Les îles Canaries accusent l’État espagnol de les « abandonner » face à la crise migratoire
Les Îles Canaries sont confrontées à une grave crise migratoire et accusent les autorités espagnoles de ne pas les soutenir et de négliger leurs responsabilités. Le président du gouvernement régional, Fernando Clavijo, a annoncé lundi 2 septembre son intention d’engager une action en justice contre l’État.
Les Îles Canaries sont confrontées à une grave crise migratoire et accusent les autorités espagnoles de ne pas les soutenir et de négliger leurs responsabilités. Le président du gouvernement régional, Fernando Clavijo, a annoncé lundi 2 septembre son intention d’engager une action en justice contre l’État.
Fernando Clavijo, chef du parti de centre droit Coalición Canaria, a proposé, entre autres mesures, d’ouvrir un « débat juridique » sur ce qu’il a qualifié de « négligence des fonctions » de Madrid face à la crise migratoire que traverse l’archipel.
Les arrivées d’exilés clandestins depuis l’Afrique ont atteint un niveau record en Espagne au cours des deux premières semaines d’août, avec une augmentation de 126 % dans les îles Canaries et de 143 % dans l’enclave espagnole de Ceuta, en Afrique du Nord. Beaucoup d’entre eux viennent de Mauritanie et du Sahel, des régions touchée par la sécheresse et la famine.
« Dans le cas des Îles Canaries, [l’État espagnol] néglige ses fonctions. […] Je suis sûr que le gouvernement espagnol est en train d’abandonner les îles Canaries, et c’est quelque chose qu’il faut dire », a affirmé Fernando Clavijo au radiodiffuseur public Canarias Radio.
Les Îles Canaries sont gouvernées par un exécutif tripartite formé par Coalición Canaria, la branche régionale du Parti populaire (PP, Parti populaire européen/PPE) — la principale force d’opposition au niveau national — et le parti local AHI.
Fernando Clavijo critique le gouvernement de coalition qui rassemble le Parti socialiste (PSOE, Socialistes & Démocrates européens/S&D) et la plateforme de gauche Sumar (GUE/NGL), considérant que l’exécutif ne donne pas assez d’attention à la gestion de l’accueil des mineurs non accompagnés présents dans l’archipel.
Jusqu’à la fin de 2024, les îles Canaries devront faire face à « une urgence après l’autre », a-t-il averti, tous les centres d’accueil pour mineurs étant déjà « sursaturés » et plusieurs d’entre eux à « plus de 200 % » de leur capacité.
Il a également cité les prévisions des ONG qui annoncent une augmentation exponentielle dans la région des arrivées d’exilés avant la fin de l’année.
La semaine dernière, Pedro Sánchez s’est rendu officiellement en Mauritanie, en Gambie et au Sénégal, trois des principaux pays d’origine des personnes qui se rendent dans les îles Canaries par la dangereuse route de l’Atlantique.
Le Premier ministre espagnol et chef du PSOE a signé des accords avec ces pays pour promouvoir l’immigration régulière sous la forme de migration circulaire, ce qui a suscité une controverse avec le PP lorsque Pedro Sánchez a évoqué la nécessité de rapatrier les migrants en situation irrégulière.
L’immigration irrégulière est l’une des questions les plus délicates de la rentrée politique en Espagne, où la droite du PP et le parti d’extrême droite Vox, troisième force du parlement national, ainsi que le nouveau parti d’extrême droite Se Acabó La Fiesta (SALF) de l’agitateur Alvise Pérez, s’opposent radicalement à la coalition de gauche.
Fernando Clavijo a également mis en garde contre les arrivées constantes d’embarcations de fortune (connues sous le nom de « cayucos » ou « pateras ») sur l’île d’El Hierro.
Sumar attaque le PSOE sur l’immigration
« Ce week-end, il y a eu un avant et un après, avec des pressions et des menaces de l’État sur les ONG pour qu’elles accueillent des mineurs sans pouvoir leur garantir une prise en charge adéquate », a averti Fernando Clavijo.
Sur X, le chef de l’exécutif régional a remercié les « gestes » de solidarité, comme le voyage du Premier ministre en Mauritanie, en Gambie et au Sénégal, mais a souligné que ces « gestes doivent être accompagnés d’une action politique, sinon ils ne serviront à rien ».
L’un des points majeurs de l’affrontement entre la gauche et la droite est la proposition du gouvernement de réformer la loi sur les étrangers (Ley de Extranjería) afin d’activer un mécanisme d’accueil obligatoire pour les mineurs non accompagnés dans les 19 régions d’Espagne.
Par ailleurs, Sumar a appelé lundi le PSOE à rectifier sa position sur le dossier sensible de l’immigration après que le Premier ministre espagnol ait laissé la semaine dernière la porte ouverte au rapatriement de personnes en situation irrégulière.
Lors d’une conférence de presse à Madrid, la secrétaire à la communication de Sumar, Elizabeth Duval, a déclaré que la dérive de Pedro Sánchez ces dernières semaines était « extraordinairement inquiétante », tout en soulignant que non seulement le PP « se radicalise de plus en plus, mais que le PSOE a [aussi] décidé de s’engager sur cette voie ».
« Copier la recette de la droite et de l’extrême droite ne profite qu’à l’ultradroite », a-t-elle averti.