Les Suisses votent la limitation des salaires des cadres supérieurs

Les citoyens suisses ont voté hier (3 mars) la mise en place d'un système de contrôle des rémunérations des dirigeants d'entreprises parmi les plus stricts au monde. Les entreprises publiques sont en outre contraintes d’octroyer aux actionnaires un droit de veto sur le montant des salaires.

EURACTIV.com / Reuters
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Les citoyens suisses ont voté hier (3 mars) la mise en place d'un système de contrôle des rémunérations des dirigeants d'entreprises parmi les plus stricts au monde. Les entreprises publiques sont en outre contraintes d’octroyer aux actionnaires un droit de veto sur le montant des salaires.

 



Le gouvernement a déclaré que 67,9 % des électeurs avaient approuvé l'octroi aux actionnaires d'un droit de veto sur les propositions de rémunération des cadres supérieurs et l'interdiction de larges primes d’entrée et d’indemnités de départ pour les nouveaux cadres administratifs. Il s'agit de l'un des taux d'approbation les plus élevés pour une initiative populaire.

Alors que les rémunérations généreuses des cadres supérieurs suscitent la colère dans le monde depuis la crise financière, la démocratie directe suisse, qui comprend quatre référendums nationaux par an, montre que l'indignation publique peut se traduire en mesure vigoureuse.

Bruxelles a convenu d'un plafond sur les primes des banquiers la semaine dernière et certains pays, dont l'Allemagne et les États-Unis, ont adopté des systèmes dits de « say on pay ». La Grande-Bretagne souhaite également accorder aux actionnaires un droit de veto sur les paiements et les indemnités de départ tous les trois ans au moins, mais les projets suisses vont plus loin.

La majorité évidente en Suisse, pays favorable aux entreprises, était inhabituelle étant donné la campagne acharnée d'Economiesuisse, un groupe de pression du milieu des affaires. Le groupe a prévenu que les propositions nuiraient à la compétitivité du pays et feraient fuir les talents internationaux.

Cette décision a trouvé un large écho auprès des Suisses après la quasi-faillite de la banque UBS, imputée aux placements risqués générateurs de bonus généreux pour les banquiers L’indignation des Suisses s’est encore intensifiée à la suite d’une proposition de paiement de 60 millions d'euros au patron sortant de Novartis, Daniel Vasella.

« Le soutien évident à l'initiative reflète la colère compréhensible de l'électorat face à la mentalité cupide de certains cadres administratifs », a déclaré une association qui représente la plupart des partis au parlement qui se sont opposés au projet. « Avec leur mauvais comportement, ils ont fait de l'économie un mauvais service. »

Thomas Minder, l'homme d'affaires reconverti en homme politique à l'origine de la campagne, indique que ses propositions visent à mettre fin à la culture de logique à court terme et de récompense des cadres administratifs pour des entreprises mal gérées. Il a déclaré que le puissant groupe de pression du milieu des affaires avait échoué.

« C'est un signe évident de la distance entre les gens et les responsables politiques et d'entreprises », a-t-il ajouté.

Malgré les menaces de certains cadres, la Suisse ne devrait pas connaître d'exode des grandes entreprises, attirées par des impôts peu élevés, des politiques stables et des lois favorables aux entreprises.

Nouvelles manières de récompenser les cadres ?

Des entreprises tenteront probablement de contourner ces nouvelles règles afin de récompenser leurs cadres supérieurs. Dans le même temps, les banques européennes envisagent d'atténuer l'incidence d'un plafonnement des primes pour les haut dirigeants convenu par les législateurs européens la semaine dernière.

« Si une entreprise veut verser 25 millions à un haut dirigeant, elle trouvera toujours le moyen de le faire en dépit de l'initiative », a déclaré Rolf Soiron, président du cimentier Holcim et de la société de biotechnologie Lonza, à Reuters avant le vote.

Des experts doutent également que les actionnaires des entreprises suisses utilisent pleinement leurs nouveaux droits.

Sur les 100 meilleures entreprises suisses, 49 accordent déjà des droits de veto sur la rémunération des cadres supérieurs. Mais, alors que l'opposition face aux rémunérations abusives est en hausse, une majorité d'investisseurs n'a jamais voté contre.

La ministre de la justice Simonetta Sommaruga a déclaré que la mise en oeuvre des propositions constituerait un défi. Elle a cependant ajouté que la Suisse resterait une destination attrayante pour les entreprises, en raison de sa population instruite, sa qualité de vie, sa sécurité et sa stabilité politique et économique. « Je suis sûre que l'économie peut surmonter cela. »

Les entreprises suisses employaient cinq des dix patrons les mieux payés d'Europe en 2011, mais seuls les dirigeants de Novartis et de Roche font partie des 10 directeurs généraux les mieux payés du continent alors que les grandes banques en difficultés UBS et Credit Suisse réduisent les salaires.

L'initiative de M. Minder impose des droits de vote sur les rémunérations chaque année ainsi que sur la composition du conseil d'administration. Elle interdirait également les primes de salaire accordées aux cadres administratifs si leurs entreprises sont rachetées.

Elle inclut également des peines de prison éventuelles et des amendes en cas de violation des règles.

Alors que la Suisse s'en sort relativement bien pendant la crise financière, le renflouement public de la banque UBS en 2008, symbole du pays, a alimenté la colère des Suisses qui imputent les pertes aux grosses rémunérations accordées aux banquiers qui font des paris risqués.