Les socialistes européens rechignent à sanctionner la Russie

Les socialistes européens ont voté contre une résolution concernant South Stream. Ils craignent que l’arrêt du projet de gazoduc ne se répercute sur l’approvisionnement de gaz en Bulgarie.

EURACTIV.com
Ceremony to mark start of  Bulgarian South Stream construction. [Gazprom]
Ceremony to mark start of Bulgarian South Stream construction. [Gazprom]

Les socialistes européens ont voté contre une résolution concernant South Stream. Ils craignent que l’arrêt du projet de gazoduc ne se répercute sur l’approvisionnement de gaz en Bulgarie.

« Ce n’est pas le moment approprié » de déposer une résolution visant entre autres à mettre un terme au projet de gazoduc South Stream, a déclaré Knut Fleckenstein, eurodéputé allemand socialiste, au cours d’un débat à Strasbourg.

Les cinq grands groupes politiques au Parlement avaient pris part à la rédaction de cette résolution. Mais les membres du parti S&D ont fini par retirer leur soutien, en raison d’un paragraphe sur la construction du gazoduc South Stream dans le sud-est de l’Europe, un projet porté par la Russie.

Le texte litigieux stipulait que « le Parlement européen estime que le gazoduc South Stream ne devrait pas être construit et que l’Union devrait rechercher d’autres sources d’approvisionnement », selon le paragraphe 28 de la résolution.

La Bulgarie en détresse

Le projet South Stream a vu le jour en 2007 à la suite de l’échec du gazoduc Nabucco. Son objectif est d’assurer l’approvisionnement en gaz naturel vers la Bulgarie, la Serbie, la Slovénie, la Hongrie et finalement l’Italie. L’année dernière, en pleine crise ukrainienne, la Commission européenne a pourtant suspendu les discussions avec Moscou sur le gazoduc, car elle estimait que les accords en question ne respectaient pas la législation européenne. Certains pays fortement dépendants du gaz russe se sont retrouvés alors dans la tourmente.

>> Lire : Un bras de fer s’engage entre Bruxelles et la Russie sur South Stream

« South Stream est un projet d’infrastructure à long terme d’une importance stratégique », a déclaré à la presse le ministre bulgare de l’Énergie, Dragomir Stoynev le 17 avril dernier. « [L’UE] souhaite maintenant mettre un terme à South Stream.Comment allons-nous nous développer ?La crise montre que la sécurité d’approvisionnement en gaz n’est pas assurée en Bulgarie », a-t-il poursuivi.

Les eurodéputés bulgares ont soulevé les mêmes inquiétudes à Strasbourg lors d’un débat auquel assistait le commissaire européen en charge de la politique européenne de voisinage. L’eurodéputée Iliana Yotova a demandé à la Commission si elle avait évalué quel pays serait le plus touché par l’arrêt du projet. Le gel d’approvisionnement en gaz par la Russie en 2009 a coûté 250 millions d’euros aux Bulgares, rappelle-t-elle. Elle demande « des garanties pour contrebalancer les conséquences » en cas d’une éventuelle escalade des sanctions.

Le ministre bulgare de l’Énergie a abordé les questions les plus urgentes au niveau national.« Pourquoi ne coupe-t-on pas l’approvisionnement en gaz passant par North Stream ? Voilà une mesure concrète. On dirait que South Stream devrait être sacrifié et que nous devrions nous en accommoder. Non, le gouvernement bulgare défendra les intérêts nationaux », a-t-il déclaré à Reuters.

La Bulgarie est fortement dépendante du gaz russe, à l’instar de nombreux pays d’Europe orientale, comme la Slovaquie ou la Hongrie. La plupart de ces États s’opposent d’ailleurs à de lourdes sanctions à l’encontre de Moscou.

Dialogue vs sanction ?

Les socialistes et démocrates du Parlement européen privilégient le « dialogue » à la confrontation, à l’inverse des partis de droite.

Hannes Swoboda, le chef de file du S&D, a ainsi déclaré :« Le dialogue doit maintenant être privilégié à l’agression verbale et militaire. »

Il a également exprimé ses inquiétudes quant à la « propagande » effectuée par la minorité russophone en Ukraine

« Tout en respectant l’indépendance et la souveraineté de l’Ukraine, nous devons garantir à la Russie qu’elle n’a pas de raisons légitimes de s’inquiéter de [la situation] des citoyens russophones en Ukraine. Une politique d’inclusion est la meilleure défense contre une agression injustifiée de la Russie », a indiqué l’eurodéputé autrichien dans un communiqué de presse.

Ces derniers temps, les pays, qui sont tributaires de la Russie pour l’approvisionnement en gaz, ne sont toutefois pas les seuls à exprimer leurs doutes sur l’efficacité des sanctions.

Didier Reynders, le ministre belge des Affaires étrangères, a par exemple expliqué lors d’un entretien à Bel RTL qu’il soutenait de « véritables sanctions économiques […] sans se tirer une balle dans le pied en sanctionnant les États européens eux-mêmes. » « La Russie avance ses pions […] jusqu’au moment où elle sentira qu’elle a trop à perdre à aller plus loin. Nous devons stopper cette avancée. Les sanctions peuvent avoir un effet, mais, pour l’instant, celles-ci n’ont conduit qu’à une escalade. »