Les ONG refusent de participer à un nouveau Grenelle sur l’efficacité énergétique
Alors que la mise en œuvre concrète des mesures issues du Grenelle de l’environnement n’a toujours pas eu lieu, la ministre de l’Ecologie lance une nouvelle table ronde sur l’efficacité énergétique.
Alors que la mise en œuvre concrète des mesures issues du Grenelle de l’environnement n’a toujours pas eu lieu, la ministre de l’Ecologie lance une nouvelle table ronde sur l’efficacité énergétique.
Pas question de relancer le débat sur l’efficacité énergétique sans mettre en œuvre, au préalable, les mesures issues du Grenelle de l’environnement. C’est en substance ce qu’ont répondu les ONG du Réseau Action Climat (Greenpeace, WWF, etc.), dans une lettre adressée à la ministre de l’Environnement Nathalie Kosciusko-Morizet, mercredi 1er juin.
En cause, une nouvelle table ronde nationale engagée par le gouvernement afin de proposer un plan d’action pour l’efficacité énergétique d’ici le début de l’année 2012.
Trois groupes de travail seront constitués. Le premier portera sur les ménages et la réduction de leur facture énergétique, le second sur les entreprises et leur compétitivité, et le troisième sur l’exemplarité des pouvoir publics.
Les efforts fournis actuellement par la France permettront une amélioration de l’efficacité énergétique de 17% d’ici 2020, a expliqué Nathalie Kosciusko-Morizet lors d’une conférence de presse, mardi 31 mai. Même si le pays « fait partie des meilleurs élèves en Europe », la ministre veut atteindre les 20% prévu par les dirigeants de l’UE.
Pour cela, il faudra encore améliorer l’efficacité énergétique de 3% chaque année, ce qui est loin d’être le cas depuis la crise financière de 2008.
Mettre en oeuvre le Grenelle
Mais le Réseau Action Climat estime que l’ensemble des sujets abordés par cette nouvelle table ronde « a déjà fait l’objet d’engagements de la part du gouvernement », au niveau européen ou dans le cadre du Grenelle de l’environnement de 2007.
C’est la mise en oeuvre de ces objectifs qui fait défaut. En matière d’habitat notamment, les décrets d’application manquent toujours pour parvenir à une réduction de la consommation d’énergie des bâtiments anciens de 38%, d’ici 2020.
De même que les collectivités territoriales attendent toujours les décrets relatifs aux schémas régionaux climat air énergie (SRCAE), qui doivent être co-élaborés par les préfets de région et les présidents de conseils régionaux d’ici le mois de juillet 2011.
Concernant les transports, la taxe poids lourd, qui devait voir le jour en 2010, n’a toujours pas été mise en place et a été reportée à 2012.
Enfin, la directive européenne éco-conception de 2005, censée établir un cadre pour la fixation d’exigences en matière d’efficacité énergétique et environnementale des produits, a été transposée de manière trop restreinte.
Eluder le nucléaire ?
Par ailleurs, les ONG semblent très sceptiques sur le calendrier adopté par la ministre. Les discussions vont durer six mois et s’arrêter en pleine campagne présidentielle. Une periode peu propice à l’adoption de nouvelles mesures, d’autant plus que les engagements tirés des lois du Grenelle 1 et 2 sont en suspens, expliquent-elles.
En plein débat sur le nucléaire et les gaz de schistes, après l’accident de Fukushima et la décision allemande d’arrêter ses centrales nucléaires au cours de la prochaine décennie, le gouvernement chercherait-il à éluder le débat sur la production d’énergie ? C’est en tout cas ce qu’affirme l’eurodéputé Yannick Jadot (Verts/ALE), dans un communiqué de presse dénonçant l’ « exercice de communication » du gouvernement.
« Alors que les objectifs du Grenelle de l’environnement ne seront donc certainement pas atteints, la ministre nous en annonce un nouveau : 20% d’efficacité énergétique en plus d’ici 2020. Un bel effet d’annonce qui ne coûte pas cher : il s’agit en effet de l’objectif que l’Europe s’est fixée… il y a 4 ans », déclare-t-il.