Les investissements de l’UE dans l’aquaculture n’ont pas porté leurs fruits, prévient la Cour des comptes européenne
Les investissements de l’UE dans le secteur de l’aquaculture, qui s’élèvent à plus d’un milliard d’euros sur sept ans, n’ont pas donné de « résultats tangibles », estime la Cour des comptes européenne.
Les investissements de l’Union européenne dans le secteur de l’aquaculture, qui s’élèvent à plus d’un milliard d’euros sur sept ans, n’ont pas donné de « résultats tangibles », estime la Cour des comptes européenne.
L’UE a triplé ses dépenses consacrées à l’aquaculture pour la période 2014-2020. Cependant, cette hausse des investissements dans le secteur n’ont pas eu les résultats escomptés, notent les auditeurs de la Cour dans un rapport publié mercredi (15 novembre).
L’aquaculture, ou pisciculture, peut être pratiquée en mer, dans les eaux intérieures ou dans des installations terrestres équipées de systèmes de circulation d’eau.
Le développement d’une aquaculture durable figure parmi les objectifs de la stratégie « de la ferme à la table » (Farm to Fork), la politique alimentaire phare de l’Union. Cette pratique est encouragée, les produits de la mer constituant une source de protéines. Par ailleurs, l’empreinte carbone de l’aquaculture est moindre que celle de l’élevage bovin et égale à celle de l’élevage porcin, par exemple.
Cependant, bien que le Fonds européen pour les affaires maritimes, la pêche et l’aquaculture (Feampa) ait accordé 1,2 milliard d’euros à l’aquaculture pour la période 2014-2020, et qu’un autre milliard soit prévu pour la période 2021-2027, ces investissements n’ont pas été synonymes de mesures concrètes sur le terrain, estiment les auditeurs.
« Trop d’argent a été mis sur la table [et] une grande partie n’a pas été utilisée », ont expliqué les auditeurs.
Les charges administratives trop lourdes pourraient expliquer la faible absorption des fonds. Selon le rapport, la Commission européenne déplore les procédures d’autorisation « longues » et « incertaines », qui auraient découragé l’investissement.
Les auditeurs ont constaté que les difficultés d’accès à l’eau entravent également le développement de la pisciculture. La planification est essentielle pour « résoudre les conflits [entre l’aquaculture et] le secteur du tourisme, la pêche et la navigation », a déclaré Matteo Tartaggia, l’un des auditeurs ayant contribué à la rédaction du rapport.
Pourtant, certains États membres, dont l’Italie, la Grèce et la Roumanie, n’avaient pas achevé leur planification de l’espace maritime au moment de l’audit.
Le rapport de la Cour des comptes évoque également l’absence d’objectifs clairs. « Les pays de l’UE ont financé presque tous les projets éligibles, quelle que soit leur contribution » à l’objectif plus large, a déclaré Nikolaos Milionis, membre de la Cour chargé du rapport. Selon lui, les critères de sélection des projets éligibles « n’étaient pas très stricts ».
Les fonds pour la période 2014-2020 doivent être dépensés avant la fin de cette année, il y a donc un risque que l’argent ne soit pas dépensé pour les projets les plus rentables, a ajouté M. Tartaggia.
Malgré la promesse de l’UE de stimuler la compétitivité du secteur, la Cour des comptes a signalé une stagnation des volumes de production et un déclin de l’emploi dans le secteur de l’aquaculture depuis 2014.
En 2020, la production aquacole totale de l’UE s’élevait à 1,1 million de tonnes, soit moins de 1 % du total mondial. En outre, les deux tiers du secteur dans sont concentrés dans quatre États membres dans le bloc : Espagne, France, Italie et Grèce.
Absence d’indicateurs environnementaux
Jusqu’à présent, aucun indicateur ne permettait d’évaluer l’empreinte de l’aquaculture, a indiqué M. Tartaggia.
Selon le rapport, la Commission travaille actuellement à l’élaboration d’un document d’orientation contenant de tels indicateurs.
Les dommages environnementaux potentiels de l’aquaculture comprennent la dégradation de l’habitat ou encore la prolifération d’algues causée par l’accumulation de nutriments.
La Grèce, quatrième producteur aquacole de l’UE, devrait figurer parmi les États membres dans lequel l’impact sur l’environnement est le plus élevé, souligne le rapport.
La majeure partie de la production grecque est constituée de poissons de mer, qui doivent être alimentés davantage que les crustacés et exercent une pression plus forte sur les eaux marines.
Toutefois, M. Tartaggia se veut optimiste, car « à ce stade, [l’impact environnemental] est localisé et réversible ».
[Édité par Anne-Sophie Gayet]