Les ministres des Affaires étrangères de l’UE se réunissent à Kiev en signe de soutien à l’Ukraine

Les ministres des Affaires étrangères de l’UE se réunissent exceptionnellement dans la capitale ukrainienne ce lundi pour une réunion informelle destinée à montrer leur soutien au pays déchiré par la guerre.

Euractiv.com
United Nations Emergency Special Session on Ukraine
« Notre soutien ne dépend pas de l’évolution de la guerre dans les jours et les semaines à venir », a déclaré Josep Borrell, Haut représentant de l’Union pour les Affaires étrangères et la Politique de sécurité lundi. [EPA-EFE/JUSTIN LANE]

Les ministres des Affaires étrangères de l’Union européenne se réunissent exceptionnellement dans la capitale ukrainienne ce lundi (2 octobre) pour une réunion informelle destinée à montrer leur soutien au pays déchiré par la guerre.

Il s’agit d’une démarche audacieuse car c’est la première fois que les ministres des Affaires étrangères de l’UE se réunissent de manière informelle dans un pays tiers qui est en guerre.

Cette réunion fait suite à une autre visite historique en février, lorsque les dirigeants de l’UE se sont rendus à Kiev pour des consultations entre la Commission européenne et le gouvernement ukrainien, ainsi que pour un sommet UE-Ukraine.

« Notre soutien ne dépend pas de l’évolution de la guerre dans les jours et les semaines à venir », a déclaré Josep Borrell, Haut représentant de l’Union pour les Affaires étrangères et la Politique de sécurité, aux journalistes à Kiev à la veille de la réunion de lundi.

Interrogé sur le vote du Congrès des États-Unis ayant validé la suspension d’une aide américaine de 6 milliards de dollars (soit 5,66 milliards d’euros) samedi (30 septembre), M. Borrell a affirmé que cette décision avait « surpris » et était regrettable.

« Je ne pense pas que cela soit définitif », a-t-il toutefois indiqué. « Le président [américain Joe] Biden a appelé le Congrès à trouver une solution. »

« Nous verrons ce qu’il se passera du côté des États-Unis, mais de notre côté, nous continuerons à les soutenir et à renforcer notre soutien », a déclaré le chef de la diplomatie de l’UE.

« Nous devons apporter un soutien permanent et structurel, car nous sommes confrontés à une menace existentielle pour l’Europe », a-t-il souligné.

L’idée de cette réunion des ministres des Affaires étrangères de l’UE en Ukraine avait été évoquée pour la première fois par Josep Borrell au début du mois de septembre, en marge de l’Assemblée générale des Nations unies à New York.

La situation s’est quelque peu normalisée dans la capitale ukrainienne, et seuls quelques barrages antichars subsistent ici et là. Les parcs et les restaurants se remplissent à nouveau, et la population recommence à vivre, loin des combats féroces qui se déroulent maintenant dans l’est du pays.

La semaine dernière encore, la Russie a lancé une importante frappe de missiles contre l’Ukraine, une attaque qui présage un hiver difficile et fait craindre une nouvelle attaque de Moscou sur les centrales électriques et d’autres infrastructures essentielles.

Samedi, Josep Borrell s’est rendu à Odessa, ville portuaire ukrainienne située sur la mer Noire, où il a qualifié de « barbares » les dégâts infligés par les récents assauts russes sur la ville.

Il a également reproché au président russe Vladimir Poutine d’avoir mis fin à un accord sur les céréales conclu sous l’égide des Nations unies, qui permettait aux exportations ukrainiennes de traverser la mer Noire malgré le blocus russe des ports, et qui était considéré comme essentiel pour lutter contre l’insécurité alimentaire dans le monde et contrôler la montée des prix des céréales.

« Malgré tout, l’Ukraine reste le principal fournisseur de céréales du Programme alimentaire mondial (PAM), ce qui constitue une raison supplémentaire pour continuer à soutenir l’Ukraine », a déclaré M. Borrell.

Garanties de sécurité et aide militaire

D’après les informations d’Euractiv, les principaux sujets à l’ordre du jour de la réunion de lundi devraient être l’intégration de l’Ukraine dans l’UE — une véritable démonstration de soutien alors que le pays se trouve dans une phase critique de sa contre-offensive contre la Russie — et l’évaluation de certaines mesures critiques, telles que l’aide militaire et un renforcement des sanctions.

En marge de la réunion de lundi avec le ministre ukrainien des Affaires étrangères, Dmytro Kuleba, les ministres des Affaires étrangères de l’UE devraient également rencontrer le président Volodymyr Zelensky.

« Nous espérons que lors des discussions à Kiev, les ministres des Affaires étrangères auront une discussion fructueuse sur les engagements en matière de sécurité », a indiqué un fonctionnaire de l’UE à Euractiv.

S’adressant aux journalistes à Kiev dimanche (1er octobre), M. Borrell a déclaré que l’Union européenne augmenterait son soutien militaire à l’Ukraine après que le Congrès américain a adopté un projet de loi de financement provisoire samedi dernier qui omet l’aide à l’Ukraine.

M. Borrell a déclaré que face à une « menace existentielle pour l’Europe », la « proposition sur la table » montrait que l’UE souhaitait augmenter l’aide militaire à l’Ukraine.

Il s’exprimait à l’issue de sa première rencontre en personne avec le ministre ukrainien de la Défense, Rustem Umerov, qui a été nommé le mois dernier.

« Nous verrons ce qu’il se passera du côté des États-Unis, mais de notre côté, nous continuerons à les soutenir et à renforcer notre soutien », a déclaré M. Borrell. « Les Ukrainiens se battent avec tout leur courage et toutes leurs capacités. Si l’UE veut qu’ils aient plus de succès, nous devons leur fournir de meilleures armes, et plus grosses. »

L’Agence nationale ukrainienne de prévention de la corruption (NACP) a annoncé vendredi (29 septembre) qu’elle avait temporairement retiré la banque hongroise OTP de la liste des « parrains internationaux de la guerre », une mesure qui, selon l’agence, visait à garantir le soutien de Budapest au dernier programme d’aide militaire de l’UE à l’Ukraine.

OTP avait été ajoutée à la liste noire — une liste constituée par l’Ukraine qui reprend les entreprises étrangères qui continuent à faire des affaires en Russie — en mai, ce qui avait incité la Hongrie à bloquer la huitième tranche d’aide militaire de l’Union européenne à l’Ukraine, soit 500 millions d’euros supplémentaires, dans le cadre de la Facilité européenne pour la paix (FEP).

Jusqu’à présent, l’UE a alloué 5,6 milliards d’euros à l’Ukraine dans le cadre de la FEP. Toutefois, les négociations au niveau de l’Union se sont avérées laborieuses, les compléments apportés au fonds se heurtant souvent à des retards ou à une opposition catégorique de la part de la Hongrie.

Le retrait temporaire de la liste noire est le résultat de négociations avec la banque et des fonctionnaires de Budapest, bien qu’un retrait permanent de la liste noire à l’avenir dépende de la volonté de la banque de mettre fin à sa coopération avec la Russie, a déclaré l’agence dans un communiqué.

« Nous avons reçu des signaux positifs concernant la tranche de 500 millions d’euros, ce qui signifie que la question pourrait évoluer au cours des prochaines semaines », a déclaré le fonctionnaire de l’UE.

Parallèlement, le service diplomatique de l’UE, le Service européen pour l’action extérieure (SEAE), avait rédigé avant l’été une proposition de « fonds d’assistance à l’Ukraine », intégré au FEP, afin d’équiper les forces armées du pays au cours des quatre prochaines années, pour un coût pouvant atteindre 20 milliards d’euros, soit 5 milliards d’euros par an.

La proposition de M. Borrell doit encore recevoir le feu vert de tous les États membres de l’UE, mais aucune décision n’a été prise à ce jour, les discussions devant avoir lieu d’ici la fin de l’année.

Perspectives d’adhésion

Les perspectives d’adhésion de l’Ukraine à l’UE seront également à l’ordre du jour de la réunion de lundi.

L’Ukraine a posé sa candidature à l’adhésion à l’UE quelques jours seulement après l’invasion russe du 24 février 2022 et s’est vu accorder le statut de candidat quelques mois plus tard, ce qui représente un signal fort de soutien.

Le commissaire chargé de l’élargissement, Olivér Várhelyi, participe à la réunion au nom de la Commission européenne, qui devrait publier son rapport annuel sur les progrès de l’élargissement dans le courant du mois.

Sur la base de ce rapport, les dirigeants de l’UE devraient décider en décembre d’ouvrir ou non les négociations d’adhésion avec l’Ukraine et, éventuellement, avec la Moldavie.

[Édité par Anne-Sophie Gayet]