Les ministres de la zone euro rejettent l’offre des créanciers privés pour la Grèce

  Les ministres des finances de la zone euro ont rejeté l’offre des investisseurs privés sur la restructuration de la dette grecque, la qualifiant d'insuffisante. Les négociateurs retournent donc à la case départ et la menace d’un défaut de paiement se concrétise.

EURACTIV.com / Reuters
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Les ministres des finances de la zone euro ont rejeté l’offre des investisseurs privés sur la restructuration de la dette grecque, la qualifiant d'insuffisante. Les négociateurs retournent donc à la case départ et la menace d’un défaut de paiement se concrétise.

Lors d'une réunion à Bruxelles hier (23 janvier), les ministres ont déclaré qu'ils ne pouvaient accepter les exigences des obligataires qui souhaitent un coupon de 4 % sur de nouvelles obligations à plus grande échéance en échange de leurs titres grecs actuels.

Les banques et les autres institutions privées, représentées par l'Institut de la finance internationale (IFI), affirment qu'un coupon de 4 % est le minimum qu'elles puissent accepter s'il faut qu'elles divisent par deux la valeur nominale de leurs titres de dette.

La Grèce affirme qu'elle ne peut pas se permettre d'assumer un coupon de plus de 3,5 %. Les ministres des finances de la zone euro ont soutenu la position du gouvernement grec lors de leur réunion lundi, tout comme le Fonds monétaire international.

Jean-Claude Juncker, le président de l'Eurogroupe, a déclaré que la Grèce devait conclure un accord avec les obligataires privés, mais que le taux d'intérêt sur nouvelles obligations devait être clairement inférieur à  4,0 %.

« Nous estimons que la charge des intérêts doit être inférieure à 4% et qu'il faut même qu'elle soit dans un premier temps inférieure à 3,5% au moins jusqu'en 2020 », a-t-il expliqué.

L'objectif de cette restructuration est de réduire la dette de la Grèce d'environ 100 milliards d'euros, faisant passer le ratio dette/PIB de 160 à 120 %. Ce ratio devrait, selon l'UE et le FMI, permettre à la Grèce de mieux gérer son économie stagnante.

Toutefois, alors que la Grèce continuer de lutter, sans grand succès, contre son déficit budgétaire, les objectifs de 2020 semblent bien optimistes.

Un accord impossible à conclure ?

Ce différend risque d'aboutir à l'impossibilité de conclure un accord sur une restructuration volontaire entre les créanciers et le gouvernement grec, ce qui aurait de fâcheuses répercussions sur les marchés financiers.

Les négociations sur l'implication du secteur privé (PSI, « public sector involvment ») durent depuis près de sept mois et n'ont donné lieu à aucun résultat concret jusqu'à présent. Si Athènes ne parvient pas à un accord en mars, date à laquelle elle devra rembourser 14,5 milliards d'euros de dette arrivant à échéance, la Grèce pourrait entrer en défaut de paiement.

Malgré ces différends, Olli Rehn, le commissaire européen en charge des affaires économiques et monétaires, a déclaré que, selon lui, un accord sur la PSI serait conclu très bientôt.

Fonds de sauvetage permanent

En plus de la restructuration de la dette grecque, les ministres de la zone euro ont abordé la mise en oeuvre de mesures plus strictes dans le cadre d'un pacte budgétaire. Ils ont également discuté de la mise en place du fonds de sauvetage permanent de la zone euro, le mécanisme européen de stabilité (MES), qui devrait opérer à partir du mois de juillet.

Le MES disposera d'une capacité de prêt effective de 500 milliards d'euros et remplacera le Fonds européen de stabilité financière, un fonds temporaire qui a jusqu'à présent été utilisé pour renflouer l'Irlande et le Portugal et qui sera utilisé pour le second plan de sauvetage de 130 milliards d'euros accordé à la Grèce.

L'Allemagne a insisté sur le fait qu'une fois le MES en place, la capacité de prêt combinée des deux fonds serait plafonnée à 500 milliards d'euros.

Le premier ministre italien, Mario Monti, et la directrice du FMI, Christine Lagarde, ont déclaré que ce plafond devrait être augmenté, éventuellement jusqu'à mille milliards d'euros, afin de pouvoir, le cas échéant, aider de grandes économies comme l'Espagne et l'Italie.

Le Financial Times a rapporté lundi que la chancelière allemande était prête à augmenter ce plafond à 750 milliards d'euros en échange d'un accord sur des règles budgétaires plus strictes dans la zone euro, mais cette information a immédiatement été démentie par son porte-parole.

« Ce n'est pas vrai. Aucune décision de la sorte n'a été prise », a déclaré Steffen Seibert à Reuters.

M. Monti a expliqué à la presse après la réunion d'hier qu'aucune décision n'avait été prise sur le MES et que les 17 Etats de la zone euro devaient approuver toute décision à ce sujet dans le cadre d'un nouveau traité. Les responsables politiques ont affirmé que les détails devraient être peaufinés lors du sommet du 30 janvier.

Il en va de même pour le « pacte budgétaire » qui implique également un nouveau traité et qui devrait être abordé la semaine prochaine lors du sommet.

« Notre réunion sur le pacte budgétaire a été extrêmement constructive et ce texte pourra servir de base pour les discussions des chefs de gouvernement à la fin du mois », a déclaré M. Juncker, tentant d'apaiser les craintes de la Banque centrale européenne.

Une dette soutenable

Malgré des différends profonds, la Grèce et ses créanciers privés convergeraient lentement vers un accord dans le cadre duquel les obligataires encaisseraient une perte réelle de 65 à 70 % sur leurs titres grecs (une réduction nominale de 50 %), selon des sources proches des négociations.

Reste à savoir si cet accord permettrait à la Grèce de ramener sa dette de 350 milliards d'euros à un niveau que les gouvernements européens considèrent comme soutenable, et c'est là que le bât blesse.

« Une nouvelle analyse de soutenabilité de la dette pourrait être décidée lors des discussions de l'Eurogroupe », a expliqué une source du secteur bancaire à Athènes, sous le couvert de l'anonymat. « Les discussions se prolongeront cette semaine. L'objectif est d'aboutir à un accord lundi prochain » lors du sommet européen à Bruxelles.

A Berlin, Mme Lagarde a demandé aux dirigeants européens d'assortir le « pacte budgétaire » d'une forme de système de partage des risques financiers. Elle a fait allusion à des obligations ou à des bons de la zone euro, ou encore à une caisse d'amortissement de la dette.

Mme Merkel a déclaré lors d'une conférence de presse qu'il n'était pas opportun de débattre de l'augmentation du fonds de sauvetage de la zone euro.

« Je ne pense pas qu'il soit judicieux de mettre en place un nouveau système, puis d'en prévoir un autre. Faisons déjà fonctionner le MES », a-t-elle affirmé, rappelant que l'Allemagne était prête à accélérer les flux de capitaux vers le MES en amont de son entrée en vigueur à la mi-2012.

Les dirigeants de la zone euro se sont mis d'accord en octobre sur le fait que le second renflouement atteindrait 130 milliards d'euros, à condition que les obligataires privés acceptent d'effacer la moitié de la valeur nominale de leurs titres grecs.

Les perspectives économiques de la Grèce se sont toutefois détériorées depuis et les gouvernements de la zone euro ou les investisseurs devront donc contribuer davantage que prévu.