Les Républicains s’apprêtent à choisir leur chef, pour continuer de compter

Euractiv France
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Les 3 et 4 décembre, les militants Les Républicains (LR) sont appelés à élire le futur président de leur parti, en ligne, avant un second tour organisé le week-end du 10 décembre. [Shutterstock/ricochet64]

Le premier tour du congrès Les Républicains se déroulera samedi et dimanche (3-4 décembre) pour départager qui d’Éric Ciotti, Bruno Retailleau et Aurélien Pradié sera le nouveau chef du parti historique de la droite française pour les années à venir, après plusieurs défaites cinglantes à l’élection présidentielle.

Les 3 et 4 décembre, les militants Les Républicains (LR) sont appelés à élire le futur président de leur parti, en ligne, avant un second tour organisé le week-end du 10 décembre.

Après plusieurs mois de campagne interne, le constat est celui d’un parti, Les Républicains, en quête d’une place entre le marteau et l’enclume, à savoir Emmanuel Macron et Marine Le Pen – pas forcément dans le même ordre.

« Nous avons besoin de nous élargir en nous adressant à d’autres personnes qu’au socle des militants LR », analyse Aurélie Assouline, adjointe au maire du 17e arrondissement de Paris et proche soutien d’Aurélien Pradié auprès d’EURACTIV France.

En effet, après l’OPA du président sur une bonne partie de l’électorat LR d’une part et la dédiabolisation de Marine Le Pen d’autre part, sans oublier l’attrait exercé par Éric Zemmour, Les Républicains terminaient la course présidentielle, endettés et exténués, à 4,8 %. L’espace politique de la droite libérale-conservatrice, restée sur le banc de touche pendant trois élections présidentielles consécutives (2012, 2017, 2022), s’est ainsi largement restreint.

C’est dans ce contexte, que les trois candidats à la présidence des Républicains espèrent ressusciter le parti héritier du gaullisme, du RPR de Jacques Chirac et l’UMP de Nicolas Sarkozy, qui ont gouverné la France pendant des décennies. Deux vieux éléphants, le député niçois Éric Ciotti et le sénateur de Vendée Bruno Retailleau, et un jeune fauve, Aurélien Pradié, le député du Lot, se disputent la place.

Éric Ciotti et Bruno Retailleau ont largement axé leur campagne autour de l’immigration et de la sécurité. La crise diplomatique avec l’Italie autour de l’accueil des migrants secourus par l’Ocean Viking était une occasion en or pour attaquer le gouvernement, s’en distinguer et muscler un discours sécuritaire.

Mais Éric Ciotti est apparu souvent comme le plus dur, lorsqu’il a souhaité l’expulsion « automatique » des étrangers en parallèle d’une diminution sans précédent de l’immigration.

Autant de points que ses deux concurrents partagent, et qui rivalisent d’idées pour se distinguer.

Aurélien Pradié tente, tant bien que mal, d’ « élargir les sujets de réflexion d’un parti trop recroquevillé sur l’immigration et la sécurité », selon une source interne au parti, en parlant de santé, d’enseignement, d’Europe, d’énergie. Il n’est pas le favori, certes, mais représente à ce titre un « espoir », à l’heure où « la ligne du parti s’est portée très très à droite », poursuit la source.

Tandis que Bruno Retailleau s’est régulièrement insurgé contre le wokisme et la bien-pensance d’une classe politique et médiatique trop sensible aux chantages de l’extrême gauche – selon ses mots.

Ni Le Pen ni Macron

Un élément rapproche les prétendants à la présidence de LR : le refus de se rapprocher tant avec le lepénisme qu’avec le macronisme. Rien d’étonnant, si ce n’est dans le risque de mettre leurs adversaires centristes et d’extrême droite sur un pied d’égalité.

Pour ne pas être soupçonné de livrer le parti au jeune président récemment réélu, Éric Ciotti a même martelé pendant la campagne qu’il n’avait « jamais voté pour Emmanuel Macron ». Pas au premier tour des deux dernières élections – cela va sans dire – mais pas même au second tour, qui a vu s’affronter M. Macron et Mme Le Pen à deux reprises. Et d’ajouter, en pleine campagne présidentielle, qu’entre le candidat d’extrême droite Éric Zemmour et Emmanuel Macron, il choisirait le premier sans hésiter.

Jadis marginal à droite, le discours de M. Ciotti a fini par devenir acceptable dans un parti qui prônait le cordon sanitaire avec l’extrême droite. « La politique d’Emmanuel Macron est catastrophique », selon Mme Assouline, qui concède que pourtant que le président « reste un républicain », à la différence de l’extrême droite.

Une manière pour l’élue parisienne de se désoler des risques d’une porosité avec l’extrême droite : « un parti extrême au pouvoir serait un drame pour la France », conclut-elle. Autant d’inquiétudes exprimées par d’autres militants également, qui rappellent que « de nombreux élus ont menacé de rendre leur carte [du parti] si Éric Ciotti était élu ».

C’était, par exemple, déjà chose faite pour le maire de Toulouse Jean-Luc Moudenc, qui a quitté le parti début novembre face à la dérive trop droitière du mouvement, ou encore pour d’autres personnalités historiques de la droite ayant notamment rejoint Emmanuel Macron lors de l’élection présidentielle.

Aucun sondage n’a été divulgué ni n’est possible vu la spécificité du corps électoral composé des militants LR, appelés aux urnes – en ligne – les 3 et 4 décembre pour le premier tour, et le week-end suivant pour le second.

En tout état de cause, selon plusieurs de nos interlocuteurs en première ligne de cette campagne, « cette élection a des enjeux importants et graves » en ce qu’elle déterminera, veulent-ils croire, « non seulement l’avenir du parti, mais aussi celui du pays ».