Les sanctions et les guerres commerciales au cœur du forum d’Astana
La politique occidentale de sanctions à l’encontre de la Russie n’est pas exempte de critiques, en particulier en Asie centrale, selon les intervenants du premier Forum international d’Astana (AIF).
La politique occidentale de sanctions à l’encontre de la Russie n’est pas exempte de critiques, en particulier en Asie centrale, selon les intervenants du premier Forum international d’Astana (AIF), qui s’est ouvert jeudi (8 juin) dans la capitale kazakhe.
Selon des diplomates, l’AIF est une version améliorée du Forum économique d’Astana, qui se tient chaque année depuis 2008. L’éventail de l’AIF est cependant plus large des sujets tels que le climat, la sécurité alimentaire et énergétique y sont également abordés. Son ambition de rassembler des participants du monde entier.
Plus important encore, l’AIF se déroule dans le contexte de l’agression russe contre l’Ukraine, alors que le Kazakhstan, qui entretient des liens étroits avec Moscou, maintient une politique de neutralité.
Dans son discours lors de la session plénière, le président kazakh Kassym-Jomart Tokaïev a décrit l’époque actuelle comme « une période de tensions géopolitiques sans précédent » caractérisée par « un processus de destruction des fondements mêmes de l’ordre mondial qui a été construit depuis la création des Nations unies ».
Il a déclaré que le système mondial devait fonctionner pour tous, en apportant la paix et la prospérité au plus grand nombre, et non à une minorité.
M. Tokaïev estime que ces confrontations comprennent des sanctions et des guerres commerciales, des politiques d’endettement ciblées, un accès réduit ou une exclusion du financement, ainsi qu’un filtrage des investissements.
« Ensemble, ces facteurs sapent progressivement les fondations sur lesquelles reposent la paix et la prospérité mondiales de ces dernières décennies : le libre-échange, l’investissement mondial, l’innovation et la concurrence loyale », a expliqué M. Tokaïev.
Selon lui, cela se traduit par des « menaces existentielles ».
« Tout cela survient précisément au moment où nous devons de toute urgence nous concentrer sur la menace existentielle représentée par le changement climatique », a-t-il poursuivi.
Fragmentation
La directrice du Fonds monétaire international (FMI), Kristalina Georgieva, qui a pris la parole aux côtés de dirigeants d’agences des Nations unies et de chefs d’État de la région, s’est concentrée sur la « fragmentation » du commerce mondial, responsable selon elle de sombres perspectives de l’économie mondiale.
Elle a mis en garde contre le fait de se tourner vers des alliances politiques plutôt que vers une logique économique, ajoutant que ce qui l’inquiétait le plus était que « nous agissons collectivement en permettant aux forces de la fragmentation de nuire aux perspectives de reprise économique ».
Mme Georgieva a déjà mis en garde contre la « fragmentation » due à la combinaison de la pandémie de Covid-19, de la guerre en Ukraine, des pressions exercées par les principales économies pour réduire leur dépendance à l’égard de la Chine et des lacunes de la mondialisation qui ont conduit à un éclatement potentiellement dangereux.
« Si nous autorisons le commerce en blocs séparés, le coût pour le monde atteindra 7 % du PIB mondial, ce qui équivaut à anéantir les économies de l’Allemagne et du Japon », a-t-elle déclaré.
Mme Georgieva a félicité le Kazakhstan pour avoir démontré le « pouvoir de la transformation » et obtenu des résultats « époustouflants » depuis son indépendance il y a plus de 30 ans.
Elle a indiqué avoir notifié à M. Tokaïev, plus tôt dans la matinée, que le FMI avait revu à la hausse les projections de croissance pour le Kazakhstan d’un demi-point de pourcentage, pour atteindre 5 % cette année. En revanche, la croissance mondiale ralentit pour atteindre seulement 2,8 %.
Thierry de Montbrial, président exécutif de l’Institut français des relations internationales (IFRI), a également mis l’accent sur les conséquences à long terme de la politique occidentale de sanctions.
« Nous militons pour le commerce sans réaliser que cela aura des conséquences à long terme », a-t-il déclaré, ajoutant que l’Occident avait « perdu la capacité de penser stratégiquement ».
Les deux armes de l’UE
M. de Montbrial a également indiqué que l’UE ne disposait que de « deux armes » : les sanctions contre ses détracteurs et les promesses d’élargissement à ses alliés les plus proches. Mais il a ajouté que ces deux armes étaient tout aussi inadéquates l’une que l’autre, étant donné le risque que la promesse d’élargissement, si elle était tenue, conduise l’UE « à son effondrement ».
Parmi les orateurs du premier jour de la conférence, seul l’ancien chef de la Commission européenne, José Manuel Barroso, a défendu les sanctions de l’UE.
En outre, EURACTIV s’est entretenu à Astana avec des diplomates de l’UE qui ont évalué positivement les efforts du Kazakhstan pour ne pas être utilisé comme un territoire pour contourner les sanctions occidentales imposées à la Russie, malgré la relation étroite avec son voisin.
La visite de l’envoyé spécial international pour la mise en œuvre des sanctions de l’UE, David O’Sullivan, à Astana les 24 et 25 avril dernier, aurait suscité beaucoup d’« intérêt » du côté kazakh, tant au niveau officiel qu’au niveau des entreprises.
Certaines sources de l’UE ont également souligné la nécessité de cesser d’exporter le « butin de guerre » russe via le Kazakhstan et a fournir à Astana une liste des biens concernés.
Il est à noter qu’aucun citoyen russe de premier plan n’a participé à la conférence à Astana. Selon un diplomate européen, l’AIF remplacerait déjà le célèbre Forum économique de Saint-Pétersbourg.