Les leaders démocratiques européens tournent le dos à Viktor Orbán

Que cela soit coordonné ou non, les principaux dirigeants politiques européens pro-UE se sont abstenus de féliciter, du moins publiquement, Viktor Orbán pour sa réélection en Hongrie.

EURACTIV.com / Réseau EURACTIV
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Selon les partenaires du réseau EURACTIV à travers les États membres du bloc et au-delà, la plupart des gouvernements sont restés silencieux au sujet de la réélection de Viktor Orbàn en Hongrie.

Que cela soit coordonné ou non, les principaux dirigeants politiques européens pro-UE se sont abstenus de féliciter, du moins publiquement, Viktor Orbán pour sa réélection en Hongrie.

Selon les partenaires du réseau EURACTIV à travers les États membres du bloc et au-delà, la plupart des gouvernements sont restés silencieux au sujet de la réélection de Viktor Orbán en Hongrie, le Groupe de Visegrad a adopté une approche plus prudente tandis que d’autres ont exprimé leur déception. Comme prévu, les partis populistes d’extrême droite se sont quant à eux empressés de féliciter le dirigeant hongrois.

EURACTIV a contacté la représentation permanente de la Hongrie à Bruxelles et a demandé quels dirigeants de l’UE avaient félicité M. Orbán, même en privé, mais aucune réponse n’a été donnée. Alors que M. Orbán a célébré sa victoire en publiant sur Facebook une photo de lui en train de parler à Donald Trump au téléphone, l’Europe attend le prochain acte politique du Hongrois au niveau de l’UE.

Après l’élection allemande, l’Europe a pris une orientation progressiste et a fait le vœu d’une intégration européenne plus poussée. Toutefois, les résultats des élections hongroises signalent à Bruxelles que certains de ces projets pourraient devoir être mis en suspens.

À Paris, l’Élysée a confirmé à EURACTIV France que ni le président Emmanuel Macron ni le gouvernement français n’ont félicité M. Orbán pour sa victoire. La seule réaction française est venue de l’extrême droite, avec Marine Le Pen qui a tweeté : « Quand le peuple vote, le peuple gagne ! »

En Autriche, seul le parti populiste de droite FPÖ (Parti de la liberté d’Autriche), plus précisement son membre Herbert Kickl, a félicité Viktor Orbán. Les sociaux-démocrates ont pour leur part exprimé leur déception, le parti libéral Neos a « espéré un changement de cap », tandis que le parti conservateur au pouvoir (ÖVP) n’a fait aucun commentaire.

De même, à Berlin, les félicitations sont venues du chef adjoint du parti d’extrême droite AfD au Bundestag, Norbert Kleinwaechter.

À La Haye, seul le Parti nationaliste pour la liberté (PVV) a salué la réélection de M. Orbán. Par ailleurs, en novembre dernier, son leader, Geert Wilders, avait déclaré : « Si seulement nous avions un Premier ministre comme Orbán ».

À Londres, aucun parti politique britannique n’a félicité Viktor Orbán, et la seule déclaration faite au sujet de la réélection a été celle du porte-parole du Premier ministre Boris Johnson, qui a déclaré que le Royaume-Uni continuerait à entretenir des relations « solides » avec la Hongrie.

À Helsinki, même le parti d’extrême droite Finns ne l’a pas félicité pour sa victoire.

Le sud de l’Europe mécontent

Dans le sud de l’Europe, aucun gouvernement, qu’il soit progressiste ou conservateur, n’a félicité M. Orbán. En revanche, les partis d’extrême droite ont salué cette victoire.

En Espagne, seul le parti d’extrême droite Vox, troisième force du Parlement espagnol, a félicité le dirigeant hongrois et a déclaré que la victoire du Fidesz était un « signe d’avenir » pour l’Europe.

À Rome, la dirigeante du parti nationaliste Fratelli d’Italia, Giorgia Meloni, a appelé Bruxelles à respecter la volonté du peuple hongrois.

« Pendant des années, ils l’ont attaqué pour ses politiques de défense des frontières et de la famille, mais personne ne l’a remercié ces dernières semaines pour avoir accueilli des centaines de milliers de réfugiés ukrainiens. La Hongrie est membre de l’OTAN et de l’UE et remplit ses autres engagements. Il est dans l’intérêt de l’Europe de réengager les Hongrois dans la cause commune et de fermer les espaces aux interférences de la Russie et de la Chine, mais pour ce faire, Bruxelles doit d’abord respecter leur volonté », a déclaré Mme Meloni, comme l’a rapporté l’ANSA.

De même, le rival populiste de Mme Meloni, Matteo Salvini, de la Lega Nord, a posté sur les réseaux sociaux : « Ensemble, nous gagnons, même sans les milliards de Soros ».

À Athènes, une source gouvernementale a confié à EURACTIV Grèce que le gouvernement de Nouvelle Démocratie (PPE) n’a pas félicité M. Orbán. Le Premier ministre grec Kyriakos Mitsotakis a eu de gros accrochages avec le Hongrois lors des sommets du Parti populaire européen (PPE), notamment sur la migration et la réticence de ce dernier à accueillir des réfugiés.

M. Mitsotakis a également été l’un des signataires d’une lettre demandant l’expulsion du parti hongrois Fidesz du PPE.

Au Portugal, ni le président ni le gouvernement n’ont félicité le Hongrois pour sa victoire.

La seule réaction dans le pays est venue d’André Ventura, leader du parti d’extrême droite Chega, qui l’a félicité dans une publication sur Twitter. « Félicitations au peuple hongrois et au Premier ministre Orbán. Vous avez remporté une victoire retentissante malgré tous les efforts de boycott des forces bureaucratiques et mondialistes de Bruxelles. J’espère que nous pourrons nous rencontrer bientôt à Lisbonne ou à Budapest ! », a-t-il écrit.

À Vilnius, le ministre lituanien des Affaires étrangères, Gabrielius Landsbergis, n’a pas mâché ses mots, affirmant que la confiance dans la Hongrie avait baissé.

« Surtout quand on parle de questions de défense parce que nous sommes dans la même alliance de défense ainsi que dans l’UE. Il y a une possibilité de prendre des mesures, de réélire le gouvernement et d’arrêter cette baisse de confiance. Mais est-ce que cela sera fait — le temps nous le dira. »

Les membres de Visegrad plus diplomates

Les pays du Groupe de Visegrad ont été plus prudents dans leurs déclarations, même s’il est de notoriété publique dans le bloc qu’après l’invasion de l’Ukraine par la Russie, la position de Budapest vis-à-vis de Moscou les a irrités.

En Pologne, le Premier ministre Mateusz Morawiecki a pris ses distances par rapport à la position de Viktor Orbán sur l’Ukraine (ainsi que par rapport à son discours de dimanche, dans lequel il s’en prenait à Volodymyr Zelensky). Au moment de la publication de cet article, M. Morawiecki ne l’a pas encore félicité publiquement pour son triomphe aux élections.

Lors d’une conférence de presse tenue lundi (4 avril), lorsqu’on lui a demandé s’il souhaitait poursuivre la coopération avec les autorités hongroises sur la scène internationale, M. Morawiecki a éludé la question en déclarant qu’il s’agissait d’un « vote démocratique qui devait être respecté ». Il a ensuite changé de sujet en attaquant l’Allemagne et la France pour leur réponse maladroite à la situation en Ukraine.

« Quiconque lit les comptes-rendus [des sommets européens] sait très bien que l’Allemagne est le principal frein à des sanctions très fortes. Le Premier ministre Orbán n’a pas empêché les sanctions, et en réalité, les principaux freins sont les grands États, ceux qui ont peur pour leurs affaires. Ceux qui ont peur des conséquences. Peut-être qu’ils ont peur d’autre chose ? »

À Bratislava, le Premier ministre slovaque Eduard Heger a félicité M. Orbán par SMS, mais aucune indication n’a été donnée sur le contenu de ce dernier.

Le député slovaque du parti de M. Heger, Gyorgyi Gyimesi, partisan de longue date de Viktor Orbán, l’a félicité dimanche soir. À part cela, il n’y a pas eu de réactions notables de la part des partis de la coalition dans le pays, tandis que la présidente Zuzana Čaputova est restée silencieuse sur la question.

L’opposition a adopté une position différente, notamment deux anciens Premiers ministres, Peter Pellegrini et Robert Fico, qui ont tous deux félicité M. Orbán et déclaré que sa ligne de pensée nationale-conservatrice bénéficie manifestement d’un soutien au sein de la population. M. Fico a fait l’éloge de sa politique nationaliste et a déclaré que la Hongrie passait avant tout aux yeux de M. Orbán et qu’il n’avait pas laissé la Hongrie s’impliquer dans la guerre en Ukraine.

À Prague, les Verts ont exprimé leur déception tandis que la présidente de la chambre basse du Parlement, Markéta Pekarová Adamová (présidente de TOP 09, parti de la coalition gouvernementale) a tweeté :

« La Hongrie a choisi son avenir pour les prochaines années. Il faut respecter cela tout en gardant à l’esprit qu’un nombre important de Hongrois ont voulu choisir une autre voie. L’avenir de la République tchèque réside dans une alliance avec des partenaires qui partagent les mêmes valeurs et sont conscients des risques posés par la Russie de Poutine. »

Le Premier ministre slovène Janša s’est empressé de féliciter son « ami ». Comme prévu, M. Janša a été parmi les premiers dirigeants à féliciter Viktor Orbán.

« Félicitations à Viktor Orbán pour sa 4e victoire consécutive. Il est bon d’avoir des amis comme voisins », a-t-il écrit sur Twitter.

De même, le Premier ministre croate Andrej Plenković a félicité le Hongrois pour sa « victoire convaincante et son quatrième mandat en tant que Premier ministre ».

Le président bulgare Rumen Radev a lui aussi félicité M. Orbán en soulignant la coopération de longue date entre la Bulgarie et la Hongrie et les excellentes relations de partenariat au sein de l’UE et de l’OTAN. « Je pense qu’elles continueront à se développer à l’avenir et qu’elles contribueront à la sécurité et à la bonne entente dans la région », a déclaré Rumen Radev.

En Roumanie, le président et le Premier ministre ont gardé le silence sur les élections hongroises et seul l’UDMR, le parti de la minorité hongroise du pays, qui est un partisan bien connu du Fidesz et de M. Orban, s’est réjoui du résultat des élections.