Les polémiques autour des consignes de vote au cœur du second tour des élections législatives
Le flou autour des consignes de vote par les principaux partis politiques est au cœur de la campagne du second tour des élections législatives de dimanche (19 juin) et semble remettre en question l'existence du "front républicain" face à l'extrême droite.
Le flou autour des consignes de vote par les principaux partis politiques est au cœur de la campagne du second tour des élections législatives de dimanche (19 juin) et semble remettre en question l’existence du « front républicain » face à l’extrême droite.
Tout commence au soir du premier tour des élections législatives dimanche dernier (12 juin), quand Première ministre Elisabeth Borne appelle à donner une majorité absolue au président Emmanuel Macron.
« Face aux extrêmes, nous ne céderons rien » dit-elle, sans donner de consigne de vote précise sur le moment, en renvoyant ainsi dos-à-dos la coalition de gauche NUPES, dominée par la gauche radicale de Jean-Luc Mélenchon, et le parti d’extrême droite Rassemblement National.
Le camp mélenchoniste est vite monté au créneau, dénonçant l’ambiguïté des soutiens du président réélu en avril grâce – entre autres – à la mobilisation contre Marine Le Pen, candidate RN.
Fabien Roussel, Secrétaire national du Parti Communiste Français (PCF) et candidat aux législatives dans le Nord, a par ailleurs relevé dans un Tweet qu’ « Elisabeth Borne refuserait d’appeler au barrage républicain face à l’extrême droite », alors qu’il fait face au candidat RN Guillaume Florquin.
Pour contrer la polémique montante, la Première ministre a réagi dans la foulée, en assurant le communiste de son plein soutien dans ce duel spécifique, en tant que « candidat qui respecte les valeurs républicaines ».
Depuis, la coalition présidentielle tente de parler d’une voix unique : « pas une seule voix au Rassemblement national », lance Olivia Grégoire, porte-parole du gouvernement, après quelques atermoiements.
Même son de cloche chez Clément Beaune, ministre délégué chargé de l’Europe et candidat – en difficulté – dans la 7e circonscription de Paris face à la candidate NUPES Caroline Mécary : « J’ai toujours été extrêmement clair : quand l’extrême droite a un adversaire, je vote pour l’adversaire de l’extrême droite », a-t-il expliqué au micro de France Info jeudi (16 juin).
Champ libre pour les électeurs NUPES, « ni-ni » pour le RN
Au sein de la NUPES, le choix a été fait de laisser la responsabilité aux électeurs lors de duels Ensemble-RN (il y en a 108). Un positionnement identique à la décision de Jean-Luc Mélenchon, à l’aube du second tour des présidentielles d’avril dernier, qui, en exhortant les électeurs à ne « pas donner une seule voix à Marine Le Pen », n’appelait pas pour autant à voter pour M. Macron.
Quant à Marine Le Pen, elle a donné le ton dès les résultats du second tour : il ne faut « pas choisir entre les destructeurs d’en haut et les destructeurs d’en bas » et entre « ceux qui veulent vous priver de vos droits et ceux qui veulent vous priver de vos biens ».
Consigne confirmée lors d’une interview chez France Inter jeudi (16 juin) : « s’il y a un duel LREM-Nupes, je vous suggère de ne pas voter ».
Consignes nationales contre réalités locales
Des flous persistent en revanche entre les consignes au niveau national et les réalités du terrain.
De fait, les positionnements de chaque candidat macronistre éliminé ayant dans sa circonscription un NUPES-RN ne suivent pas toujours la ligne de l’état-major. Un décompte de France Info souligne que sur 61 duels NUPES-RN, « 38 des candidats macronistes battus au premier tour ne donnent pas de consignes de vote ».
Quant aux huit triangulaires NUPES-RN-Ensemble initialement prévues, les positionnements se font au cas par cas. Ainsi de la candidate NUPES de la 1ere circonscription du Lot-et-Garonne, Maryse Combres, qui a annoncé mercredi (15 juin) retirer sa candidature : « La configuration de ce premier tour en triangulaire, avec la présence dangereuse d’un candidat de l’extrême droite, ne permet pas de maintenir sereinement une candidature de la NUPES » a-t-elle indiqué.
Autre ambiance dans la 2e circonscription de la Nièvre, où Europe Ecologie Les Verts (EELV), pourtant membre de la NUPES, a appelé à voter pour le candidat Ensemble arrivé en deuxième position derrière le RN. La candidate NUPES Marie-Anne Guillemain a confirmé vouloir se maintenir.
Idem dans la 2e circonscription du Lot-et-Garonne, où Ensemble a exhorté son candidat, Alexandre Freschi, arrivé troisième, à se désister pour soutenir le candidat NUPES Christophe Courrègelongue, en deuxième position face au RN. Peine perdue : M. Freschi ne souhaite pas abandonner. Le parti présidentiel a communiqué en appelant les électeurs à voter pour le candidat de gauche, malgré le maintien de son candidat.
Un « front républicain » mis à mal
La question des consignes de vote reste donc d’actualité, au risque de créer de nouvelles polémiques à quelques jours du second tour.
De telles divisions trahissent par ailleurs un schisme majeur dans le rôle même que jouent les consignes de vote : fût un temps où les candidats déchus appelaient explicitement à en élire un autre. Aujourd’hui, certains responsables politiques se bornent à appeler à voter « contre ».
Le « front républicain » n’est plus, pour certains, une évidence : le blocage automatique face à l’extrême droite a fait long feu, tandis que de nombreux candidats assument une position de « ni-ni ».
[Davide Basso a contribué à la rédaction de cet article]