Les Palestiniens entrent à l'UNESCO et condamnent la décision des Etats-Unis

Aujourd'hui (31 octobre), un haut conseiller du président palestinien, Mahmoud Abbas, a qualifié de « crime » la décision des Etats-Unis de ne plus financer l'UNESCO, quelques heures après que l'organisation culturelle de l'ONU a voté pour accorder à la Palestine le statut de membre à part entière.

EURACTIV.com
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Aujourd'hui (31 octobre), un haut conseiller du président palestinien, Mahmoud Abbas, a qualifié de « crime » la décision des Etats-Unis de ne plus financer l'UNESCO, quelques heures après que l'organisation culturelle de l'ONU a voté pour accorder à la Palestine le statut de membre à part entière.

Le retrait des financements américains à l'Unesco représente « un crime et une punition collective typique », a déclaré à EURACTIV Nabil Shaath, le chef de la politique étrangère du Fatah, le mouvement à la tête de l'Autorité palestinienne.

« Les États-Unis ont soutenu l'adhésion totale à l'ONU des Îles Cook, une petite communauté du Pacifique sous la tutelle de la Nouvelle-Zélande, et ils retirent leurs financements sous prétexte que les Palestiniens souhaitent rejoindre l'Unesco ? C'est une décision ridicule et scandaleuse », a-t-il déclaré.

Plus tôt dans la journée du 31 octobre, l'Organisation des Nations unies pour l'éducation, la science et la culture (Unesco) s'était prononcée en faveur de l'adhésion complète de la « Palestine » à leur organisme, avec une majorité de 107 voix contre 14.

Cinquante-deux pays se sont abstenus lors du vote qualifié par M. Shaat de « test » en vue d'une adhésion totale à l'ONU prévue ce mois-ci.

Les Etats membres de l'UE étaient divisés sur le vote final de l'Unesco. L'Allemagne et les Pays-Bas ont voté contre, la France a donné un vote favorable, et le Royaume-Uni et l'Italie se sont abstenus.

Peu après ce vote à l'Unesco, un collaborateur du département d'Etat américain proche du dossier a confié à EURACTIV que les États-Unis seraient désormais légalement tenus de mettre un terme à leur contribution annuelle à l'UNESCO, qui s'élève aujourd'hui à 80 millions de dollars (58 millions d'euros) — soit environ 22 % de ses financements.

« Je crois comprendre que l'action de [l'UNESCO] est à l'origine des restrictions législatives qui entraîneront la suspension des financements » a-t-il déclaré.

« Par conséquent, les États-Unis ne seront pas en mesure de verser la tranche de financement normalement prévue pour l'Unesco à cette époque ».

Après le vote, les autorités israéliennes ont également annoncé qu'elles allaient reconsidérer leur coopération avec l'Unesco. L'ambassadeur israélien auprès de l'Unesco, Nimrod Barkan, a qualifié ce vote de « tragédie ».

Pas de position européenne commune

Le doute planait sur la possibilité d'une position européenne commune face à la décision américaine de suspendre ses financements.

« Nous lançons un appel général à continuer à soutenir les missions de l'Unesco sur le maintien de la paix, la lutte contre la pauvreté et le dialogue interculturel », a déclaré à EURACTIV un porte-parole de l'UE. « Nous invitons donc toutes les parties concernées à prendre le temps de réfléchir avant de passer à l'acte ».

Dans les coulisses, l'UE soutient les efforts pour que le dialogue reprenne entre les membres du Quatuor — les États-Unis, l'ONU, l'UE et la Russie — et propose en contrepartie « le développement des relations bilatérales avec le Parlement européen ».

De même que Washington, l'UE défend toutefois l'idée que la reconnaissance d'un Etat palestinien par l'ONU devrait survenir à la suite d'un accord entre Palestiniens et Israéliens. Selon l'Union, l'adhésion à d'autres organisations, telles que l'Unesco, devrait donc avoir lieu après la conclusion d'un accord. 

Selon les Palestiniens, les 20 années de négociations n'ont mené à rien de plus qu'une prolifération des colonies de peuplement israéliennes, et par conséquent à des pertes de territoire.

« Apparemment, les Européens ne peuvent ni s'allier contre nous, ni avec nous », a commenté M. Shaath. « C'est regrettable », a-t-il ajouté.

Il a exhorté l'UE à « mettre de l'ordre dans ses affaires » et à « prendre des mesures plus ambitieuses » pour le Moyen-Orient, à une époque où les États-Unis se préoccupent surtout des campagnes de réélection.

« L'UE ne veut pas mettre les États-Unis en colère », a-t-il affirmé.  « Mais cela aurait été le moment idéal pour que l'Europe prenne un chemin différent de celui des Américains. »

Toutefois, l'Union reste attentive aux sensibilités nationales et religieuses au sein d'Israël à propos des sites géographiques qui font partie du patrimoine dans la bande de Gaza.

Parmi ces lieux, on trouve : la basilique de la Nativité à Bethléem, lieu supposé de la naissance du Christ; le Tombeau des patriarches à Hébron, où Abraham, Isaac et Jacob (ainsi que leurs épouses) seraient enterrés; la mer Morte, l'une des destinations touristiques les plus populaires dans cette région; et, finalement, la mosquée d'Al-Aqsa et le Mur occidental dans la partie Est de Jérusalem, considérée comme le troisième lieu saint dans l'Islam et le lieu le plus sacré pour de nombreux juifs religieux. 

« La souveraineté de ces lieux très importants est âprement disputée », a déclaré à EURACTIV Yoel Mester, le conseiller politique de l'ambassadeur d'Israël à Bruxelles.

Selon l'interprétation du droit international reconnue par tous les pays à l'exception d'Israël, ces sites sacrés sont situés en territoire palestinien.

« Nous revendiquons également la souveraineté de ces sites », a insisté M. Mester, « alors avant de se précipiter à un forum international tel que l'Unesco, la meilleure chose à faire serait de régler ce problème de souveraineté des territoires et des sites entre les deux parties ».

La suspension des financements américains à l'Unesco est « une preuve […] que ce mouvement unilatéral des Palestiniens ne fera que compliquer la situation ».

Le 11 novembre, le Conseil de sécurité de l'ONU devrait se prononcer sur l'octroi du statut de membres à part entière aux Palestiniens, par le biais d'un vote. Si la majorité requise est atteinte, les États-Unis devraient alors user de leur droit de veto.

M. Shaath a déclaré que si cela devait se produire, les Palestiniens poseraient leur candidature à l'Assemblée générale de l'ONU, afin d'avoir accès à d'autres organisations internationales telles que la Cour de justice internationale de La Haye.  

« Je ne sais pas si nous ferons [pression en faveur d'un vote] immédiatement, mais nous finirons par en référer à l'Assemblée », a-t-il affirmé.

En cas d'échec, il n'a pas exclu la possibilité de voir le président Abbas dissoudre l'Autorité palestinienne.

« Cela reste une option », a-t-il commenté. « Il en existe beaucoup d'autres, qui sont certainement plus constructives, mais quand on perd espoir dans les mécanismes de la communauté internationale, on doit pouvoir disposer de plusieurs options. »

Le 2 décembre, l'Etat palestinien « naissant » recevra l'approbation de facto des pays sud-américains du Mercosur, à l'occasion de la signature d'un accord de libre-échange à Montevideo.