Les géants de l'énergie réclament des mesures pour lutter contre la chute des prix du carbone

Les PDG de certaines des plus grandes entreprises énergétiques d'Europe ont écrit au président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, pour lui demander d'agir rapidement afin de freiner l'effondrement des prix du carbone.

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Les PDG de certaines des plus grandes entreprises énergétiques d'Europe ont écrit au président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, pour lui demander d'agir rapidement afin de freiner l'effondrement des prix du carbone.

« La crise économique a eu un impact considérable sur l'efficacité du régime d'échange des droits d'émission (SCEQE), à en juger par le faible niveau d'échange et le prix du carbone », peut-on lire dans la lettre du groupe EUCLG (EU Corporate Leaders Group) parrainé par le Prince Charles.

« Il est indispensable que les institutions européennes prennent des mesures décisives dès maintenant », ajoute le groupe, qui appelle à une suspension des enchères de quotas pour la Phase III (2008-2012) du système d'échange de quotas d'émission, et à un ajustement de ce mécanisme pour la phase suivante.

Bien que le groupe n'ait donné aucune précision quant à la quantité de quotas qui devraient être suspendus, Trevor Sikorski, responsable de la recherche sur le carbone à Barclays Capital, a estimé le surplus à plus d'un milliard de crédits carbone européens et internationaux pour la période 2008-2012.

Hier (14 décembre), la valeur des crédits carbone de l'UE et des Nations unies ont plongé pour atteindre leurs plus bas niveaux, respectivement 6,53 et 3,99 euros par tonne métrique. Cette chute représente une perte de valeur de 60 % depuis le mois de juin.

Crise du crédit carbone

Alors que le spectre de la crise des crédits carbone se fait menaçant, la directrice de l’EUCLG, Sandrine Dixson-Declève, a déclaré à EURACTIV que le prix normal du carbone devrait tourner autour de 30 euros par tonne métrique.

« Les investisseurs ne souhaitant pas nécessairement prendre de risque avec des projets de technologie propre, la viabilité de ces projets est forcément mise péril par des prix du carbone si bas », a-t-elle déclaré.

En raison de la chute des prix, le groupe EUCLG, qui représente des géants de l'énergie tels que Shell, Alstom, Philips et Dong Energy, affirme que le SCEQE ne parvient pas à encourager la décarbonisation.

Dans leur lettre, ces entreprises soulignent également que d'autres signaux de prix déflationnistes pourraient survenir, et affirment qu'il est donc « impératif que ces impacts potentiels soient pris en compte et que des mesures soient mises en œuvre pour assurer la viabilité du système européen SCEQE avant qu'il ne soit trop tard ».

Plafond et échanges

Les crédits carbone ont été mis en place dans le cadre du protocole de Kyoto en 1997 en tant que mécanisme de plafond et d'échange autorisant les pays industrialisés à compenser leurs émissions de dioxyde de carbone en investissant dans des projets favorisant la réduction des émissions de carbone dans des pays en développement.

Après cinq années consécutives d'une croissance solide encouragée par la mise en place de la Phase III du système d'échange européen, la valeur totale des marchés du carbone à travers le monde a atteint 142 milliards de dollars (109 milliards d'euros) cette année, puis a arrêté d'évoluer lorsque la crise économique a éclaté.

De nombreux industriels craignent que, sans des prix du carbone forts (ou des mesures équivalentes), la spirale actuelle de la baisse des prix puisse s'accélérer.

« Nous devons tenir compte de l'impact de la situation économique sur le bon fonctionnement du système SCEQE, car nos économies sont en récession et cela ne devrait faire qu'empirer », a déclaré Mme Dixson-Declève.  

Outre la suspension des quotas, elle propose également qu'une option de prix de réserve dans les enchères des permis d'émission soit envisagée, afin d'éviter que les crédits carbone ne soient vendus à des prix trop bas.