Les nouvelles règles sur les carburants maritimes pourraient coûter des milliards d’euros
Les règles européennes contre la pollution générée par les bateaux devraient requérir des milliards d'euros d’investissement de la part des sociétés de transport dans des technologies de filtrage et de la part des raffineries qui devront se moderniser pour produire des carburants plus propres. Ces industries estiment qu’elles peuvent difficilement se permettre de prendre de telles mesures.
Les règles européennes contre la pollution générée par les bateaux devraient requérir des milliards d'euros d’investissement de la part des sociétés de transport dans des technologies de filtrage et de la part des raffineries qui devront se moderniser pour produire des carburants plus propres. Ces industries estiment qu’elles peuvent difficilement se permettre de prendre de telles mesures.
Le secteur du transport maritime est déjà en difficulté en raison de la faible demande mondiale et de sa surcapacité, ce qui a porté les taux de fret à des niveaux non rentables pour de nombreux opérateurs. Les raffineries européennes sont sous pression à cause des prix élevés du pétrole brut, du faible prix des importations de produits raffinés et de la faiblesse de la demande.
Pour se conformer aux nouvelles lois de l'Union européenne, les entreprises de transport maritime sont confrontées à des coûts supplémentaires de l'ordre de 2,6 à 11 milliards d'euros, car elles doivent changer de carburant ou installer des filtres d'échappement afin d'isoler les particules de soufre présentes dans les carburants maritimes.
Ces nouvelles règles imposent de faire passer la teneur en soufre des carburants de 1 à 0,1 % d'ici 2015 dans les « zones de contrôle des émissions de soufre » de la mer Baltique, la mer du Nord et la Manche. Dans les autres eaux de l'UE, cette teneur sera limitée à 0,5 % d'ici 2020, conformément aux règles de l'Organisation maritime internationale.
Les règles européennes ont déjà forcé les navires à réduire leurs émissions de soufre dans les zones portuaires.
Avoir recours au diesel maritime plus propre serait une solution rapide pour atteindre ces exigences, mais ce carburant s'échange actuellement à 284 euros de plus par tonne que le mazout, qui contient entre 1 et 3,5 % de soufre et est plus communément utilisé.
Pénurie de diesel
De plus, l'Europe manque de diesel d'un point de vue structurel. Ses raffineries plutôt anciennes et moins développées ne peuvent pas être équipées pour produire plus de diesel sans un investissement significatif et des fermetures de longue durée. Moderniser les centrales pour qu'elles produisent plus de diesel pourrait coûter 400 millions d'euros au bas mot.
Alterner les carburants lorsque les bateaux entrent en zone de faible émission de soufre pourrait endommager leurs moteurs, a expliqué Sigurd Jenssen, directeur de l'épuration des gaz d'échappement de la société d'ingénierie Wärtsila Environmental Solutions à Helsinki.
Autre solution : les bateaux pourraient avoir recours à des filtres d'échappement ou des « épurateurs » pour empêcher le soufre du carburant de s'échapper dans l'environnement. Cela permettrait de transformer l'oxyde de souffre nocif en des sulfates neutres qui pourraient alors être déversés en mer.
Les épurateurs en question ressemblent à de grands pots d'échappement et leur prix varie en fonction de la taille du moteur. Pour un moteur Suezmax de 150 000 tonnes et 14 mégawatts, l'épurateur nécessaire pèserait plus de 22 tonnes, et 86 tonnes pour un moteur de 55 mégawatts.
Selon Lindsay Sword, analyste senior chez Wood Mackenzie à Londres, ces installations devraient devenir la nouvelle norme sur les bateaux.
« Cette technologie n'est pas encore très avancée ou très utilisée, mais nous ne voyons pas d'autres solutions pour le secteur mondial du raffinage », a-t-elle expliqué.
« Que pourront-ils ajouter à leurs carburants pour réduire une teneur en soufre aujourd'hui à 3,5 % ? Ils auraient besoin d'un produit à très faible teneur en soufre. Cela n'aurait aucun sens pour eux d'un point de vue économique. »
Cette technique a dépassé les obstacles réglementaires et commence à être utilisée.
Le fabricant d'épurateurs Hamworthy, une branche britannique du finlandais Wärtsila, a vendu ses premiers produits à usage commercial au début de l'année. Son principal concurrent, le suédois Alfa Laval, a lui aussi récemment vendu ses premiers produits.