Les fantômes du passé du parti écologiste hantent la campagne électorale de Robert Habeck
Alors que l’image des Verts commençait à se redorer après trois années désastreuses au gouvernement, la malédiction de la dernière ligne droite a rattrapé Robert Habeck, qui ne semble pas immunisé contre les fantômes du passé du parti écologiste.
BERLIN — Alors que l’image des Verts commençait à se redorer après trois années désastreuses au gouvernement, la malédiction de la dernière ligne droite a rattrapé Robert Habeck, qui ne semble pas immunisé contre les fantômes du passé du parti écologiste.
Les récents faux pas des Verts suggèrent qu’ils pourraient avoir du mal à dépasser le seuil de 14 % dans lequel ils stagnent depuis des mois, et qu’il est peu probable que le parti rejoigne la prochaine coalition allemande.
Lors de la convention du parti, Robert Habeck a volontiers accepté l’opportunité de détourner l’attention de ses erreurs involontaires, préférant appeler à la « confiance ». Mais si ses remarques ont été bien accueillies par les fidèles du parti, il n’est pas certain que le reste du pays y ait prêté attention, les Allemands étant concentrés sur d’autres problèmes.
Par exemple, la récente attaque meurtrière perpétrée par un demandeur d’asile débouté a poussé le favori à la chancellerie Friedrich Merz à ne pas exclure une coopération avec l’Alternative pour l’Allemagne (AfD) d’extrême droite, ce qui a fait descendre des dizaines de milliers de personnes dans les rues des villes allemandes pour protester contre l’affaiblissement du cordon sanitaire.
Les derniers ennuis des Verts ont commencé avec la proposition surprenante de Robert Habeck, il y a quelques semaines, de déduire les cotisations de sécurité sociale des gains en capital — une suggestion qui a été accueillie avec dérision et moquerie. Personne ne sait exactement pourquoi le responsable politique, vice-chancelier et ministre de l’Économie allemand, a pensé qu’effrayer tous les Allemands qui ont investi leurs économies sur les marchés dans la dernière ligne droite de la campagne serait une bonne idée.
Mais ce n’était que le début des problèmes.
Un scandale sexuel à l’ancienne
Plus récemment, un scandale sexuel à l’ancienne, transformé en campagne de diffamation, a atteint le statut d’« affaire politique » en un temps record.
En décembre, Stefan Gelbhaar, député écologiste berlinois, a fait l’objet d’allégations anonymes de harcèlement sexuel — ce qui a incité le parti à l’exclure de sa liste de candidats pour les élections de février. Le parti réagissait entre autres à la pression médiatique exercée par la télévision publique à la suite d’un reportage sur ces allégations.
Cependant, il y a deux semaines, la chaîne publique a retiré son reportage après avoir découvert que l’une des victimes supposées de Stefan Gelbhaar n’existait pas et semblait avoir été inventée par un responsable de la section de Berlin des Verts.
Mais le cœur du scandale est autre part : l’exclusion de Stefan Gelbhaar a permis à Andreas Audretsch, directeur de campagne de Robert Habeck, de prendre sa place sur la liste, lui garantissant un poste de député convoité après les élections.
Bien qu’il n’y ait aucune preuve que les deux hommes ont eu quoi que ce soit à voir avec cette affaire, la situation est loin d’être idéale.
Une polémique très verte
Malheureusement pour Robert Habeck, les tentatives maladroites des Verts pour limiter les dégâts n’ont fait qu’aggraver la situation. Annalena Baerbock, la ministre allemande des Affaires étrangères, également membre du parti, a refusé de commenter l’affaire, tandis que l’équipe du candidat a tenté d’empêcher les journalistes de lui poser des questions à ce sujet lors d’une interview.
Pire encore pour les Verts, l’affaire a porté atteinte à la crédibilité du parti sur l’une de ses causes fondamentales, comme l’a reconnu Robert Habeck lorsqu’il a rompu le silence.
Elle porte un coup prématuré à ses efforts de désintoxication de l’image du parti après sa participation à la coalition « en feu tricolore » d’Olaf Scholz, dont la réputation a été mise à mal.
Malgré sa popularité personnelle — la cote de Robert Habeck est plus élevée que celle de Friedrich Merz, tête de liste des chrétiens-démocrates, et d’Olaf Scholz, le chancelier sortant — ses faux pas en tant que ministre de l’Économie n’ont pas réussi à redorer l’image des Verts.
C’est surtout sa loi phare sur le chauffage — qui aurait obligé les propriétaires à remplacer les systèmes de chauffage à combustibles fossiles par des pompes à chaleur plus coûteuses — qui a ravivé les craintes de la population concernant les excès des Verts et précipité le déclin du parti dans les sondages.
Pourtant, grâce au style de campagne énergique du ministre de l’Économie, ces mauvais souvenirs semblaient s’être dissipés dans l’esprit de nombreux électeurs, provoquant une remontée dans les sondages — jusqu’à ce qu’il ravive les doutes.
Ce n’est pas la première fois que les Verts se tirent une balle dans le pied en fin de campagne. De nombreux membres du parti se souviennent encore de la course de 2013, qui avait été sabotée par une proposition du parti visant à forcer les cantines à introduire une « journée végétarienne » obligatoire une fois par semaine. En Allemagne, où l’on aime les saucisses, l’idée est tombée comme un cheveux dans la soupe aux choux.
Des problèmes similaires se sont posés en 2021, lorsqu’Annalena Baerbock, qui aurait pu devenir la première chancelière verte de l’Allemagne, a mené une campagne bâclée et semée de faux pas, parmi lesquels on peut citer un livre plagié, un CV falsifié, ou encore des dérapages verbaux.
L’heure de gloire de Robert Habeck
À l’époque, Robert Habeck lui avait cédé la place à contrecœur, après leurs efforts conjoints pour donner une nouvelle image aux Verts en les présentant comme une alternative pragmatique.
Cette fois-ci, c’est à lui de se lancer dans la course à la chancellerie.
Les Verts espéraient que l’éloquence du vice-chancelier — ainsi que sa belle apparence, selon certains — serait un atout qui leur permettrait de dépasser le Parti social-démocrate (SPD) d’Olaf Scholz et d’atteindre la troisième place, voire d’entrer dans un gouvernement de coalition avec la CDU de Friedrich Merz.
Pour Robert Habeck, la course représente une opportunité de faire ses preuves : même si les Verts n’ont aucune chance de gagner, s’il parvient à les sortir du marasme, il restera la figure dominante du parti dans les années à venir.
Toute victoire ou défaite sera celle de Robert Habeck.
Un « être humain »
Sa campagne originale, qui comprenait des bracelets à la Taylor Swift et des discussions informelles avec les électeurs, a trouvé un écho dans de nombreux milieux. Les sondages du parti ont presque retrouvé leur résultat record des élections de 2021, avec Robert Habeck au coude-à-coude avec Friedrich Merz en tant que potentiel chancelier préféré des Allemands.
Mais ces derniers faux pas ont mis ces progrès en péril. En tout état de cause, Robert Habeck a certainement donné raison à son slogan de campagne. Il n’est qu’un « être humain ».
[AM]