Traité sur les pandémies : l’UE accusée de vouloir favoriser son industrie pharmaceutique

L’OMS est en train de finaliser son accord historique pour lutter contre les futures pandémies, mais, sans les États-Unis à la table des négociations, les délégations nationales accusent l’UE de vouloir s’accaparer le pouvoir au profit de son industrie pharmaceutique.

EURACTIV.com
General Views Of The World Health Organization
Une autre session d’une semaine est prévue en avril avant l’assemblée annuelle de l’OMS. [Harold Cunningham/Getty Images]

L’Organisation mondiale de la santé (OMS) est en train de finaliser un accord historique pour lutter contre les futures pandémies, mais, sans les États-Unis à la table des négociations, les délégations nationales accusent l’Union européenne (UE) de vouloir s’accaparer le pouvoir au profit de son industrie pharmaceutique.

Les États-Unis, qui font techniquement toujours partie de l’OMS malgré leur intention de se retirer annoncée le mois dernier, ont déclaré vendredi dernier qu’ils se retireraient des négociations sur l’accord sur les pandémies.

Les États-Unis ne participant plus aux négociations, l’UE est désormais le leader de facto des discussions.

À seulement quelques jours de négociations avant de conclure un accord sur les pandémies en prévision de l’Assemblée mondiale de la santé en mai, on craint que l’UE n’utilise le retrait des États-Unis pour façonner le projet de texte au détriment des pays en développement.

« Si l’UE veut un accord en mai, elle peut tout régler cette semaine », a déclaré James Love, directeur de Knowledge Ecology International (KEI), qui a participé aux négociations cette semaine à Genève.

« Je ne suis pas sûr qu’ils souhaitent réellement un traité de l’OMS sur les pandémies en ce moment, étant donné la situation politique nationale et mondiale », a-t-il ajouté.

Sans accord mondial, nul ne sait si le monde sera prêt à faire face à une éventuelle nouvelle pandémie — d’autant plus que celle de Covid-19 a révélé les faiblesses de la communauté internationale dans sa capacité à répondre aux menaces sanitaires.

L’UE au service des grandes entreprises pharmaceutiques ?

Les pays en développement de l’Africa and Equity Group ont appelé les négociateurs de l’OMS à mettre au cœur de ce traité l’accès équitable aux vaccins et autres traitements.

Mais les pays plus riches, dotés d’industries pharmaceutiques solides, réclament un partage « volontaire » de la propriété intellectuelle et des vaccins à visée sanitaire.

« L’UE a fait un pas dans la mauvaise direction : non pas pour combler le vide du leadership moral, mais plutôt pour s’assurer que les entreprises pharmaceutiques n’aient rien à objecter », a déclaré Jaume Vidal, conseiller principal en politique européenne chez Health Action International.

Le transfert de technologie, un point de friction

Une grande partie du projet d’accord sur les pandémies vise à garantir un partage équitable des ressources entre les pays riches et les pays pauvres en cas de future pandémie, y compris le transfert de technologie.

La manière dont les pays « tournent leurs phrases » sur le transfert de technologie est la clé d’un accord significatif, a rapporté l’observateur de l’OMS Geneva Health Files.

Mais le langage utilisé par l’UE dans le nouveau projet de texte est trop ouvert à l’interprétation et moins solide que ses normes nationales, ce qui affaiblit d’autres instruments, tels que les licences obligatoires, selon Jaume Vidal.

En 2023, la Commission européenne a proposé un système de licences obligatoires pour garantir un accès équitable aux vaccins au sein du bloc en cas de besoin.

« L’UE reconnaît la nécessité d’un transfert de technologie obligatoire lorsqu’elle élabore ses propres lois, mais refuse hypocritement de soutenir des mesures similaires pour tous les pays », a ajouté Piotr Kolczyński, conseiller en santé de l’UE chez Oxfam.

Les doubles standards de Bruxelles en matière de transfert de technologie retardent également les négociations, conclut Jamie Love.

« Maintenant ou jamais »

Lundi, le Dr Tedros Adhanom Ghebreyesus, directeur général de l’OMS, a exhorté les États membres de l’Organisation à finaliser l’accord « maintenant ou jamais ».

« Aucun pays ne peut se protéger seul. Les accords bilatéraux ne vous mèneront pas bien loin », a-t-il confié.

Une autre session d’une semaine est prévue en avril avant l’assemblée annuelle de l’OMS qui aura lieu en mai.

(AM)