Les leviers militaires encore inexplorés de l’UE au Groenland
Alors que Donald Trump agite la menace de retirer au Danemark le contrôle du Groenland, l’UE dispose, en théorie, de plusieurs mécanismes juridiques lui permettant de déployer des forces armées sous commandement européen sur l’île.
Le président américain Donald Trump affirme que seuls les États-Unis peuvent protéger le Groenland contre des adversaires tels que la Russie et la Chine. Mais les alliés européens s’empressent de montrer à Washington qu’ils sont déterminés à protéger ce territoire semi-autonome. Le Danemark a récemment invité les alliés de l’OTAN à mener une mission de reconnaissance dans cette région, et l’UE a la possibilité d’y envoyer des forces sous pavillon européen.
Techniquement, des forces sous commandement de l’UE pourraient être envoyées au Groenland via la capacité de déploiement rapide de l’UE. C’est ce qu’a confirmé Anitta Hipper, porte-parole de l’UE pour les affaires étrangères, aux journalistes lundi 19 janvier.
Cette force, opérationnelle depuis mai 2025, comprend jusqu’à 5 000 soldats de l’UE pouvant être déployés dans le cadre de missions de prévention des conflits, de stabilisation, d’évacuation ou de maintien de la paix. Cependant, il est peu probable qu’elle soit déployée au Groenland, car cela nécessiterait l’accord unanime de tous les États de l’UE.
Une autre option serait de faire appel à une mission ou une opération militaire de l’UE dans le cadre de la politique de sécurité et de défense commune de l’UE, a indiqué Anitta Hipper à Euractiv. Un tel déploiement est actuellement en cours en mer Rouge pour protéger les voies maritimes contre les attaques des rebelles houthis.
Une réunion exceptionnelle des chefs de gouvernement de l’Union est prévue jeudi 22 janvier pour discuter du Groenland. Cependant, certains experts estiment qu’il est peu probable que l’UE envisage sérieusement d’envoyer une mission militaire sur l’île, une décision qui pourrait provoquer davantage Washington.
Alessandro Marrone, responsable du programme de défense du groupe de réflexion italien Istituto Affari Internazionali, a fait valoir que la décision du Danemark d’inviter les alliés de l’OTAN au Groenland est plus efficace, car elle empêche une escalade entre l’UE et les États-Unis. Elle offre également à Washington la possibilité de participer à la mission et envoie un signal clair indiquant que l’OTAN prévient les menaces chinoises et russes.
La principale différence entre les missions européennes et celles de l’Alliance réside dans leurs objectifs.
Alors que les missions de l’OTAN sont généralement axées sur la préparation et la dissuasion, les initiatives militaires de l’UE visent généralement la gestion des crises et la prévention des conflits.
Une mission de l’OTAN a été proposée lundi 19 janvier par le ministre danois de la Défense. À ce stade, on ne sait pas si les États-Unis soutiendront cette idée. Cependant, dans le contexte actuel en rapide évolution, la gestion de crise pourrait être une option nécessaire.
Au milieu des questions sur de tels scénarios, un autre porte-parole de l’UE a souligné que l’accent du bloc restait sur « l’engagement, et non l’escalade ».
Charles Cohen a contribué à la rédaction de cet article.