à envoyer des soldats en Ukraine et ceux qui ne le seraient pas. Je pense que rien ne doit être exclu », a-t-elle confié.

Le Premier ministre slovaque Robert Fico a critiqué Kaja Kallas et Antonio Costa, le nouveau président du Conseil européen, pour avoir envoyé des messages de soutien sans consultation préalable avec les dirigeants. Bratislava s’est opposée avec véhémence à la fourniture d’un soutien militaire actif à Kiev.

[Édité par Anna Martino]