Liban : l’instabilité, les réfugiés et la proximité des conflits inquiètent l’UE

Craignant de nouvelles vagues de migration vers l’Europe, les dirigeants de l’Union européenne cherchent des moyens de soutenir le Liban avec un paquet d’aide économique qui devrait être présenté par la présidente de la Commission, Ursula von der Leyen, dans les prochains jours.

/ Euractiv.com
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Un diplomate de l’UE a expliqué à Euractiv qu’il était important que la situation au Liban reste stable, surtout en cas d’escalade des conflits dans la région suite aux récents événements opposant Israël, la bande de Gaza et l’Iran. [[Shutterstock/ahmad zikri]]

Craignant de nouvelles vagues de migration vers l’Europe, les dirigeants de l’Union européenne veulent soutenir le Liban avec un paquet d’aide économique qui devrait être présenté par la présidente de la Commission, Ursula von der Leyen, dans les prochains jours.

Un diplomate de l’UE a expliqué à Euractiv qu’il était important que la situation au Liban reste stable, surtout en cas d’escalade des conflits dans la région suite aux récents événements opposant Israël, la bande de Gaza et l’Iran.

« Chypre et le Liban seront les premières victimes géographiques », selon un diplomate de l’UE.

Deux diplomates ont ajouté que Nicosie était particulièrement préoccupée par les flux migratoires qui pourraient atteindre l’île, et qu’elle avait soulevé la question avec ses partenaires européens.

Le président chypriote Níkos Christodoulídis et la présidente de la Commission Ursula von der Leyen ont informé les dirigeants de l’UE de l’importance du Liban, en prévision de leur voyage à Beyrouth le 2 mai, et le président chypriote a précisé qu’un nouveau paquet économique de l’UE serait annoncé lors de cette réunion.

« Un paquet spécifique de soutien économique pour [le Liban] sera annoncé pour la gestion des migrations, mais aussi pour le pays lui-même, qui fait face à de multiples difficultés, ce qui, je pense, sera un pas de plus dans notre approche holistique pour traiter les migrations », a affirmé M. Christodoulídis.

Selon les informations d’Euractiv, le paquet pourrait ressembler aux accords qui visent à fournir une aide financière en échange du contrôle des migrants que l’UE a signés avec la Tunisie, la Mauritanie et l’Égypte au cours des derniers mois.

Soutien militaire au Liban

Dans les conclusions du sommet, les dirigeants ont énoncé leur objectif de travailler avec tous les partenaires de la région pour éviter une nouvelle escalade, « notamment au Liban ».

« L’UE rappelle son soutien ferme au Liban et à la population libanaise, et prend acte de la situation difficile que connaît le Liban sur le plan intérieur ainsi qu’en raison des tensions dans la région », indique le texte adopté par les dirigeants de l’UE lors du sommet du 17 et 18 avril.

« Dans ce contexte, l’Union européenne reste dévouée à [maintenir] la stabilité du Liban, notamment en soutenant les réformes indispensables, ainsi qu’à renforcer son soutien aux forces armées libanaises », ont ajouté les dirigeants.

Pour l’instant, cependant, on ne sait pas très bien comment les États membres de l’UE soutiendront l’armée libanaise.

L’UE a déjà apporté un soutien militaire — létal et non létal — à des pays voisins dans le cadre du fonds commun intergouvernemental de la Facilité européenne pour la paix (FEP).

En outre, le Liban a déjà bénéficié d’une aide de 6 millions d’euros, notamment pour l’achat d’équipements de santé.

Depuis plus d’un an, le Liban est dirigé par un gouvernement intérimaire en raison d’une impasse politique dans l’élection présidentielle, tandis que Beyrouth connaît des difficultés financières depuis plus de quatre ans.

Les passeurs tirent profit de la situation

Une source au fait de la question à Nicosie, qui a préféré rester anonyme, a expliqué à Euractiv que les renseignements suggèrent que les passeurs ont élaboré de nouveaux plans qui tirent profit des craintes d’une nouvelle escalade entre Israël et l’Iran.

Contacté par Euractiv, l’ancien ministre libanais de la Défense Yacoub Sarraf a annoncé que les vagues de migration du Liban vers Chypre n’étaient pas seulement une « possibilité », mais un « fait ».

« Nous sommes souvent confrontés à des problèmes avec les bateaux qui partent du Liban vers Chypre […] que nous le voulions ou non, nous sommes impliqués dans les conflits en cours », a-t-il expliqué.

« Beaucoup ont tendance à oublier que nous avons 400 000 réfugiés palestiniens, qui sont ici depuis 75 ans. Et il y a une rumeur très répandue selon laquelle une exacerbation du conflit en Palestine occupée créerait une nouvelle vague de migration vers le Liban », a-t-il ajouté.

De plus, le Liban héberge plus de 1,5 million de réfugiés syriens, ce qui explique pourquoi il s’agit du pays qui accueille le plus de réfugiés par habitant et par kilomètre carré du monde.

Cette situation, combinée à la crise socio-économique actuelle du pays, à l’instabilité politique et à la prévalence de conflits dans le sud du pays, a engendré des problèmes importants qui affectent à la fois les réfugiés et la population en général.

Le Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) estime que plus de 50 % de la population libanaise vit en dessous du seuil de pauvreté et qu’environ 90 % des réfugiés syriens ne peuvent satisfaire leurs besoins fondamentaux, tels que l’accès aux soins de santé, à la nourriture et à l’éducation, et doivent se tourner vers l’aide humanitaire.

Les incessantes attaques d’Israël dans la bande de Gaza et à l’intérieur des frontières du Liban ont entraîné le déplacement interne de près de 100 000 personnes jusqu’à présent, et beaucoup craignent que le moindre élément déclencheur ne crée des vagues de migration interne, puis externe, vers l’UE.

Tenant compte de cette situation, les conclusions du Conseil européen comprennent un autre paragraphe faisant référence au pays, confirmant la détermination de l’UE à soutenir les personnes les plus vulnérables au Liban, « y compris les réfugiés, les personnes déplacées à l’intérieur de leur propre pays et les communautés d’accueil dans le besoin ».

« Le Conseil européen réaffirme la nécessité de créer les conditions permettant le retour des réfugiés syriens en toute sécurité, de manière volontaire et dans la dignité, telles que définies par le HCR », poursuit le texte.

Beaucoup de promesses, peu de changements

Évoquant l’aide de l’UE destinée à son pays, M. Sarraf a toutefois souligné que de nombreuses promesses avaient été faites par le passé, mais qu’en pratique, rien n’avait changé.

« En 2006, on nous a promis une aide pour renforcer les capacités de l’armée libanaise. Cette promesse ne s’est jamais concrétisée. Il en a été de même en 2016, lorsque j’étais à nouveau ministre de la Défense et que nous avons organisé une conférence à Rome », a-t-il énuméré.

M. Sarraf a fait remarquer que le problème principal était que l’UE ne considérait pas le Liban comme un partenaire dans la région et qu’elle lui fournissait de l’aide principalement pour se protéger elle-même.

« La question n’est pas de protéger l’Europe de l’immigration, mais d’aider le Liban à atténuer le problème de l’immigration au Liban avant tout », a-t-il fait remarquer.

M. Sarraf a souligné que Beyrouth était prêt à discuter avec l’UE selon « ses propres conditions ».

« À qui envoyez-vous de l’aide ? Jusqu’à présent, le HCR refuse de nous donner des informations sur les réfugiés qu’il aide financièrement au Liban », a-t-il conclu.

*Alice Taylor a contribué à la rédaction de cet article.

[Édité par Anna Martino]