Les Verts allemands dénoncent le plan d'aide de 200 milliards d'euros du gouvernement

Des personnalités clés du parti des Verts allemands demandent à l’UE d’adopter un mécanisme qui compléterait le plafonnement du prix du gaz en Allemagne.

EURACTIV Allemagne
Dr. Anton Hofreiter, Bündnis 90/Die Grünen, Bundestagsabgeordneter, Abgeordneter, Mitglied Deutscher Bundestag, MdB, Rede, 7. Sitzung, Top 8, Thema: Gesunde Ernährung. Rednerpult.
La crise énergétique actuelle ne fait pas l’unanimité en Allemagne, notamment au niveau du gouvernement, qui n’est pas favorable à l’idée d’utiliser la dette commune au niveau de l’UE pour y remédier. [<a href="https://bilddatenbank.bundestag.de/search/picture-result?query=hofreiter+&sortVal=2#group-13" target="_blank" rel="noopener">Achim Melde/Deutscher Bundestag</a>]

Des personnalités clés du parti des Verts allemands demandent à l’UE d’adopter un mécanisme qui compléterait le plafonnement du prix du gaz en Allemagne. Cette demande fait suite à l’annonce par Berlin de son intention de s’endetter davantage afin de financer un programme d’aide massif de 200 milliards d’euros.

Le gouvernement allemand a été vivement critiqué après l’annonce de son programme d’aide massif visant à protéger l’industrie et les consommateurs de la crise énergétique actuelle.

Les gouvernements de l’UE et la Commission ont souligné que d’autres pays de l’UE ne disposaient pas de la même marge de manœuvre financière que la puissance économique allemande.

Au niveau national, les Verts partagent désormais cet avis.

« Une course à l’échelle nationale pour savoir qui peut distribuer le plus de subventions conduit à un nouveau déséquilibre au sein de l’UE. Nous ne pouvons pas nous permettre une division entre ceux qui peuvent payer pour sauver leur industrie et ceux qui n’ont pas les moyens budgétaires de le faire », a déclaré à EURACTIV Anton Hofreiter, député vert et président de la commission des Affaires européennes du Bundestag.

Le recours à des emprunts communs au niveau de l’UE, à l’instar de ce qui a été fait pendant la pandémie avec le plan de relance européen «Next Generation EU», doté de 800 milliards d’euros, est quelque chose qui devrait être envisagé cette fois encore, a-t-il déclaré.

L’UE a démontré « qu’elle est capable d’assurer la stabilisation des économies européennes par une réponse commune », a-t-il ajouté.

La Commission européenne appelle à des mesures communes

Dans un article publié par le quotidien FAZ et d’autres médias, le commissaire au Marché intérieur Thierry Breton et le commissaire à l’Économie Paolo Gentiloni ont appelé à une discussion sur des mesures communes de l’UE. Celles-ci devraient permettre aux États membres disposant de moins de marge de manœuvre budgétaire de soutenir leurs entreprises et leurs ménages — tout comme l’Allemagne entend le faire elle-même.

Parallèlement, la présidente de la Commission, Ursula von Leyen, a mis en garde contre une « grave fragmentation » du marché unique européen, sans pour autant citer directement l’Allemagne.

« Nous devons préserver des conditions de concurrence équitables, sans distorsion du marché unique, et agir ensemble dans un esprit de solidarité accrue entre les États membres et avec nos voisins », a-t-elle écrit dans une lettre adressée à tous les chefs d’État et de gouvernement de l’UE.

En Allemagne, notamment au niveau gouvernemental, tous ne sont pas d’accord avec l’idée de recourir à une dette commune au niveau de l’UE pour faire face à la crise énergétique.

Cela « ne nous aide pas à long terme à renforcer la compétitivité et le financement durable des États », a déclaré le ministre des Finances, Christian Lindner, sur la chaîne de télévision ZDF, mardi (4 octobre).

M. Lindner a également défendu l’annonce du gouvernement, déclarant que les explications supplémentaires qu’il a fournies à ses homologues de l’UE concernant le plan ont contribué à apaiser les critiques.

Pas de concurrence aux solutions de l’UE

Sven-Christian Kindler, collègue de parti de M. Hofreiter et porte-parole budgétaire des Verts au Bundestag, a déclaré à EURACTIV qu’il était en faveur d’un nouvel emprunt commun au niveau de l’UE à moyen terme.

Selon lui, le paquet d’aide allemand n’est pas en concurrence avec les solutions communes de l’UE. Il assure par ailleurs que les préoccupations exprimées par les autres États membres et les commissaires sont prises au sérieux.

M. Kindler a ainsi promis qu’il continuerait à « plaider en faveur de solutions européennes communes et d’une politique fiscale favorable aux investissements qui lutte contre la récession et aide les États à investir dans les énergies renouvelables et l’efficacité énergétique ».

Au cours de la pandémie, l’UE « a riposté par une politique fiscale active et commune en Europe, préservant ainsi les emplois et les entreprises. Il en sera de même cette fois-ci », a-t-il ajouté, faisant référence au fait que les États membres pourront utiliser les fonds européens de «Next Generation EU» pour gagner en indépendance en termes d’approvisionnement énergétique.

« À moyen terme, nous avons besoin d’un instrument de suivi et d’une réforme du pacte de stabilité et de croissance axée sur les investissements », a également confié M. Kindler à EURACTIV.

Les experts restent critiques

Parallèlement, M. Kindler a défendu la décision de son gouvernement de coalition — qui comprend son parti, les sociaux-démocrates et le parti libéral FDP.

« Il est juste que le gouvernement mette maintenant de l’argent à disposition pour un plafonnement du prix du gaz et soutienne ainsi les citoyens, les entreprises et les institutions sociales dans cette crise des énergies fossiles », a-t-il déclaré.

Les 200 milliards d’euros peuvent sembler « choquants au premier abord », mais sont prévus pour deux ans, a déclaré M. Kindle. Il a également indiqué qu’ils ne seront pas exclusivement utilisés pour le plafonnement du prix du gaz ou pour subventionner les achats.

Les experts restent toutefois critiques à l’égard de l’Allemagne, qui a choisi de faire cavalier seul.

« Tout soutien qui augmente directement, quelque peu ou indirectement la demande de gaz allemande met d’autres groupes ou pays dans une position plus défavorable », a tweeté l’expert en énergie Georg Zachmann, du think tank Bruegel.