L'Espagne mauvaise élève de l'UE pour l'octroi des demandes d'asile, alerte une ONG

Selon un rapport de la Commission espagnole d'aide aux réfugiés (CEAR), l’Espagne a accordé l’asile à seulement 12 % des demandeurs en 2023, soit le taux le plus bas parmi les États membres et 30 points en dessous de la moyenne de l’UE.

EFE avec EURACTIV.com
More than 250 Moroccan migrants ask for asylum in Ceuta
L’an dernier, le nombre de demandes d’asile en attente en Espagne a augmenté de 56 %, passant à 191 095 personnes qui « attendent actuellement une décision dont dépend leur avenir », indique le rapport de la CEAR. [EPA-EFE/Reduan Dris]

Selon un rapport de la Commission espagnole d’aide aux réfugiés (CEAR), publié lundi (17 juin), en 2023, l’Espagne a accordé l’asile à seulement 12 % des demandeurs, soit le taux le plus bas parmi les États membres de l’UE. Ce chiffre place le pays 30 points en dessous de la moyenne de l’UE et en dernière position en termes de taux de demandes d’asile octroyées.

L’an dernier, le nombre de demandes d’asile en attente en Espagne a augmenté de 56 %, passant à 191 095 personnes qui « attendent actuellement une décision dont dépend leur avenir », indique le rapport de la CEAR.

La même année, le pays a reçu 163 000 nouvelles demandes d’asile, ce qui la place en troisième position parmi tous les États membres de l’UE, derrière l’Allemagne (351 510) et la France (166 880), a expliqué Mónica López, directrice de l’ONG.

Le rapport souligne l’ampleur du problème en Espagne et dans le reste de l’UE, à l’approche de la Journée mondiale du réfugié, qui aura lieu jeudi (20 juin).

Les demandes de protection internationale pour les migrants incapables de retourner dans leur pays en raison de persécutions ou de risques de préjudice grave ont augmenté de 37,3 % en 2023 pour atteindre un niveau record, « malgré les obstacles importants » à l’accès à la procédure en Espagne, ajoute le rapport.

Mauricio Valiente, membre du conseil exécutif de la CEAR, a déploré lundi que le nombre de demandes d’asile octroyées en Espagne soit « extrêmement faible » par rapport à la moyenne de l’UE, à l’opposé de Pays-Bas, Hongrie et Estonie qui sont « en tête » avec des taux de 77 % et plus.

Ces chiffres reflètent une «raison historique » et le « modèle migratoire » propre à l’Espagne, qui est très « restrictif » en termes d’évaluation des conditions d’octroi de la protection internationale, un critère que la CEAR s’efforce d’assouplir, a expliqué Mauricio Valiente lors d’une conférence de presse.

Le rapport indique également une augmentation du nombre de demandes déposées par des femmes et des enfants, qui représentent maintenant 19 % du total des demandes.

Sept parmi les dix pays dont provient le plus grand nombre de demandeurs d’asile en Espagne en 2023 se trouvent en Amérique latine. Les nationalités bénéficiant des taux de reconnaissance les plus élevés sont l’Ukraine, le Mali, le Burkina Faso, la Somalie, le Soudan, la Syrie, l’Afghanistan et la Palestine. Le pays avec le plus grand nombre de demandes en attente, 30 527 plus précisément, est la Colombie, révèle le rapport.

En effet, la Colombie a le plus haut taux de demandes d’asile non satisfaites en Espagne. Près de 94 % des demandes présentées par des citoyens colombiens en 2023 n’ont pas été acceptées « malgré les graves menaces que subissent les activistes et les dirigeants communautaires » dans ce pays d’Amérique du Sud, prévient le rapport.

La semaine dernière, l’ONG espagnole Walking Borders a publié un rapport détaillant les conditions alarmantes des milliers d’exilés qui tentent d’atteindre les côtes espagnoles en quête de meilleures conditions de vie.

Entre janvier et mai de cette année, 5 504 personnes sont décédées en tentant de rejoindre l’Espagne — soit près de 33 morts par jour, ou un toutes les 45 minutes — en effectuant la périlleuse traversée maritime, indique le rapport de l’ONG Walking Borders.

S’appuyant sur des données de l’ONU et de l’UE, le rapport, intitulé Monitoring the Right to Life on the Western Euro-African Border, souligne que la majorité des décès surviennent sur la route la plus dangereuse au monde, entre la côte ouest de l’Afrique et les îles Canaries, où 4 808 décès ont été enregistrés au cours des cinq premiers mois de 2024.

[Édité par Anna Martino]