Les ministres des finances du G7 au chevet de l'Espagne

Les ministres des finances du G7 participeront à une réunion d'urgence sur la crise de la dette dans la zone euro aujourd'hui (5 juin), ce qui reflète l'état alarmant de la situation de l'Espagne.

EURACTIV.fr / Reuters
Mariano Rajoy

Les ministres des finances du G7 participeront à une réunion d'urgence sur la crise de la dette dans la zone euro aujourd'hui (5 juin), ce qui reflète l'état alarmant de la situation de l'Espagne.

 

La Grèce, l'Irlande et le Portugal font tous l'objet de programmes de renflouement internationaux, ce qui inquiète les marchés financiers quant à la situation du secteur bancaire espagnol et aux élections du 17 juin en Grèce, qui pourraient mener à la sortie d'Athènes de la zone euro.

 

« Les marchés restent sceptiques et ne sont pas persuadés que les mesures prises jusqu'à présent suffisent à assurer la relance de l'Europe et à éviter l'aggravation de la crise. Nous sommes dès lors convaincus qu'il faut prendre de nouvelles mesures », a déclaré le porte-parole de la Maison Blanche, Jay Carney.

 

Le ministre canadien des finances, Jim Flaherty, a affirmé que les ministres et les banquiers centraux des Etats-Unis, du Canada, du Japon, de la Grande-Bretagne, de l'Allemagne, de la France et de l'Italie organiseraient une conférence téléphonique d'urgence qui devrait intensifier les pressions exercées sur les Européens.

 

« L'Europe est au centre de toutes les préoccupations en raison de la faiblesse de certaines de ses banques, du fait qu'elles soient sous-capitalisées, que les autres pays européens de la zone euro ne prennent pas suffisamment de mesures pour régler ce problème de sous-capitalisation et mettre au point un pare-feu adéquat », a-t-il expliqué à la presse.

 

Cette téléconférence était censée rester confidentielle, mais elle a finalement été annoncée. Elle fait suite aux propos des autorités allemandes qui ont affirmé qu'il revenait à l'Espagne de décider si elle avait besoin ou non d'une aide financière, après que la presse a rapporté que Berlin faisait pression sur Madrid à ce sujet.

 

Une source du G7, qui s'est exprimée sous le couvert de l'anonymat en raison du caractère sensible du dossier, a déclaré que nombreux étaient ceux qui craignaient des retraits massifs dans les banques de l'Espagne qui peine à recapitaliser la Bankia nationalisée et les plus petites banques frappées par l'éclatement d'une bulle immobilière.

 

« Certains s'inquiètent du fait que des retraits massifs en Espagne pourraient avoir des répercussions au-delà de la zone euro », a confié cette source à Reuters.

 

Le premier ministre espagnol, Mariano Rajoy, souhaiterait un sauvetage européen direct des banques du pays avec le soutien moral de la Commission européenne, mais l'Allemagne semble exclure la possibilité d'un « renflouement allégé » pour la quatrième économie de la zone euro.

 

Une autre source proche du dossier a expliqué que Madrid travaillait avec les institutions européennes pour trouver un moyen de refinancer ses banques via des fonds de secours sans que le gouvernement ne doive participer à un programme de renflouement complet de l'UE et du FMI.

 

« A présent, c'est la question des banques qui est la plus urgente. Des négociations sont en cours pour refinancer les banques directement sans qu'il s'agisse d'une réelle intervention. Il s'agit d'un mécanisme qui s'appliquerait à toutes les banques [européennes] et non pas uniquement aux banques espagnoles », a-t-elle ajouté.

 

Conformément aux règles en vigueur, l'Espagne pourrait contracter un prêt au fonds de sauvetage européen, le FESF, mais il serait assorti de conditions strictes et d'une supervision intrusive, ce qui coûterait très cher à M. Rajoy sur le plan politique. Le nouveau fonds de sauvetage permanent, le Mécanisme européen de stabilité (MES), devrait entrer en vigueur en juillet prochain et pourra prêter aux banques, mais la demande devra toujours être formulée par les Etats.

 

Cette source a ajouté que l'Espagne pensait que l'exécutif européen pourrait présenter un plan d'aide pour les banques lors du sommet des dirigeants européens les 28 et 29 juin prochains.

 

Le commissaire aux affaires économiques et monétaires, Olli Rehn, a annoncé que Bruxelles envisageait une recapitalisation directe des banques via le MES, mais que cela demeurait impossible dans le cadre du traité qui est en train d'être ratifié par les Etats membres.

 

« Cela ne fait pas partie du traité du MES pour l'instant, mais nous pensons qu'il est important d'envisager cette alternative pour la recapitalisation directe des banques, dans la mesure où nous progressons dans les discussions sur les différentes manières possibles de créer une union bancaire », a expliqué M. Rehn.

 

L'Allemagne, le principal contributeur au fonds de sauvetage, s'oppose à une modification du traité du MES qui permettrait une recapitalisation directe des banques et elle dispose d'un droit de veto. Berlin estime que seul un programme officiel approuvé par les parlements nationaux permettrait une supervision internationale convenable de la manière dont les aides sont dépensées.