Les militants pour le climat contestent l’enthousiasme autour des petits réacteurs modulaires
Soutenir ces réacteurs serait une « erreur coûteuse pour l’Europe », estime l’auteur d’un rapport publié mardi 9 décembre par Climate Action Network Europe.
L’industrie nucléaire européenne semble avoir convaincu la Commission européenne que les petits réacteurs modulaires (small modular reactors, SMR), encore largement expérimentaux, pourraient contribuer à résoudre les défis énergétiques et climatiques du continent. Mais les organisations écologistes restent sceptiques.
Dans un rapport publié ce mardi 9 décembre mais communiqué la veille à Euractiv, Climate Action Network (CAN) Europe vise à réfuter certaines affirmations, en arguant que le développement des SMR serait confronté à des dépassements de coûts et à des retards importants similaires à ceux qui affectent les centrales nucléaires traditionnelles. Et ils ne mettront pas fin au problème des déchets nucléaires.
Mais l’industrie nucléaire fait face à un autre défi, selon l’ONG : l’économie derrière le prix de l’électricité.
Alors que l’Europe développe ses capacités renouvelables aussi rapidement et autant que possible, toute nouvelle centrale nucléaire, grande ou petite, pourrait être contrainte de fonctionner à capacité limitée afin de laisser la place à une électricité verte moins chère. Une faible production nucléaire pourrait se traduire par un retour sur investissement plus lent, ce qui ferait grimper le prix de l’électricité produite.
Éviter les « verrouillages » financiers
CAN Europe estime que les fonds publics ne devraient pas être utilisés pour subventionner les prix élevés et non compétitifs de l’énergie nucléaire en enfermant l’UE dans des contrats d’écart compensatoire (contracts for difference) qui pourraient fonctionner comme des « subventions déguisées ».
Ces contrats encouragent les investissements, car l’État garantit un prix minimum aux producteurs d’électricité, compensant le manque à gagner si le prix du marché tombe en dessous du seuil convenu.
L’État est remboursé de la différence si le prix dépasse ce niveau.
Si ce prix garanti est fixé à un niveau suffisamment élevé pour justifier aujourd’hui des investissements dans les SMR, et que demain, l’abondance des énergies renouvelables fait baisser les prix de l’électricité, les contribuables européens pourraient se retrouver à payer la prime pour une énergie nucléaire trop chère, selon CAN Europe.
Le groupe écologiste se montre tout aussi prudent à l’égard des aides d’État qui pourraient favoriser le nucléaire coûteux au détriment des énergies renouvelables bon marché.
« Chaque euro consacré à la nouvelle énergie nucléaire est un euro retiré à des solutions plus réalistes telles que les énergies renouvelables, le stockage d’énergie, la réponse à la demande, l’efficacité énergétique et l’électrification », indique le rapport.
La preuve d’abord
Pour éviter les retards et les annulations, CAN Europe estime qu’aucun fonds public ne devrait être investi dans cette technologie naissante tant que les développeurs de SMR n’auront pas commencé à produire de l’électricité. Il demande également que les coûts liés à l’annulation, aux déchets, au démantèlement et aux accidents soient pris en charge par les développeurs de projets plutôt que financés par les citoyens et les entreprises par le biais de taxes sur les factures d’énergie ou d’impôts.
Le rapport reste toutefois muet sur le rôle potentiel que pourraient jouer les SMR lorsqu’ils sont directement connectés 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7 à des installations industrielles à forte consommation d’énergie, telles que les centres de données, les électrolyseurs pour la production d’hydrogène ou les aciéries propres, au lieu d’alimenter le réseau et de concurrencer le marché de gros.
L’auteur du rapport, Thomas Lewis, coordinateur de la politique énergétique de CAN Europe, a déclaré que l’analyse de son organisation démontrait qu’investir dans les SMR serait une « erreur coûteuse pour l’Europe ».
« Détourner les fonds de solutions plus réalistes et moins coûteuses telles que les énergies renouvelables, le stockage et les solutions axées sur la demande risque de faire dérailler la transition énergétique, en maintenant nos émissions et nos prix de l’énergie à un niveau élevé », a-t-il déclaré.