L’Euro 2021 va-t-il se transformer en scandale sanitaire ?
L’inquiétude de Merkel prolonge celle du vice-président de la Commission européenne Margaritis Schinas et du président du Conseil italien, Mario Draghi, qui a suggéré d’organiser la fin de la compétition dans un autre pays.
Alors que 60 000 spectateurs assisteront aux demi-finales et à la finale à Londres, dans un pays très touché par le variant Delta, l’Euro semble au-dessus des lois. Plusieurs dirigeants européens et membres de la communauté scientifique s’en sont récemment émus. Un article de notre partenaire Ouest-France.
L’Olympic Way, majestueuse allée piétonne qui mène au stade de Wembley, est déserte en cette fin de week-end. Mardi, mercredi et dimanche, pour les demi-finales et la finale de l’Euro, elle sera comble, comme elle l’a régulièrement été depuis un mois. Comme l’ont été aussi ses nombreux bars adjacents, devenus le repaire des supporters, sorte de fan zone géante et officieuse de Londres.
C’est ici, au BoxPark de Croydon, qu’une multitude de fans anglais jettent leurs bières en l’air à chaque but des Trois Lions, images de liesse collective devenues virales sur Internet.
20 000 nouveaux cas par jour en Angleterre
La capitale britannique baigne dans une douce euphorie depuis la qualification des « Boys » pour le Final Four. Jamais le pays n’a semblé aussi proche d’un premier trophée depuis la Coupe du monde 1966.
Les gens se brassent et s’embrassent. Pourtant, l’Angleterre est loin d’être tirée d’affaire, durement touchée depuis plus d’un an par le Covid-19 (128 000 morts, pays le plus endeuillé d’Europe). Pire, elle replonge, confrontée au variant Delta très contagieux, qui représente désormais la quasi-totalité des contaminations. 19 000 nouveaux cas quotidiens sont apparus en moyenne depuis sept jours, avec des chiffres multipliés par quatre en un mois.
Merkel se dit « très préoccupée », Johnson la rassure
La perspective des trois derniers matches à Londres, ville la plus touchée de l’Euro avec Saint-Petersbourg, soulève de nombreuses interrogations. D’autant que le stade accueillera 60 000 spectateurs, au lieu des 40 000 initialement prévus.
Le variant augmente, la jauge aussi, le paradoxe dérange. Je me demande si cela ne fait pas un peu trop
, a ainsi taclé vendredi la chancelière allemande Angela Merkel, se disant très préoccupée
devant Boris Johnson, le Premier ministre anglais, qui s’est retranché derrière l’efficacité de la campagne de vaccination outre-Manche (63 % des adultes ayant reçu leurs deux doses). Ce que le dirigeant anglais ne dit pas, en revanche, c’est qu’il rêve d’accueillir la Coupe du monde 2030 et n’a aucunement envie de froisser les instances du foot, leur déroulant le tapis rouge.
L’inquiétude de Merkel prolonge celle du vice-président de la Commission européenne Margaritis Schinas et du président du Conseil italien, Mario Draghi, qui a suggéré d’organiser la fin de la compétition dans un autre pays.
L’OMS et la crainte d’un Euro « supercontaminant »
L’organisation mondiale de la santé (OMS) a aussi tiré la sonnette d’alarme devant l’augmentation de cas en Europe (+10 %) après dix semaines de repli du virus, et face à l’incongruité d’une compétition dans 11 pays, dans ce contexte. Entre les flux et brassages de supporters, les fan zones, le retour à la normale et les célébrations un peu partout en Europe, elle craint une flambée dont la compétition serait la principale responsable. Il y aura une nouvelle vague dans la région européenne
, sauf si nous restons disciplinés, a ainsi déclaré le directeur de l’OMS Europe, Hans Kluge. L’Euro peut-il être supercontaminant
? J’espère que non, mais je ne peux pas l’exclure. »
2 000 Écossais testés positifs, 300 Finlandais contaminés à Saint-Pétersbourg, ville dans le rouge où un quart de finale vient de se jouer, des chiffres à la hausse à Bakou ou Copenhague mettent en alerte la communauté scientifique. Autoriser en ce moment des matches de foot à Saint-Pétersbourg ou Londres, alors que le variant delta est en train de submerger la planète c’est un vrai scandale, a tonné Gilbert Deray, chef du service de néphrologie à la Pitié Salpêtrière à Paris, dans l’Équipe. On est dans l’arrogance et le déni, dans une sorte d’ambiance de fête géante qui ne tient compte ni des morts ni de la situation dans le monde. Tout ça à cause de dirigeants politiques et sportifs qui ne prennent pas leurs responsabilités. Les supporters vont donc disséminer le variant Delta aux quatre coins de l’Europe et nous allons tout droit au-devant de graves problèmes.
Quarantaine oblige, les supporters italiens, espagnols et danois resteront chez eux pour les demi-finales. Seuls leurs ressortissants présents sur le sol anglais pourront se rendre à Wembley, face à une immense majorité d’Anglais. Des mesures empreintes de bon sens. Mais n’est-il pas déjà trop tard ?